LIVRE TROISIÈME. j2c
Cette considération est importante. Toutefois, il nen faudrait pas tirer des conséquences exagérées. Soit. La terminologie monastique de notre livre est conforme à celle de l'Ordre de Saint-Benoît. S'ensuit-il que l'auteur de l'I. C. était bénédictin ? Rigoureusement non ; car le langage monastique est singulièrement confus à toutes les époques '.
Prenons pour exemple les mots, vita monastica, et, monachus2, qui, d'après Montalembert, ne doivent être attribués qu'à la Règle bénédictine et aux enfants de saint Benoît. Ce sont les termes employés dans l'I. C. quand il est question de la vie Religieuse et de ceux qui l'ont embrassée.
Au treizième siècle, l'apparition des Frères Mineurs, des Prêcheurs, des Carmes, des Augustins, a introduit une certaine perturbation dans les dénominations traditionnelles. Ils n'étaient pas des moines, cependant on les a quelquefois appelés ainsi. Il n'est pas probable que l'auteur de FI. C. se soit exclusivement servi, dans son livre, d'une expression
Amort (Inform., p. 1 18) veut démontrer qu'il n'y a pas lieu d'attribuer l'I. C. à un bénédictin, parce qu'il y es"t parlé de cella. Il cite des extraits des opuscules de Kempis, où la, custodia cellas, est fortement recommandée. Ces citations ne portent pas Llles sont empruntées à la « Disciplina claustralis », dont il v a tout lieu de refuser la paternité à Kempis.
Je ne soutiendrais pas que l'expression de, cella, n'a pas été d usage chez les Religieux de tous Ordres. Mais il meparaît qu'elle est surtout employée par les Bénédictins. On ne trouve pas ce terme dans les Index de la Somme, ni des opuscules de saint Bonaventure. Il ne se trouve pas dans les œuvres authentiques de Kempis. Il se trouve fréquemment dans les œuvres de saint Bernard.
- Sur l'acception du mot, monachus, voir : Cajetan. Resp Apol., p. 85; Rosweyde. Vindiciœ Kemp., p. 433; Yalgrave Animadv. Apol., p. 22; Fronteau. Thomas vindicatus, p. 33- (Juatremaire. Autor assertus,p. 83 ; Valgr. Argum.chronoI.,p. 4 : f-aunoy. De Auct., pars prima, cap. iv ; Quatremairc. Autor iterum assertus, p. i32 ; Amort. Deduct. Crit., p. 33.
i2£ LA DOCTRINE DU LIVRE DE. I. C.
impropre. Puisque, en parlant à ses frères, il n'emploie que les expressions, moine, et, vie monastique, c'est que, sans •doute, il avait de bonnes raisons pour faire entendre ce langage. D'autant mieux que jamais il n'adopte de termes qui laissent soupçonner qu'il s'agit de moines dans un sens accommodatice. Cependant, comme ces mots de, moine, et de, vie monastique, ont été usités quelquefois pour désigner indifféremment toutes les Religions, qu'ils ont été appliqués, bien qu'à tort, à des Communautés suivant une autre Règle que celle de saint Benoît, il n'est pas prudent de considérer l'argument comme décisif. Bien mieux, l'argument ne serait pas plus décisif pour les siècles antérieurs, que pour le treizième siècle, et il n'atteindrait pas plus les Chanoines réguliers que les Mendiants.
Citons des faits.
Les Chanoines réguliers étaient-ils des moines ? Oui, et
non .
Il est certain qu'en Angleterre les Chanoines réguliers, au commencement du douzième siècle, n'étaient pas rangés au nombre des moines. Ils n'étaient pas enfants de saint Benoît, c'est pourquoi on ne les considérait pas comme de vrais moines. Nous en trouvons une preuve dans l'élection de Guillaume de Corbeil, chanoine régulier, qui remplaça, .sur le siège de Cantorbéry, Radul, moine du Bec, mort en 1122. Jusqu'à cette époque, depuis la conversion de l'Angleterre, les Archevêques de Cantorbéry avaient tous été pris dans les rangs monastiques. En 1122, les clercs se laissèrent emporter par leurs jalousies contre les moines, et ils élurent pour archevêque, un Chanoine régulier : « Ecce, dit le moine Orderic Vital, a cette occasion, antiquus mos, pro invidia, qua clerici contra monachos urebantur, depra- Vatus fuit... Angli monachos, quia per eos ad Deum con-