‹ La doctrine du mariage [microform]Chapitre 20 sur 176 · Confessionum, XII, 24, G. V., xxxirr, 1, p · texte numérisé non relu

Confessionum, XII, 24, G. V., xxxirr, 1, p

dans les corps immortels de nos premiers parents. Mais bientôt la difficulté disparaît, quand le saint docteur voit dans la bénédiction divine une signification littérale en rapport avec la fécondité et la génération corporelles, même avant le péché.

Cette bénédiction, écrit-il, pourrait certainement s'accomplir par la génération i. Et bien que le Créateur l'ait fait entendre aussi aux animaux, il l'a répétée à l'homme, afin que personne n'impute à péché la génération des enfants dans le mariage, et ne confonde l'acte conjugal bien réglé avec la fornication ou avec les abus des conjoints ^. Ici donc saint Augustin reconnaît à la bénédiction la sanction légitime des rapports des époux, lorsque leur acte a pour but la génération.

Mais la difficulté qu'il éprouva, reste entière. Il avoue que le « crescite et multiplicamini » semble ne pouvoir s'accomplir — « fieri non posse videatur » — , que par l'union sexuelle de l'homme et de la femme. Cependant, ajoute-t-il, on peut dire qu'il aurait pu y avoir pour des corps immortels une autre manière de l'accomplir; par exemple, que par la seule affection d'une pieuse amitié, — « solo pietatis affectu », — auraient pu naître des enfants sans le concours des deux sexes ^.

Plus tard, dans sa théorie sur la création du monde, l'Evêque d'Hippone place la bénédiction divine avant la création de l'homme dans sa réalité parfaite. Cette parole, dit-il, ne retentit pas, dans la pensée de Dieu, à des oreilles humaines, .avant toute espèce de son formé dans l'air et toute voix matérielle, mais elle déposa dans des êtres créés la causalité d'une autre chose à créer dans l'avenir. De même

1. De gen. ad litt., III, 12, G. V., xxviir, 1, p. 78 : « Quid sibi ergo vult post hominem factiim illa benedictio : Crescite et multiplicamini et impiété terram, quod utique generando fieri posset? »

2. Ihid., 13, p. 79 : « Necessarium autem fuit hoc in homine repetere, ne quisquam diceret in offioio generandi filios ullum esse pecoatum, siout est in libidine sive fornioandi sive ipso conjugio immoderatius abutendi. » — Cf. Be civ. Dei, XIV, 21, G. V., xl, 2, p. 45.

3. J)€ gen. ad litt., III, 21, G. V., xxviii, 1, p. 88. Dans quelques manuscrits on lit : « solo piae caritatis affectu ».

donc que le « faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram » renferma, en quelque sorte, dans la semence ou dans la racine du temps, l'homme, qui devait être créé plus tard, de même le « crescite et multiplicamini » jeta la raison séminale de la fécondité à donner à la nature' humaine 1. La fécondité est ainsi l'œuvre de cette bénédiction, qui doit s'accomplir par la génération dans le mariage 2. Le premier péché ne l'a pas efîacée, et Dieu ne l'a pas enlevée non plus à la postérité déchue 3. Aussi est-elle encore aujourd'hui la source d'où naîtront les prédestinés jusqu'au nombre préétabli, comme elle l'aurait été à l'état de justice dans laquelle l'homme avait été créé ^.

On remarquera que saint Augustin ne fait aucune mention de quelque commandement que la bénédiction puisse prescrire à l'homme. C'est une vertu causative, ou plutôt, créatrice qu'il lui attribue, dont l'effet appartient comme une partie intégrante à la nature humaine.

Il n'est même pas nécessaire de rechercher dans la bénédiction la force d'un précepte positif, qui semble d'ailleurs y être énoncé, pour reconnaître la nécessité de la propagation de l'espèce humaine. Le « crescite et multiplicamini » exprime d'autant mieux la volonté du Créateur, que l'effet en reste inhérent â la nature même de l'homme et comme identifié avec elle. Il ne s'impose pas à chaque individu; il ne rappelle même pas à l'ensemble des hommes un ordre que Dieu ait fait entendre à nos premiers parents. Mais la fécondité émanée de cette bénédiction, aussi bien que l'ins-

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