‹ La doctrine du mariage [microform]Chapitre 148 sur 176 · V. chap. II, art. I, p · texte numérisé non relu

V. chap. II, art. I, p

3. V. chap. Il, art. 2, p. 32-38, où se trouve un autre texte de saint Augustin qui rappelle la présence de Jésus-Christ aux noces précisément comme une preuve de l'honnêteté naturelle du mariage.

tement par saint Augustin contre les Manichéens, qui interdisaient le mariage et le considéraient une chose criminelle î « prohibentes nubere et dicentes quod malum essent nuptiae et quod diabolus eas fecisset K »

Le saint Docteur prouve en passant, par deux arguments, cette honnêteté naturelle déduite de l'institution divine, confirmée par la présence du Christ aux noces.

Le premier argument est pris de saint Mathieu (xix, 6-9), où le Sauveur dit, à propos du mariage : Quod Deus conjunxit, homo non separet, et Quicunque dimisit uxorem suam, nisi ob fornicationem, et aliam duxerit, moechatur, Jésus-Christ impose aux époux de rester dans leur état con-jugal; il est donc évident que le mariage est honnête, car Dieu ne peut pas commander une chose mauvaise 2. S'il est permis de renvoyer sa femme pour cause de fornication, c'&st parce qu'elle a renoncé la première à son titre d'épouse en violant la foi conjugale à l'égard de son mari : « Quia ipsa esse uxor prior noluitf quam fidem conjugalem marito non servavît »*

Saint Augustin semble reconnaître qu'il est superflu d'insister sur la preuve de l'honnêteté du mariage, car, ajoutet-il, ceux qui sont bien instruits dans la foi catholique savent que Dieu est l'auteur des noces, et que c'est Dieu qui unit les époux, comme c'est le démon qui les sépare.

Néanmoins il renforce sa thèse par un nouvel argument original, fort, décisif, d'autant plus frappant qu'inattendu des auditeurs : l'état conjugal est tellement moral, que même les vierges consacrées à Dieu, bien qu'elles aient dans l'Eglise, par cela même, un degré plus élevé d'honneur et de sainteté, ne sont pas sans être mariées, car elles font partie avec toute l'Eglise de ces noces spirituelles où l'époux est le Christ : « nam et ipsae pertinent ad nuptias cum tota Ecclesia, in quibus nuptiis sponsus est Christus ».

1. Saint Augustin ne désigne pas ici ces détracteurs du mariage. Mais on sait que les disciples de Manès étaient ses adversaires dans la controverse sur riionnêteté de l'état conjugal. Cf. cliap. 11, art. 2, p. 32-40.

2. Cet argument se trouve aussi dans le De bono conj., 3, G. V., xli, 3, p. 190.

La force de rargument peut s'exprimer ainsi : l'état de virginité consacrée à Dieu, quoique réputé dans l'Eglise plus honorable et plus saint que le mariage, est lui aussi un état conjugal, un mariage spirituel des vierges avec le Christ; par conséquent, si l'état conjugal est honnête au point de ne pas flétrir l'honneur de ceux qui sont au premier rang, à plus forte raison il l'est pour ne pas noircir la dignité de ceux qui occupent une place inférieure.

Il est aisé d'entrevoir au fond de cette comparaison l'idée de symbolisme du mariage en rapport avec l'union du Christ et de l'Eglise, idée que, nous le savons, saint Augustin se rappelle fréquemment i.

Et saint Augustin d'en conclure : « Ac per hoc ergo DomU nus invitatus venit ad nuptias, ut conjugalis castitas firmaretur et ostenderetur sacramentum nuptiarum; quia et illarum nuptiarum sponsus personam Domini figurabat, oui dictum est : « Servasti vinum bonum usque adhuc. » Bonum enim vinum Christus servavit usque adhuc, îd est, Evangelium suum. »

Cette conclusion, dont la substance est exprimée par « Ut conjugalis castitas firmaretur et ostenderetur sacramentum nuptiarum », est intimement liée à ce qui la précède : « Ac per hoc ergo », et trouve une raison explicative dans le « quia et illarum nuptiarum sponsus personam Domini figurabat », etc. Il faut donc en rechercher le sens à l'aide de ces deux traits d'union.

<< Ac per hoc ergo » nous rappelle que le Christ qui vient aux noces est l'époux immaculé dans son union spirituelle avec l'Eglise vierge ^.

1. Nous ne voulons pas dire que l'argument de saint Augustin repose sur ce symbolisme, que le mariage est un état de vie moral parce qu'il est le symbole d'une chose sainte. On sait que l'évêque d'Hippone a pris des faits abominables, voire même des crimes honteux de l'Ancien Testament, comme des symboles de grands mystères. L'idée de symbolisme est suggérée par l'appel même aux noces spirituelles que saint Augustin aime à mentionner comme le prototype du mariage.

2. Dans le traité précédent (VHP) saint Augustin revient à plusieurs reprises sur cette virginité de l'Eglise — l'épouse bien-aiméé de Jésus- Christ. Le Verbe incarné a versé son sang pour son épouse, et il exige

« Quia et illarum nuptiarum », etc., nous apprend que répoux de Cana est la figure du Christ.

Une conclusion s'impose, savoir qu'il y a un rapport de symbolisme entre le mariage et les noces mystiques de Jésus avec l'Eglise ^. C'est le sacramentum nuptiarum que le Christ dévoile et fait reconnaître en venant aux noces.

D'autre pairt, puisque le fiancé de Cana figure Jésus dans ses relations virginales avec l'Eglise, il faut qu'il agisse en conséquence de ce symbolisme dans ses rapports avec son épouse, c'est-à-dire qu'il respecte encore pour ce motif la vertu de la chasteté conjugale.

Ces deux conclusions, saint Augustin les déduit de la présence même de Jésus-Christ aux noces afin que la loi de la chasteté conjugale fût plus scrupuleusement observée, et que l'on reconnût que le mariage est un symbole de son ui;iion spirituelle avec l'Eglise^.

Peut-être ne s'éloignerait-on pas de la pensée de saint Augustin, si l'on voyait dans le « conjugalis castitas firmaretur » une conséquence du « sacramentum nuptiarum », puisque le sacramentum est bien la cause d'où le saint Docteur fait dériver des conséquences pratiques pour le mariage^.

Nous ne prétendons pas que notre interprétation soit la seule possible, le texte présentant des multiples difficultés;

d'elle, en retour, l'intégrité de la foi et le lys de la virginité (Cf. n. 4, 7, 8).

1. La conclusion devrait évidemment se borner au mariage de Cana. Mais il est incontestable que saint Augustin i'étend et l'applique au mariage en général, au même sens qu'il voit dans la présence de Jésus- Christ la confirmation de l'institution divine et de l'honnêteté de l'union conjugale en tant q3.i.'un état de vie.

2. On pourrait se demander comment saint Augustin peut tirer cette conclusion du simple fait de la présence de Jésus-Christ, le récit évangélique ne rapportant aucune parole du Sauveur sur ce sujet aux noces. La doctrine de l'évêque d'Hippone n'est ici que l'écho de la tradition des premiers siècles envisageant la présence de Jésus aux noces de Cana comme un fait d'une haute valeur pour la doctrine du sacrement du mariage. Cependant notre tâche n'étant pas de justifier les opinions de saint Augustin, nous nous bornons à préciser le sens de ses affirmations en suivant ses principes et le développement logique de sa pensée.

3. V. chap. IV, art. 3, p. 74; chap. v, art. 1, p. 100; chap. vi, art. 2, p. 125.

mais nous croyons qu'il ne sera pas facile de dégager logiquement du contexte une interprétation qui s'écarte substantiellement de la nôtre.

Aussi sera-t-il peut-être un peu hasardé de voir dans ce texte l'affirmation que Jésus-Christ a institué à Cana le sacrement proprement dit du mariage, car le conjugalis castitas firmaretur ne nous suggère pas l'idée de collation de la grâce sanctifiante, et le mot sacramentum ne peut être traduit dans ce passage que par « symbole » ou « signe ».

Cette signification est justifiée par le contexte et clairement indiquée par le verbe ostenderetur, qui semble avoir été choisi à dessein i.

Il est toujours utile de remarquer l'idée que saint Augustin se forme de ce symbolisme du mariage, idée que l'on ne pourra jamais confondre avec la notion d'une simple figure.

Le symbolisme du mariage, d'après saint Augustin, est un caractère religieux d'ordre surnaturel qui précise et renforce les propriétés fondamentales du mariage naturel, et impose, conséquemment, aux époux une exactitude à l'égard de certains devoirs qu'on ne saurait exiger d'eux au seul nom du contrat conjugal.

, Ce caractère religieux, étant inséparable du mariage, en devient lui aussi une propriété et l'élève pour ainsi dire à l'ordre surnaturel.

Il est donc évident que, pour saint Augustin, Jésus-Christ a voulu montrer par sa présence aux noces l'existence de ce symbolisme aux effets positifs.

1. Quelques auteurs découvrent une valeur spéciale dans la manière dont saint Augustin emploie ici le mot sacramentum, car, semblent-ils dire, aucune explication ne l'accompagne qui permette de le comprendre autrement qu'au sens d'un sacrement proprement dit, Perrone {De matrimonio christiano, t, I, p. 17. Romae, 1858), dit que saint Augustin dans ce texte appelle le mariage pressa slgnificatione « sacramentum». Miillendorf (Ueber den patristischen Beweïs fur die Ehe als Sakrament, art. dans Zeitschrift fur katholische Théologie, a. 1878, p. 648), fait sien l'avis de Perrone, en disant que saint' Augustin est un de ceux qui, « nennen die Ehe schlechtin Sakrament. » Nous ne trouvons pas que l'expression sacramentum nuptiarum soit tellement isolée dans le texte en discussion, que l'on ne puisse pas en fixer la vraie signification.

LE MARIAGE EN TANT QUE « SAGJiAMENTUM » 199

Ce n'est pas à dire que ce symbolisme a été institué à Cana, puisque le mariage l'avait dès le commencement, mais que le Christ l'a reconnu et l'a fait reconnaître.

Cependant, au point de vue dogmatique, cela revient au même. Que Jésus-Christ ait institué un elementum comme une figure ou un signe d'une chose spirituelle, ou qu'il en ait adopté un ayant d'avance cette signification, son action est, dans les deux cas, déterminante et personnelle.

Mais le texte que nous venons d'étudier, ne touchant qu'au premier élément requis pour ressence d'un sacrement, le « signum rei sacrae », nous croyons devoir conclure simplement avec Pourrat que, selon saint Augustin, le Sauveur a dévoilé par sa présence aux noces le sacramen." tum du mariage consistant dans le symbole de son union avec l'Eglise ^.

Le « sacramentum » du mariage et la collation de la grâce.

Le dernier et principal élément des sacrements de la Nouvelle Loi est la collation de la grâce sanctifiante ex opère operato.

Saint Augustin attribue-t-il cette efficacité au sacramentum du mariage?

La réponse est connue de tous ceux qui ont lu une fois les écrits de saint Augustin.

Tixeront l'a formulée en disant : « Notre Auteur n'a parlé nulle part d'une façon un peu explicite du don spirituel, de la grâce liée au contrat matrimonial chrétien 2. »

Pourrat écrit que ce fut la tradition postérieure qui précisa l'efficacité sacramentelle du symbole divin du mariage et montra qu'il est saint au point d'être lui-même une source de sainteté^. Quant à saint Augustin, ajoute le même auteur, « il ne l'a pas considéré comme une source propre-

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