LIVRE TROISIEME. Ijr
moins de se soumettre de tout cœur, à cause de Dieu. » I. ix, 3.
(( Cette obéissance sera agréable à Dieu, et douce aux hommes, qui s'accomplira sans hésitation, sans retard, sans tiédeur, sans murmure, sans refus : car l'obéissance que Ton rend aux Supérieurs est rendue à Dieu même. Car il a dit : Celui qui vous entend m'entend. Elle doit être accompagnée de bon esprit, car Dieu aime celui qui donne avec joie. Mais, si le disciple obéit de mauvais cœur, et murmure, non seulement de bouche, mais encore de cœur, alors, accomplirait-il Tordre reçu, il ne sera pas agréable à Dieu, qui examine le cœur de celui qui murmure. Pour une telle obéissance, il ne reçoit aucune grâce. » (Saint Benoît. Règle, chap. v.)
On voit, par cet extrait de la Règle de saint Benoît, l'air de parenté qui existe entre la doctrine de notre livre, et les conseils de l'organisateur de la vie cénobitique en Occident.
D'un bout à l'autre de l'I. C, les textes relatifs à l'obéissance concordent de tout point avec la Règle, comme ceux qui se rapportent à la stabilité et à la conversion des mœurs. D'ailleurs, il n'est pas fait plus particulière mention, dans notre livre, de la pauvreté et de la continence, que dans la Règle. Ces vertus sont essentielles à l'Ordre monastique, mais saint Benoît, les fait découler de la conversion des mœurs et de l'obéissance.
S'il n'était nécessaire d'abréger notre discussion, nous trouverions un argument en faveur du bénédictinisme de l'auteur de TI. C, dans la ressemblance frappante qui existe entre notre pieux livre et la, Régula Magistri. Nous avons confronté 11. C. avec la, Régula Magistri. Nous avons été surpris de rencontrer une grande concordance terminologique et doctrinale. A notre sens, l'auteur de l'I. C. a été
j ,.2 LA DOCTRINE DU LIVRE DE I. C.
un lecteur assidu de la, Régula Magistri. Bénédictin, il s'est nourri de la pure substance bénédictine. Un commentateur de l'I. C. trouverait dans l'ouvrage du Maître, l'explication d'un certain nombre de textes obscurs. La, Régula Magistri, se trouve dans l'admirable collection du P. Mariani Brokie. (Codex Regularum, Aug. Vinci., 1 759. 6 vol. in-folio, tom. I, p. 224.) La Régula remonte au septième siècle. Elle a été appelée la Règle du Maître, parce qu'un maître inconnu répond aux questions de l'un de ses disciples, proposant des difficultés sur les points principaux de la vie monastique.
Signalons ici une controverse sur les expressions, Regula Magistri.
' (Valart. Dissert., p. 430.) On est persuadé que ces mots, Régula Magistri (I. xvm, 19), désignent la Règle de saint
Benoît.
(Géry. Dissert., p. 39.) J'avoue bonnement que je ne sais pas si la Règle de saint Benoît a jamais été appelée la Règle du Maître tout simplement : cela pourrait être ; mais je sais bien que ce n'est pas là ce que veut dire l'auteur de l'I. C En effet, il parle de tous les Religieux (omnium Religiosorum), qui, selon lui, ont vécu dans une grande ferveur au commencement de leur institution, et ont pratiqué avec une grande exactitude la Règle de leur Législateur. Voudrait-on dire qu'au commencement tous les Religieux suivaient la Règle de saint Benoit? C'est cependant cette absurdité que lui prête M. Valart.
— Valart, en effet, aurait dit une ineptie, s'il avait soutenu la thèse que lui prête Géry : il n'est que trop évident que les Religieux suivent la Règle donnée par leurs Fondateurs, et non par d'autres. Mais Valart se met dans une hypothèse spéciale. L'I. C, dit-il, a été composée en Italie, dans