LIVRÉ PREMIER
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les divers essais dressés a priori par les partisans de l'ordre méthodique, pour s'apercevoir que le cadre ne correspond aucunement au corps même de l'ouvrage ' .
Sans doute, en parcourant la table analytique, dressée par Lachèze, on admire la symétrie de l'ensemble et la méthodique progression des idées. En lisant le travail du P. Funez, on ne peut qu'être frappé de l'harmonie qui
peut remarquer un ordre général et naturel dans tout le corps de cet ouvrage ; car le premier livre est plus propre à ceux qui commencent; le second entre plus dans la vie intérieure et spirituelle ; et le troisième en est un admirable tableau qui nous découvre tout ce qui s'y passe et qui nous fait voir comme à nu le fond de nos cœurs. C'est pourquoi il était bien raisonnable qu'ayant ainsi conduit l'âme, dans ses trois premiers livres, jusqu'à la plus haute perfection, il lui apprît, dans le quatrième, la manière dont elle doit participer au plus grand de nos mystères, afin qu'elle y trouve de quoi faire croître sans cesse ses désirs et son amour envers Jésus-Christ par une continuelle participation de son saint corps, qui purifie de plus en plus les âmes pures, et les comble de grâces toujours nouvelles. » (Préf. de la trad. de ri. C.,par de Sacy.) Cependant, même dans ces étroites limites, nous n'admettons pas que le pieux auteur ait suivi un plan méthodique.
1 « Pour trancher la question, nous ferons voir que le prétendu plan qu'on nous oppose, n'est pas rigoureusement suivi dans les quatre livres de l'I. C. Le chapitre xv du premier livre, qui est censé réservé à la voie purgative, s'occupe des œuvres faites par charité, qui appartiennent à la voie unitive. Le chapitre xi du même livre traite de l'acquisition de la paix et du zèle de la perfection, qui appartiennent à la voie illuminative. Par contre, le chapitre lvi du troisième livre, qui est censé consacré à la voie illuminative, traite de l'abnégation personnelle et de l'imitation de Jésus, qui appartiennent à la voie purgative, et à la matière du premier livre. Le chapitre vu du quatrième livre, qui est censé consacré à la voie unitive, parle de l'examen de la conscience ; et le xv chapitre, de la grâce de la dévotion, de l'humilité et de l'abnégation, qui concernent évidemment la voie purgative. L'enchaînement et l'ordre, que l'on suppose entre les quatre livres de l'I. C, sont donc au fond une pure fiction. L'auteur ne s'est pas proposé de plan ; il n'en a suivi aucun. » (MgrMalou. Recherches, etc., p. 169.)
semble présider à la distribution de l'œuvre. Mais quand on arrive à la vérification, on s'aperçoit que le sens réel n'est pas respecté.
L'ordre est bien dans le travail de l'analyste, mais pas ailleurs. C'est ainsi qu'on voit, entre autres, au livre III, des chapitres (ix et x), qui, logiquement, devraient se trouver au début de l'oeuvre.
D'ailleurs, les prétendus plans ne s'accordent pas les uns avec les autres, et il se passe, pour 11. C, ce qui a lieu trop souvent pour les « Pensées » de Pascal. Chaque éditeur a un plan qui diffère de celui de l'éditeur précédent, ce qui n'établit pas précisément un préjugé en faveur.
Enfin, l'auteur de PI. C. revient trop souvent, en divers endroits, sur les mêmes sujets, pour qu'il soit permis de croire à un dessein préconçu et à un plan méthodique.
Non pas que nous veuillions prétendre que l'auteur n'a pas eu de doctrine arrêtée et de système coordonné : l'enseignement est un, et ne présente pas trace de contradiction ni d'incohérence. Mais, comme son divin maître, Jésus-Christ, il a répandu ses idées, sans se préoccuper de les classer d'après une ordonnance régulière.
Un grand maître en spiritualité, saint François de Sales, faisait même un grief à notre livre de ne pas se développer avec plus d ordre, et de ne pas exposer régulièrement les divers côtés des sujets :
« Comme je lui louais, raconte l'Évêque de Belley, le livre d'or de FI. C, et le préférais de beaucoup à ce « Combat spirituel », il me répondit gracieusement que c'étaient les ouvrages de deux personnages vraiment animés de l'esprit de Dieu ; que leurs visages étaient différents, et que l'on pouvait dire de chacun d'eux ce que l'on chante des Saints : Non est inventus similis illi ; que les comparaisons