‹ La doctrine du mariage [microform]Chapitre 85 sur 176 · PouRRAT, La Théologie sacramentelle, p, 59. Paris · texte numérisé non relu

PouRRAT, La Théologie sacramentelle, p, 59. Paris

d'un homme restera stérile, comme le restera l'âme soumise à plus d'un Dieu i.

Saint Augustin voit dans ce parallélisme une partie de la signification du caractère sacramentel du mariage des anciens, où la polygamie était permise à l'homme et défendue à la femme. « Mais parce que beaucoup d'âmes ne formeront un jour qu'une seule cité dont tous les habitants n'auront qu'une seule âme et un seul cœur en Dieu, — ce qui sera la perfection de notre unité après ce pèlerinage terrestre, — et qu'alors les pensées de chacun seront manifestées à tous, sans qu'il s'élève jamais le moindre dissentiment, de nos jours le sacramentum du mariage a été réduit à un seul mari et à une seule femme... Il est la figure de notre union future soumise à Dieu dans une seule et même cité céleste, de même que, quand on le contractait avec plusieurs femmes, il était la figure de la multitude des fidèles qui, dans toutes les nations de la terre, devait un jour être soumise à Dieu 2. »

La polygamie, que le mariage naturel n'exclut pas eh elle-même, bien qu'elle y soit moins conforme que la monogamie, se trouve en contradiction avec la propriété essentielle du mariage chrétien symbolisant l'unité de l'alliance mystique entre le Christ et son Eglise.

1. De bono conj., 17, G. V., xli, 3, p. 213 : « Plures enim feminae ab uno-viro fetari possunt, una vero a pluribus non potest — haeo est principiorum vis — siout multae animae uni Deo recte subduntur. Ideoque non est verus Deus animarum nisi unus, una vero anima per multos falsos deos fornicari potest, non fécundari. »

2. Ibid., 18, p. 214 : « Sed quonjam ex multis animls una civitas futura est habentium animam unam et cor unum in Deum... propterea sacramentum nuptiarum temporis nostri sic ad unum virum et unam uxorem redactum est, ut ecclesiae dispensatorem non liceat ordinari nisi unius uxoris virum... Sicut ergo sacramentum pluralium nuptiarum illius temporis significavit futuram" multitudinem Deo subjectam in terrenis omnibus gentibus, sic sacramentum nuptiarum singularum nostri temporis significat unitatem omnium nostrum subjectam Deo futuram in una ooelesti civitate. »

ARTICLE II La polygamie simultanée des Anciens Patriarches.

Pourquoi la polygamie a été permise chez les Israélites. — La sainteté des Patriarches dans leur vie conjugale,

La doctrine précédente nous fait prévoir la pensée de saint Augustin sur la polygamie simultanée chez l'ancien peuple d'Israël.

Elle n'était opposée ni à la nature du mariage, ni à aucune loi. Cela revient à dire qu'elle ne s'opposait pas à la loi naturelle, pas plus qu'elle ne s'y oppose aujourd'hui, ni à aucune loi positive, ce qui ne se trouve plus dans la législation actuelle. Par contre, la pluralité des femmes était un usage introduit dans les mœurs du peuple, et réputé par tous licite et honnête [Gen. XVI, 3; XXV, 1; II Reg. V; 13)^.

Saint Augustin est un défenseur opiniâtre de la conduite et des traditions d'Israël. Il voit avant tout dans leurs traditions la figure de la réalité future du Christ et de sa religion. Le peuple hébreu était le berceau, où le Messie devait naître. Dieu le guidait paternellement dans toute son histoire, dans la vie familiale, et même dans les sentiments personnels de chaque individu. Notre saint s'attache à cette sorte d'atmosphère surnaturelle dont le peuple d'Israël était entouré, pour découvrir dans les moindres actions des anciens Patriarches un caractère d'irréprochable moralité, qu'en bien des choses les enfants du Nouveau Testament ne réussissent jamais à atteindre.

On rencontre dans les Ecritures des actions ou des paroles attribuées à Dieu ou aux hommes, dont il proclame la sainteté, que l'ignorance voudrait taxer de crime et qui sont pourtant remplies de mystères.

Dans la vie commune, quiconque fait usage des choses matérielles avec plus de modération qu'on ne le fait habi-

Page 1