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Contra Faustum, XXII, 30, G. V., xxv, 1, p

7. Ibid., et XXX, 6, p. 754 ; — De Haeres., 46, P. L., XLII, col. 37. — Les ManichécH-s se divisaient en deux ordres : les parfaits ou élus et les auditeurs. Le mariage était permis, mais seulement aux auditeurs. Los parfaits les instruisaient sur la loi de Manès, et les exhortaient à empêcher la génération, tout en leur permettant les plaisirs de la vie conjugale.

Ges hérétiques se flattaient d'être ainsi les libérateurs de leur dieu. On peut s'imaginer les abominations oii les poussait cette doctrine. — Gf. De mor. Manich., 18 et 19; De Haeres., toc. cit.; De natura boni, 47, G. V., xxv, 2, p. 886.

36 LA DOCTRINE DU MARIàGE SELON: SAINT AUGUSTIN

chose est le mariage en soi-même, autre chose est le mauvais usage qu'en font les époux ^.

Le mariage est une institution divine, un état de vie, ayai^l une organisation et un but propres, signalés par Dieu luimême et indiqués par la nature.

Personne ne peut en changer les propriétés essentielles, ni y adjoindre une autre fm que celle que. Dieu a voulue. Toute union sociale entre l^omme et la femme, quelque dignes que soient leurs intentions, renonçant à ce but ou attentant à ces propriétés, s'éloigne absolument des condi-^ tions d'un vrai mariage,^ et ne peut en porter le nom.

Par contre,, la société conjugale s'établit entre deux époux, lorsqu'ils en stipulent les clauses déterminées, quelles que soient leurs aspirations, non contraires, quoîqu'injurieuses au mariage. Leur union restera indissoluble, également digne par son institution, toujours honnête dans son but. Les aberrations peuvent avilir les deux époux que le mariage unit à jamais, mais elles ne flétriront point la dignité morale de l'état conjugal 2.

Le mariage est toujours le même dans son essence, dans son honnêteté, soit entre époux ne se proposant que d'en

1. De bono conjugaU, 14, G. V., xli, 3, p. 208 : « Quid enim sit nuptiarum, considerandum est, non quid sit nubentium et immoderatius nuptiis utentium. »

Saint Augustin nous donne sa théorie dans ce livre écrit en 401. La doctrine chrétienne de la supériorité de la virginité sur le mariage, soutenue par les écrivains catholiques antérieurs à notre saint, avait provoqué une calomnie de la part des Pélagiens. Le moine Jovinien surtout reprochait aux chrétiens de soutenir la théorie manichéenne, lorsqu'ils condamnaient le mariage pour défendre rexcellenoe de la virginité.

Malgré une forte et pieuse résistance aux idées de Jovinien mettant au même niveau la chasteté conjugale et celle des vierges consacrées à Dieu, la nouvelle erreur se glissait secrètement dans les esprits, et on n'osait et on ne savait repousser la calomnie, dont le moine hérétique prétendait souiller la doctrine de l'Eglise {Retract., i, lî, c. 48, G. V., XXXVI, 2, p. 156).

Saint Augustin entreprit la rédaction du De bono conjugaU pour rejeter le grief que Jovinien faisait aux auteurs chrétiens, en exposant les biens du mariage reconnus par la théorie catholique, qui ne pactise aucunement avec les abominations de Manès et de ses disciples.

2. De bono conj., 6, G. V., xli, 3, p. 194 : « Quidquid ergo inter se conjugati immodestum, inverecundum, sordidum gerunt, vitium est hominibus, non culpa nuptiarum. »

poursuivre le but, soit entre conjoints visant à des avantages sociaux ou à des plaisirs momentanés, sans mépriser cependant la fin essentielle du mariage^.

L'honnêteté morale lui vient de sa propre nature. Cette affirmation et d'autres équivalentes fourmillent dans presque tous les livres de saint Augustin. Les incontinents peuvent noircir leur vie matrimoniale d'imperfections, de fautes, de crimes; leur désir désordonné de l'état conjugal peut être criminel; le mariage peut devenir pour eux un péché, lorsqu'ils prononcent la formule du contrat, en vue de satisfaire à l'ardeur de la concupiscence, ou d'échapper au danger de la fornication; le mariage, cependant, ne sera jamais, en lui-même, une faute pour eux s. Il a une bonté morale propre, qui reste toujours au même degré ^.

La comparaison entre l'honnêteté naturelle de deux mariages, en tant que mariages, est absurde. Elle ne doit avoir lieu qu'entre deux ou plusieurs couples, dont l'un peut être plus saint que l'autre, selon le degré des vertus personnelles de chacun ^.

L'honnêteté de l'état conjugal ne vient pas non plus du parallèle entre le mariage et la fornication. Ce n'est pas parce que celle-ci est un mal, que celui-là est un bien; autrement ce seraient, deux maux, l'un plus grand que l'autre. La fornication serait alors un bien, parce que l'adultère est

1. Ibid., 17, p. 212 : « Ipsae quidem nuptiae in omnibus gentibua eadem sunt filiorum procreandorum causa, qui qualeslibet postea fuerint, ad hoc tamen institutae sunt nuptiae, ut ordinate honesteque nascantur... Ac per hoc quamvis utrorumque nuptiae, in quantum nuptiae sunt, quia procreandi causa sunt, aequaliter bonae sint, hi tamen iiomines conjugati illis hominibus conjugatis non sunt comparandi. »

2. Ibid., 10, p. 202 : « Nec ipsis (incontinentibus) tamen peccatum sunt nuptiae, quae, si in comparatione fornicationis eligerentur, minus peccatum essent quam fornicatio, sed tamen peccatum essent. » — Cette opinion "découle d'une autre, où saint Augustin déclare que tout acte conjugal, dépassant la limite de ce qui est strictement nécessaire à la génération, doit compter comme un péché, bien qu'excusable à cause du bien du mariage. Nous reviendrons là-dessus plus tard.

3. De bono vïd., 8, G. V., xli, 3, p. 317 : « Nuptiarum igitur bonum semper est quidem bonum. »

4. De bono conj., 20. Jbid., p. 218 : « Non nuptias nuptiis, nam par in omnibus munus est mortali hominum naturae datum, sed homines, qui nuptiis utuntur... conferendi sint requirendum est. »>

un crime plus grave encore; et l'adultère serait à son tour un bien, parce que l'inceste est un mal plus abominable. La fausseté de ce parallèle est évidente i.

Le mariage et la fornication ne sont donc pas deux maux, dont l'un plus blâmable que l'autre. Le mariage est un bien en soi-même. S'il n'en était pas ainsi, Jésus-Christ n'aurait pas pu défendre à l'homme de se séparer de sa femme, hors le cas d'adultère, ni se rendre aux noces de Cana, où on l'avait invité. Par ce commandement et ce fait historique, il a confirmé que le mariage est incontestablement un bien 2.

L'Apôtre est plus explicite encore, lorsqu'il dit (I Cor. VII, 36) : « Quod vult faciat ; non peccat, si nubat », et {Ibid., 28) : «si acceperis uxorem, non peccasti; et si nupserit virgo, non peccat ». Il est donc impossible de conclure que le mariage est un péché, ou qu'il n'est pas permis 3. Ceux qui l'estiment aussi condamnable que l'adultère, ont fermé les yeux à la lumière des Ecritures, et méconnu la voix de la saine raison ^.

« Pour nous, selon la foi due à la vérité inspirée et à la saine doctrine, nous soutenons que le mariage n'est point un péché, mais un véritable bien, quoique inférieur à d'autres 5. »

1. Ibid., 8, p. 198 : « Honorabiles ergo nuptiae in omnibus et toriis immaculatus. Quod non sic dicinius bonum, ut in fornicationis oomparatione sit bonum; alioquin duo mala erunt, quorum alterum pejus; aut bonum erit et fornicatio, quia est pejus adulterium — pejus est enim alienum matrimonium violare quam meretrici adhaerere — et bonum adulterium, quia est pejus incestus — pejus est enim cum matre quam cum aliéna uxore concumbere. »

2. Ihid., 3, p. 190 : « Bonum ergo oonjugii, quod etiam Dominus in evangelio conflrmavit, non solum quia prohibuit dimittere uxorem nisi ex causa fornicationis, sed etiam quia venit invitatus ad nuptias, cur sit bonum, merito quaeritur. »

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