‹ La doctrine du mariage [microform]Chapitre 151 sur 176 · De nupt. et conc, I, 10, C. V., xlii, 2, p · texte numérisé non relu

De nupt. et conc, I, 10, C. V., xlii, 2, p

lité sans une grâce spéciale qui raccompagne, grâce analogue à celle de Tunion de Jésus-Christ avec TEglise. Cependant, si cette union mystique peut être considérée en quelque sorte comme une grâce — (nous rappellerions plutôt un moyen par lequel la grâce est communiquée aux membres de Jésus-Christ), — cela ne vient pas de la raison de son indissolubilité. Ainsi, quoique le sacramentum du mariage figure cette union en tant qu'elle est indissoluble, on ne peut pas conclure qu'il produit une grâce sanctifiante.

Schanz ajoute, comme une conclusion des textes de saint Augustin, que le mariage est un signe de la grâce.

Cette affirmation, on ne la trouve nulle part dans l'œuvre augustinienne; mais Schanz prend ici l'union du Christ avec l'Eglise pour la grâce signifiée par le mariage^.

C'est trop étendre le sens de grâce, dont les sacrements du Nouveau Testament sont le signe sensible.

L'union de Jésus-Christ avec l'Eglise est un fait religieux et surnaturel, dont le mariage est un symbole ; ce^te alliance, ce mariage mystique, est établi sur les lois de l'indissolubilité, de l'unité et de l'amour. Ces trois lois du prototype du mariage doivent se reproduire autant que possible, selon saint Augustin, dans la société de l'homme et de la femme. Voilà en raccourci la doctrine du saint Docteur.

Il nous faut encore examiner les bases d'argumentation établies par quelques auteurs des xvi^ et xvii^ siècles et adoptées par grand nombre de théologiens modernes.

On a trouvé la doctrine de la grâce du sacrement dans quelques passages, où saint Augustin parle de la sainteté du mariage chrétien, le distingue du mariage païen par le « sacramentum » et ses effets, et le compare au baptême et à l'ordre.

Nous étudierons au paragraphe suivant les textes d'où ces conclusions dérivent, et jetterons un regard sur l'atti-

1. C'est la doctrine de Mûllendorf {loc. cit., p. 643-645). Schanz trouve chez saint Augustin ce que Mûllendorf reprend de l'ensemble de tous les textes des Pères.

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tude que l'ensemble des théologiens ont gardée vis-à-vis de la doctrine augustinienne sur le sacramentum du mariage.

La doctrine de saint Augustin

sur le « sacramentum » du mariage

interprétée par les autres auteurs.

La tradition n'a pas été toujours d'accord sur la conclusion à déduire de la doctrine augustinienne du sacramentum du mariage.

La diversité des textes, la multiplicité d'idées, obscures parfois, qu'ils renferment, et les caractères du mariage, surtout du mariage chrétien, provenant du sacramentum, sont les causes principales de ce désaccord entre lès interprètes du grand Docteur.

Les divergences sont remarquables à partir du xvi^ siècle. Nous croyons même que l'on n'en trouvera pas avant cette époque.

L'interprétation que nous avons donnée aux textes de saint Augustin dans les paragraphes précédents a été suggérée par les textes eux-mêmes et par l'étude d'ensemble de la doctrine augustinienne.

Elle s'écarte parfois de l'avis de maints commentateurs. Mais il ne faut pas s'y méprendre au point de la réputer une voix dissonante isolée de Tensemble de celles qui ont plaidé la doctrine augustinienne. Voilà pourquoi nous avons voulu jeter un regard, bien que rapide, sur l'attitude prise par les grands maîtres de la théologie vis-à-vis de la doctrine de saint Augustin sur le sacramentum du mariage.

On sait que la doctrine sacramentaire de saint Augustin a exercé une grosse influence chez tous les grands théologiens. Les principes augustiniens prédominèrent surtout jusqu'au xii'' siècle. Les auteurs se bornent souvent à trans-

208 LA. DOCTRINE DU MAIirAGlî SELON SAINT AUGUSTIN

crireies textes de saint Augustin et à les éclairer de quelques commentaires.

C'est ce qu'a fait saint Isidore de Séville à propos du sacrement du mariage. Il fait siennes et la pensée et les paroles de saint Augustin, et nous en rend le sens dans une explication courte, mais très claire : « Il y a trois biens dans le mariage : la génération, la fidélité et le sacrement... Par le sacrement, on comprend que le mariage doit rester toujours indissoluble et que les époux ne peuvent se livrer qu'à leur conjoint, pas même en vue d'avoir des enfants... » « Le mariage donc s'appelle un sacrement, car, de même que l'Eglise ne peut jamais se séparer de Jésus-Christ, de même la femme ne peut pas se séparer de son époux ^. »

Cette même interprétation apparaît plus tard dans VEpitome theologiae christianae, qui reproduit la doctrine d'Abélard, identique à la doctrine et phraséologie augustiniennes des trois biens du mariage. « Le sacrement du mariage est le sacrement de Jésus-Christ et de l'Eglise, car, de même que la femme est l'épouse d'un seul homme et celui-ci le mari d'une seule femme, de même Jésus-Christ n'appartient qu'à une seule épouse — l'Eglise, et celle-ci qu'à un seul époux — Jésus-Christ 2. »

1. De ecclesiasticis officiis, 1, II, c. 20, P. L., LXXXIII, col. 812 : « Nuptialia autcm bona tria sunt: proies, fides, sacramentum. In flde attenditur, ne praeter vinculum conjugale clim altéra vel altero concumbatur; in proie, ut amanter suscipiatur, pudice nutriatur; in saoramento, ut oonjuges non separentur, neque causa prolis alteri conjungantur (Copié presque mot à mot de saint Augustin, De genesl ad litt., IX, 7, C. V., xxviii, 1, p. 275). Sacramentum àutem ideo inter conjugatos dictum est, quia sicut non potest Ecclesia dividi a Christo, ita et uxor a viro. Quod ergo in Christo et in Ecclesia, hoc in singulis quibusque viris atque uxoribus conjunctionis inseparabile sacramentum est. » Cette dernière période est aussi transcrite de saint Augustin, De nupt. et conc, I, 21, G. V., xlii, 2, p. 236).

2. Epitome theologiae christianae, c. 31, P: L., GLXXVIII, col. 1747 : « Tria sunt bona conjugii, fides, proies, sacramentum. Fides, non catholica, sed pactio conjugalis, quod quamdiu vixerit, cum alla non commisceatur. Proies, ut susceptus fllius religiose educetur, et est ad decorem, ut quod ibi per pecoatum commissum est, filiorum fructu recompensetur. Sacramentum est Ciiristi et Ecclesiae, quia sicut uxor unius viri et vir unius uxoris, sic Christus unius sponsae, id est Ecclesiae sponsus est et Ecclesia unius sponsi, id est Christi sponsa. » — A propos de la grâce VEpltome est tout à fait explicite : « Horum sacramentorum alia sunt

LE MARIAGE EN TANT QUE a SACRAMENTUM » 209

Hugues de Saint- Victor ne se contente pas de transcrire mot à mot la doctrine des trois biens ^ ; il cite encore d'autres textes de saint Augustin pour confirmer sa doctrine sur le sacrement du mariage 2. Cette doctrine cependant, quoique plus explicite et plus lumineuse sur la notion de sacrement, ne s'éloigne pas encore beaucoup, comme l'explique Mignon, de l'avis de quelques auteurs de cette époque qui réputaient le mariage un sacrement qui ne confère pas la grâce ^.

Un des textes augustiniens interprété par Hugues est le passage célèbre du De bono conjugali ^ : « In nuptiis plus valet sanctitas sacramenti quam fecunditas uteri. » Hugues

distingue dans le mariage l'union spirituelle des cœurs de l'union des sexes. Toutes les deux sont un sacramentum, un symbole. L'union des sexes symbolise l'union de Jésus-Christ avec l'Eglise, qui s'est opérée par l'incarnation du Verbe; cette alliance est, à ce point de vue, une union selon la chair. L'union des cœurs dans le mariage figure l'union spirituelle de Dieu avec l'âme, c'est-à-dire que l'amour conjugal est le sacramentum de l'amour divin par lequel Dieu communique sa grâce à l'âme. Cette dernière alliance, dont l'amour conjugal est le sacramentum, est plus sublime, plus sainte, que l'union entre le Christ et l'Eglise figurée par l'union sexuelle dans le mariage. Voilà pourquoi — ajoute Hugues de Saint- Victor — saint Augustin a dit que, « dans le mariage la sainteté du sacrement a plus de valeur que la fécondité de la femme 5 ».

spiritualia, alia non. Spiritualia sunt illa majora, quae soilicet ad salutem valent : quorum tamen unum est, quod non ad salutem spectat, sed magnae rel sacramentum est, soilicet conjugium. Duoere siquidem uxorem non est alioujus meriti ad salutem, sed propter inconvenientiam ad salutem est concessum. » {Epitome, 0. 28, Ibid., col. 1738). Et encore : « Nunc de conjugio dicendum est, quod quidem sacramentum est, sed non confort aliquod donum, sicut coetera faciunt, sed tamen mail remedium est. » (Ibid., c. 31, col.' 1745). — ■■ L. C. G.

1. De sacramentis, 1. II, p. 11, c. 7, P. L., CLXXVI, col. 494.

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