‹ La doctrine du mariage [microform]Chapitre 146 sur 176 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. L'opinion de quelques auteurs anciens considérant le mariage in facto esse comme un sacrement permanent à l'instar de l'Eucharistie n'a pas trouvé de partisans. Le sacrement du mariage, ainsi considéré, ne pourrait guère se comprendre que comme un sacrement improprement dit, dans ce sens que la société conjugale résultant du contrat est une figure de la société spirituelle entre le Christ et l'Eglise, ou que le lien indissoluble du mariage est un symbole de cette même union mystique. En comprenant de cette façon le sacrement permanent du mariage, on pourra se réclamer à bon droit de l'autorité de saint Augustin.

4. TixERONT, Histoire des dogmes, t. II, p. 429 : « Ce qu'il a en vue généralement, en parlant du mariage, n'est pas le contrat lui-même, le mariage in fieri, mais bien l'état conjugal qui en résulte pour les époux. » TixERONT conclut de cette remarque qu'il est difficile de trouver chez saint Augustin la notion du sacrement du mariage au sens plus étroit. — PoNTius {De sacramento matrimonii, 1. I, c. II, p. 17, Venetiis,

En outre, le signe matériel des sacrements ne signifie une chose spirituelle et sainte que par la déterminatian de la farmule sacramentelle.

Ce point de la doctrine générale des sacrements admis à l'unanimité par les théologiens se trouve établi avec une précision remarquable dans les écrits de saint Augustin au sujet du baptême et de l'Eucharistie ^. Le sacrement est constitué par l'union de Velementum avec le verbum — l'objet matériel et la formule 2.

Mais nulle part le saint Docteur ne fait mention de la formule du contrat conjugal comme d'un élément constitutif du sacramentum du mariage. Il oublie complètement tout le rituel de la célébration du contrat, y compris le consentement des époux et la bénédiction du prêtre, lorsqu'il appelle le mariage un sacramentum et qu'il détermine la signification que celui-ci renferme, ou les conséquences qui en dérivent pour les conjoints. \J elementum et le verbum, qu'il a si nettement précisés pour le baptême et l'Eucharistie, demeurent sous silence dans l'analyse, assez détaillée pourtant, du sacramentum du mariage s.

1756), en partant de cette remarque est parvenu plus résolument à la même conclusion : « Praeterea vineulum. matrimonii, quod in facto esse remanet, slve quod est effectus conjugalîs contractus, sacramentum etîam appellari consuevit..., id est, mysterium rei abditae et occultae. Significat enim vineulum illud relictum ex Christi etiam institutione conjunctionem indissoluMlem Christi cum tota Ecclesîa per sacramentum fideî. Atque de hac significationé, quae convenit vinculo matrimonii in facto esse, Augustinmn accipio multis in locis lit), de bono conjugali, c. VII, c. XV, c. XVIII, c. XXIV, et lib. de fide et operïbus, 0. VII et lib. 1 de nuptiis et concupiscentia, c. X, et aliis ubi conjunctionem Christi cum Ecelesia matrimonio sïgnïfîcari dicAt, hoc est, vinculo relicto ex contractu conjugalï,.., atque ideo dixi his Augustïni testimoniis nequaquam probarî matrimonium esse sacramentum, stricte sumpto nomine sacramenti. » — Voir encore dans le même sens : Gayré, Précis de Patrologie, Liv. II, 2° Partie, ch. xvii, p. 6^2, Paris, 1927. — L. G. C.

1. Cf. PouRRAT, loc. cit., p. 54 et suiv., Tixeront, loc. cit., t. II, p.. 398.

2. In Joan. Evang., tr. LXXX, 3, P. L., XXXV, col. 1840 : « Quare non ait (Ghristus) : mundi estis propter baptismum quo loti estis, sed ait : propter verbum quod locutus sum vobis, nisi quia et in aqua verbum mundat? Detrahe verbum, et quod est aqua nisi aqua? Accedit verbum ad elementum et fit sacramentum, etiam ipsum tanquam visibile verbum. »

3. PouRRAT, loc. cit., p. 59 : « La célèbre distinction du sacramentum et de la virtus sacramenti n'est pas appliquée nettement au. mariage et

On sera assez attentif pour remarquer notre distinction entre la terminologie elle-même et les bases doctrinales de cette terminologie.

Personne ne s'attend à trouver dans saint Augustin les expressions : mariage in fieri et in facto esse, ou materia et forma sacramenti, comme des détails d'une analyse du sacmmentum du mariage aussi minutieuse que celle qu'ont faite les théologiens du moyen âge. Mais on aimerait à trouver dans les écrits du saint Docteur, plus ou moins nettement conçues, les idées que l'on a exprimées plus tard par ces formules, puisqu'elles s'y trouvent si précises au sujet d'autres sacrements.

Nous ajoutons cependant que l'on pourra se contenter du symbolisme du mariage, tel que nous venons de l'expliquer, pour trouver dans la doctrine de l'évêque d'Hippone le premier élément d'un sacrement proprement dit.

Si saint Augustin, en effet, fait dériver ce caractère religieux de la société conjugale d'un acte ou d'une parole de Jésus-Christ élevant le mariage à la dignité de sacrement, et si, d'autre part, il attrièue à ce symbolisme la vertu de conférer la grâce sanctifiante, il sera permis de sous-entendre cette grâce dans la res sijgfnîficata par le sacramentiun du mariage, malgré le silence absolu des textes à ce sujet. On étendrait aussi le symbolisme du mariage in facto esse au mariage m fieri, celui-là étant le résultat de celui-ci.

L'institution du « sacramentum » du mariage

par Jésus-Christ.

Il est hors de doute, nous l'avons vu "*, que le mariage est, pour saint Augustin, une société établie directement par Dieu, une institution d'origine divine.

à r ordination. Ce que le saint docteur considère directement, c'est l'effet de l'union matrimoniale et de l'ordination, le lien et le caractère; il ne songe pas A faire la théorie de la composition du signe sacramentel qui constitue ces deux sacrements. »

Page 1