CHAPITRE VII
Nous touchons au côté liturgique et canonique du mariage. Saint Augustin ne s'en est guère occupé. C'est pourquoi ses ouvrages sont-ils assez pauvres de renseignements sur les cérémonies qui précédaient et accompagnaient la célébration du contrat matrimonial. Il ne les indique qu'accidentellement. Nous les rangerons toutefois à côté des usages universellement suivis, pour noter ce qui était spécial au rituel chrétien.
En ce qui concerne les conditions pour la validité du mariage, et les empêchements qui le rendent simplement illicite, la doctrine de saint Augustin est un peu plus complète. Il y parle cependant plutôt en théologien, pour déterminer les dispositions que l'essence du mariage exige des contractants, et pour fixer les bases des empêchements de consanguinité, du vœu de continence, et de disparité de culte.
ARTICLE PREMIER Les fiançailles. — La célébration du mariage.
Le rite des fiançailles et du mariage chez les Romains. — Chez les chrétiens dans les premiers siècles de VEglise latine. — Les cérémonies mentionnées par saint Augustin.
Les anciens Romains distinguaient dans les cérémonies du mariage l'engagement préliminaire ou fiançailles, et la célébration du mariage proprenient dit.
Les futurs époux commençaient par s'engager l'un à l'égard de l'autre; ils contractaient cet engagement en prononçant des paroles formelles. L'un passait à l'autre l'anneau nuptial : « subarrhatio ». Puis venait la rédaction des conventions matrimoniales, accompagnée de présents offerts par le futur à la future. Ces cérémonies avaient lieu en présence des amis de la famille.
Le matin des noces, on interrogeait d'abord les dieux en consultant les auspices. Déjà la veille au soir, la mariée avait quitté ses vêtements de jeune fille et revêtu ceux d'épouse. Sa tête était couverte d'un voile (flammeum) de couleur rouge; c'est de cette obnubilatio capitis que sont venus les termes nubere, nuptiae. Ses cheveux étaient partagés en six tresses, et sa tête couronnée de fleurs qu'ellemême avait cueillies; l'époux aussi portait une couronne de fleurs.
Les invités étant rassemblés, les auspices venaient donner le résultat de leur consultation. La pronuba unissait les mains des fiancés pour la prestation du consentement, et l'on signait le contrat définitif {tabulae nuptiales). Ici se plaçait le jsacrifice non sanglant de la confarreatio ^ consistant dans l'offrande de fruits et d'un pain de farine. Pendant le sacrifice, les époux étaient assis sur deux sièges liés ensemble et recouverts de la peau de la brebis qui avait été égorgée par l'auspice.
Venait ensuite un sacrifice sanglant, bœuf ou porc, sur un autel. Les invités criaient : Féliciter! Le père de la mariée leur donnait un grand festin. La nuit venue, l'épouse était conduite en grande pompe chez son mari 2.
1. La confarreatio était une cérémonie religieuse, précédée de la prise des auspices, célébrée par le grand pontife [pontifex maximus) et le flamine de Jupiter (flamen Dialis), en présence de dix témoins. (Ch. LÉCRivAiN, art. Matrimonium, dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, de Daremberg, t. III, p. 1657). Le mariage par confarréation se dissolvait par la cérémonie analogue de la diffarreatio {Ibid., p. 1658),
2. DuGiiESNE, Les origines du culte chrétien, 14, p. 418. Paris, 1889. — Cf. De Smet, Les fiançailles et le mariage, pp. 120 et 169. — Martene, De antiquis Ecclesiae ritibus, t. II, 1. 1, c. 9, art. 3, p^ 124. Bassani, 1788 ; et surtout Gli. Légrivain, loc. cit., p. 1654 et suiv.
CÉLÉBRATION, VALIDITE ET EMPECHEMENTS DU MARIAGE 151
Les auteurs remarquent que l'Eglise a conservé dans les usages chrétiens tout ce rituel, en modifiant ou supprimant seulement ce qui était incompatible avec ses croyances ^.
Le pape Nicolas I" 2, qui a donné le premier une description détaillée des rites du mariage dans l'Eglise latine, mentionne les cérémonies suivantes : — Aux fiançailles, les futurs et leurs parents, ou ceux qui avaient pouvoir sur eux, exprimaient leur consentement au mariage projeté. Le jeune homme donnait des arrhes à la future, et se fiançait à elle en lui passant l'anneau au doigt de la foi; il lui donnait aussi la dot convenue, par document écrit, en présence des invités des deux parties. La cérémonie matrimoniale ellemême comprenait : — la célébration de la messe devant les époux qui prenaient part à la communion et faisaient à Dieu des offrandes par les mains du prêtre. A la fin, ils recevaient la bénédiction pendant que l'on étendait un voile sur leurs têtes. Après cela, ils quittaient l'église en portant des couronnes de fleurs que l'on conservait ordinairement dans l'église même 3.
On voit que le rite chrétien a maintenu tous les principaux usages du cérémonial romain. Il n'a fait que supprimer les sacrifices aux dieux, ou plutôt remplacé le sacrifice idolâtrique par la messe, et donné aux autres cérémonies une signification chrétienne.
Saint Augustin mentionne plusieurs de ces usages communs aux chrétiens et aux païens, et quelques cérémonies propres au rituel ecclésiastique.
Quant aux fiançailles, il nous dit : « et institutum est,
ut jam pactae sponsae non tradantur statim, ne vile habeat
maritus datam, quam non suspiraverit dilatam ^ ». Il y avait
, donc un contrat, par lequel la fiancée était promise au futur
quelque temps avant le mariage.
Saint Augustin ne spécifie pas quels étaient les contrac-
1. DucriESNE, loc. cit., p. '419. — De Smet, loc. cit., p. 1G9.
2. Dans ses Responsa ad consulta Bulgarorum, c. III. Ce document fut donné en 866. P. L., CXIX, col. 980.