Ibid., col
3. L. XXII, 37, G. V., XXV, 1, p. 631. — Ecrits vers l'an 400.
pone. En se basant sur le principe qu'une femme ne peut appartenir à deux maris vivants, comme deux femmes peuvent appartenir à un seul mari ^ il avoue qu'il est plus conforme à la vérité et à l'honnêteté de dire (multo vertus et Ronestius itlud accipimus), qu'il n'est pas permis à la femme, même en de si graves circonstances, de se livrer à un autre homme 2.
Ce dernier doute, cependant, sur l'usage réciproque du corps des conjoints cède sa place à la doctrine de l'inaliénabilité du droit que les époux ont l'un sur l'autre. Aux chrétiens surtout, « il n'est point permis de livrer le corps de leur femme à l'usage d'un autre homme ».
Saint Augustin trouve la raison de cette défense dans le sceau sacramentel du mariage chrétien, et il fait appel au sentiment religieux des catholiques de son temps, qui considéraient déjà la pratique contraire comme un véritable adultère, malgré les abus sanctionnés et applaudis autrefois par la république romaine ^.
Aussi semble-t-il que, dans la pensée du saint Evêque, la défense pour un mari de s'unir à une autre femme du consentement de son épouse, surtout lorsque celle-ci est stérile, ne dérive proprement pas de la nature du mariage, mais du symbolisme religieux (sacramentum) , dont il est revêtu dans l'Eglise chrétienne. Dans le passage que nous venons
1. Au chapitre suivant, nous verrons que saint Augustin conclut de ce principe que la polygamie n'est pas contre la nature du mariage, tandis que la polyandrie lui est directement opposée.
2. Saint Augustin se rapporte ici au fait d'Abraham cachant en Egypte {fi,sa. qualité de mari de Sara, afm de sauver sa vie et l'honneur de sa
femme. En prenant cette précaution, il n'a pas manqué de confiance dans le Seigneur. Il a voulu seulement ne pas tenter Dieu, puisque ce serait le tenter que de ne pas faire le possible pour éviter un mal. En concluant donc qu'Abraham se conforma davantage à la vérité et à l'honnêteté, lorsque ce Patriarche employa les moyens à sa disposition pour sauver sa femme de la luxure des Egyptiens, saint Augustin reconnaît que ce serait un mal que de l'exposer à être victime de la volupté d'autrui.
3. De ficle et oper., 7, G. V., xli, 3, p. 46 : « Maxime in civitate Dei nostrï, in monte sancto ejus, hoc est in ecclesia, ubi nuptiarum non solum vinculum, sed verum etiam sacramentum ita commendatur, ut non liceat viro uxorem suam alteri traderc, quod in republica tune romana non solum minime culpabiliter, verum etiam laudabiliter Gato feoissc perhibetur. »
de citer, comme ailleurs ^ il ne se rapporte qu'au sacramentum, pour établir l'absolue inaliénabilité du corps du mari.
Pour prouver que la polyandrie n'a jamais été permise, pas même aux temps des anciens Patriarches, il allègue qu'elle s'oppose à la nature même du mariage 2; mais pour ce qui concerne la polygamie, il affirme qu'elle n'est pas en opposition avec le mariage, — « neque enim contra naturam nuptiarum est ». Bien que moins conforme cependant que la monogamie ^ elle a été permise aux peuples anciens, à cause de la nécessité de la propagation ; car le mariage symbolisait à cette époque-là des mystères qu'il ne symbolise plus aujourd'hui.
Egalement saint Augustin maintient que c'est en raison du sacramentum, qu'il n'est pas permis aujourd'hui à un homme de livrer son corps à une autre femme, même d'accord avec son épouse stérile.
Aussi le sacramentum du mariage des anciens n'imposant pas cette rigueur, le saint Docteur enseigne qu'Abraham n'a pas commis un adultère quand il s'est uni à sa servante du consentement de Sara son épouse. Celle-ci n'a pas chargé sa conscience d'un crime, puisque voulant avoir des enfants et connaissant sa stérilité, elle recourut à la fécondité de sa servante en vertu d'un pouvoir licite, en donnant à son mari un ordre auquel il se soumit. Abraham, à son tour, n'a pas fait injure, mais plutôt obéi à sa femme, qui pensa trouver une consolation aux privations de sa nature stérile, en s'appropriant la fécondité de son esclave, et faisant usage du droit, dont parle l'Apôtre, — le mari n'est pas maître de son corps, mais sa femme. — Il n'y a donc ici, ni désir impur, ni débauche honteuse ^. La femme donne la servante à son mari pour avoir des enfants ; le mari la reçoit dans le