De nupt. et conc, II, 7, C. V., xlii, 2, p
L'auteur semi-péjagien du livre Praedestinatus enseigne que la concupiscence déréglée est quelque chose de bon déposé par Dieu dans le corps de l'homme, non seulement parce qu'elle est la source de la génération, mais encore l'occasion de conquérir par une lutte constante le mérite de la chasteté. Ainsi, la concupiscence devient la cause d'un double bien — pour les uns la joie de la génération, pour les autres le triomphe de la vertu i.
Saint Augustin a reconnu dès le début de sa polémique le vide de la théorie pélagienne sur la concupiscence. Une distinction s'imposait, que les Pélagiens oublièrent, creusant l'abîme où ils se sont précipités.
Autre chose est la tendance ou l'appétit naturel et inné de la génération, autre chose est la concupiscence sexuelle effrénée, en lutte contre les lois de la raison. Autre chose est le sens de la chair, autre chose est la concupiscence de la chair. Par le sens de la chair qu'on appelle le sens du toucher, on distingue dans la sensation les parties rugueuses, les parties molles. Par la concupiscence, on désire indifféremment le licite et rillicite que l'intelligence seule peut discerner. Aussi, la concupiscence, nous faisant désirer ce qui est défendu, ne vient pas de Dieu et ne peut être considérée comme bonne K Par contre, l'appétit naturel de la gé-
1. « Toile concupiscentiam et cessant conjugia, toile concupiscentiam et cessant praemia castitatis... Alios in generationis gaudio exhibet, aiios in triumpho virtutis. » — Praedestinatus, III, 31, P. L., LUI, col. 671.
2. C. Jul. op. imp., IV, 29, P. L., XLV, coi. 1353 : « Alla est Tis sentiendi, aliud vitium concupiscendi : discerne duo ista diligenter, noli errare deformiter. Alia est, inquam, vis sentiendi, aliud vitium concupiscendi. Loge Evangelium : Qui viderît, inquit, mulierem ad concupiscendum eam, jam moechatus est eam in corde suo : non dixit, Qui viderit, quod est sentire per eum sensum corporis qui dicitur visus; sed, gui viderit, inquit, ad concupiscendum, quod est videre ad malum. Visus ergo sensus carnis est bonus : concupiscentia vero carnis motus est malus. » — IMd„ 6,9, coL 1379 : « Quid loquaris ignoras. Aliud est sensus carnis, aliud concupiscentia carnis, quae sentitur sensu et mentis et carnis : sicut dolor carnis non ipse sensus est, sed nisi sensus adsit, sentiri non potest. Sensu itaque carnis qui tactus vocatur, aspera et lenia differenter ut caetera sentiuntur : concupiscentia vero carnis indifferenter illicita et licita cupiuntur, quae non concupiscendo, sed intelligendo dijudicantur; nec ab illicitis abstinetur, nisi concupiscentiae resis-
nération est un désir raisonnable exen^pt de toute passion coupable i.
Il ne faut pas oublier que saint Augustin, en employant l'expression « concupiscentia carnis », n'entend que l'aspiration effrénée de la nature aux plaisirs de la chair 2. Il la place dans la partie sensitive de l'âme, et d'une façon spéciale dans la région inférieure. Il la découvre dans la passion qui a fait rougir nos premiers parents, quand ils ont couvert leur nudité après le premier péclié. Avant la chute originelle leur nudité n'avait rien de honteux, puisqu'elle était l'œuvre de Dieu. Mais ils l'ont cachée quand ils ont rougi; et ils ont rougi lorsque, après l'acte de désobéissance, ils ont senti la révolte de la chair 3.
Ce fut donc le premier péché qui introduisit dans le corps de nos premiers parents ce germe de corruption morale, aussi bien que le germe de la mort physique. Ce malaise, se transmettant à tous leurs descendants, dévore aujourd'hui la nature humaine, en lui ôtant tellement le pouvoir de commander à tous les membres du corps, qu'elle doit dire avec l'Apôtre (Rom., vu, 23) : « Je sens dans les membres de mon corps une autre loi combattant contre la loi de mon esprit, qui me rend captif sous la loi du péché résidant dans mes membres ^. » •
Saint Augustin adopte l'expression de saint Paul pour dénommer la « concupiscentia carnis », la « libido ». Il l'appelle loi du péché à cause de la lutte qu'elle oppose à la loi de la raison 5. Soustraite au joug de cette dernière, la concupiscence donne à la partie inférieure de l'homme le caractère de la bête qui se laisse aller sans aucun frein.
Malgré les entraînements que la concupiscence fait subir à la nature humaine, saint Augustin se hâte de répondre à la calomnie des Pélagiens, désireux de dénaturer ses paroles
tatur... Concupiscentia igitur carnis, qua cupiuntur quae prohibentur, non est a Pâtre. »
J. De nupt. et conc, II, 7, C. V., xlii, 2, p. 269.