De gen. (id lïtt., VIII, 8, G. V., xxviii, 1, p
semences en terre, planté des rejetons, transplanté et greffé des arbustes, il l'interroge sur l'origine, la puissance des racines et des graines, sur leur vertu intérieure et invisible, sur l'action des agents externes, et en arrive à reconnaître que celui qui plante, et celui qui arrose n'est pour rien dans cette transformation, mais que Dieu seul donne l'accroissement 1 !
L'agriculture amène l'homme non seulement à voir l'action de Dieu dans la production et dans l'accroissement des plantes, mais encore le fait passer graduellement du matériel au spirituel, et découvrir l'œuvre de la Providence dans la vie intime, dans l'activité externe et interne, dans le développement et dans la perfection naturelle ou acquise de toutes les créatures depuis le règne minéral jusques et y compris tous les êtres vivants, la matière et l'animal, l'homme et l'ange 2.
Le travail de la terre est donc une école où l'homme étudie les merveilles que Dieu déposa et opère encore aujourd'hui dans toutes les choses. La connaissance de la nature invite l'homme à louer le Créateur 3.
Or, parmi les œuvres de la nature, la génération est une de celles où l'action de Dieu se montre avec plus de grandeur et de magnificence, et où l'intelligence humaine, ravie d'admiration, peut trouver de puissants motifs de glorifier Dieu ^.
1. De gen. ad lîtt., VIII, 8, C. V., xxviii, 1, p. 243 : « Quod enim majus mirabiliusque speotaoulum est aut iibi magis cum rerum natura humana ratio quodammodo loqiii potest, qiiàm oiim positis semini}3us, plantatis suroulis, translatis arbiisculis, insitis malleolis tamquam interrogatur quaeque vis radicis et germinis quid possit quidve non possit, iinde non possit, quid in ea valoat niimerorum invisibilis interiorqiie potentia, quid extrinsecus adhibita diligentia, inque ipsa consideratione perspicere, quia neque qui plantât est aliquicl neque qui rigat, sed qui incrementum dat, Deus, quia et illud operis, quod accedit extrinsecus, per illum acoedit, quem nihilominus creavit et quem régit atque ordinat invisibiliter Deus? »
- 2. IMd., 9, p. 243-245.
3. Cfr. Mausbagii, Ethik des heiligen Augustinus, t. I, p. 315. Freiburg (i. Br.), 1909.
4. De civ. Dei, XXII, 24, C. V., xl, 2, p. 644 : « Tarn magnum et mirabile est, ut non solum in bomine, quod est animal rationale et ex hoo cunctis terrenis animantibus cxccUentius atque praestantius, sed in
Dans la génération, il y a deux éléments : propagatio et conformatio. L'un et l'autre viennent de Dieu; le premier îMiréctement, le second immédiatement.
La propagatio esi la faculté, dont l'homme jouit, de reproduire d'autres hommes. C'est le don de la fécondité, que Dieu a accordé dès le commencement à la nature humaine par sa bénédiction. La conformatio est la coopération actuelle divine, qui rend efficace l'acte de la génération et lui fait produire des individus conformes au type de la race humaine.
La propagatio est l'acte de l'homme faisant usage de la faculté de se reproduire accordée à la nature en commun, mais que Dieu refuse parfois aux individus, selon son bon plaisir : « sic ergo creavit hominem Deus, ut ei adderet fertilitatem quamdam, qua homines alios propagaret.,. quitus tamen voluit hominibus abstulit eam Deus, et stériles fuerunt; non tamen generi humano abstulit semel datam primis duobus conjugibus benedictionem generandi ». La conformatio est l'acte de Dieu, opérant de concert avec l'homme pour donner à la semence sa vertu germinative et débarrasser le germe des enveloppes mystérieuses qui le cachent, afin qu'il puisse se montrer pourvu des formes visibles de ce que nous appelons le beau *.
Sans cette coopération de Dieu, l'acte de la génération reste sans effet : « concumbentes vero nisi illo créante générantes esse non possunt ». Aussi peut-on dire que l'action de l'homme, et sa puissance génératrice se réduisent à peu de chose; Dieu seul donne la forme substantielle. Même la mère portant le fruit qu'elle a conçu et le nourrissant quand il est né, ne fait quelque chose que lorsque Dieu lui donne l'accroissement. C'est lui qui, en rapprochant et unissant
qualibet minutissima musoula bene consideranti stuporem mentis ingérât
laudemque pariât Greatoris. »
1. Ibid., p. 643 : « Conformatio vero in illo ejus (Dei) est opère, quo usque nimc operatur. (Joan., v, 17). Efficacem quippe potentiam suam si rébus subtrahat, nec progredi poterunt et suis dimensis motibus peragere tempora nec prorsus in eo quod creatae sunt alîquatenus permanebunt... Huic autem propagation! si conformatio non adhiberetur, nec ipsa in sui generis formas modosque procederet. »
par des nœuds admirables la nature corporelle et la nature spirituelle, l'une comme servante et l'autre comme maîtresse, produit l'être vivant ^,
La génération est un acte digne en lui-même, non seulement en raison des agents qui l'opèrent, et à cause du but qu'elle poursuit, c'est-à-dire la réalisation de la Cité céleste, mais encore parce qu'elle doit établir sur la terre l'excellence et la beauté de la société humaine.
Parmi les créatures, l'homme, fait à l'image de Dieu, tient le premier rang, et le genre humain dans sa variété de types, dans son organisation sociale, dans sa vie morale et religieuse surtout, donne au monde visible le trait le plus impressionnant de la vraie beauté.
Personne ne peut méconnaître le splendide ornement que les hommes apportent à la terre, même lorsqu'est réduit le nombre de ceux qui vivent conformément aux lois naturelles et divines, et toute l'importance de l'ordre social qui oblige lès pervers à se tenir dans les liens d'une paix terrestre. En effet, les hommes ne sont pas si dépravés qu'ils ne l'emportent sur les bêtes; et qui pourtant n'éprouve un certain plaisir à voir les différentes espèces d'animaux embellir, autant qu'ils peuvent, ce monde que nous habitons ^ ?
Rien d'étonnant donc, que saint Augustin attribue à la génération une haute valeur morale et instructive, digne d'être étudiée par l'homme. Et c'est en la considérant en
1. Ibid., p. 644 : « ita etiam hic dici potest :'Nec qui concumbit nec qui seminat, est aliquid, sed qui format Deus; nec mater, quae conceptum portât et partum nutrit, est aliquid, sed qui inorementum dat Deus. Ipsa namque operatiône, quae usque nuno operatur, facit ut numéros suos explieent semina et a quibusdam latentibus atque invisibilibus involucris in formas visibiles hujus quod adspicimus decoris évoluant; ipse incorpoream corporeamque naturam, illam praepositam, istam subjectam, miris modis oopulans et coneetens animantem faeit. »
2. De gen. ad lïtt., IX, 9, G. V., xxviii, 1, p. 277 : « An vero ita quis oaecus est mente, ut non cernât, quanto terris ornamento sit genus humanum, etiam cum a paucis reote laudabiliterque vivatur, quantumque valeat ordo reipublioae in eujusdam pacis terrena-e vineulum coeroens etiam peocatores? Neque enim tantum depravati sunt homines, ut non etiam taies pecoribus et volatilibus antecellant; quorum tamen omnium generibus hanc inflmam mundi partem pro sui loci sorte deooratam quem non oonsiderare delectet? » — Gfr. Be cvv. Bel, XIX, 13, C.V., xl, 2, p. 397.
elle-même et dans ses prodigieux effets, que le saint docteur y trouve une nouvelle raison d'affirmer, eu égard aux desseins de Dieu, les excellents avantages de la propagation du genre humain.
ARTICLE III
La nature humaine créée en vue de la propagation
de l'espèce^
But de la création de la femm^. — Dignité morale de la femme. — La fécondité est un don de Dieu. — Uinstinct de la génération est un bien.
C'est dans l'étude détaillée et approfondie de la nature humaine que saint Augustin découvre les preuves les plus certaines de la volonté de Dieu, façonnant l'homme en vue de la génération.
La création de la femme, la conformation physique des deux sexes, l'instinct naturel de la propagation, le caractère éminemment social de la nature humaine, ce sont là autant de preuves éloquentes de cette volonté divine.
La femme a été créée comme l'aide de l'homme, « in adjutorium viri ». Dans ses premiers ouvrages, saint Augustin ne signale la femme que comme une auxiliaire dans la vie spirituelle. Gréée par Dieu, Eve a été donnée à Adam comme une associée pour produire avec lui des fruits spirituels, c'est-à-dire pour chanter les louanges de Dieu ^.
Cette coopération de la femme est une conséquence de l'interprétation que saint Augustin faisait alors du mariage d'Adam et d'Eve avant le péché. La parole de la Genèse (II, 24), « et erunt duo in carne una», n'est qu'une prophétie, dont l'Apôtre fait mémoire, en la rapportant à l'union du Christ avec l'Eglise : « et erunt duo in carne una. Sacramen-
1. De genesi contra Manichaeos, II, 11, P. L., XXXIV, col. 204 : « Et factca dicitur in adjutorium viri, ut copulatione spirituali spirituales foetus ederet, id est bona opéra divinae laudis. »
tum hoc magnum est; ego autem dico in Christo et in Ecclesia » (Eph., V, 31-32) i.
La fécondité émanée du crescite et multiplicamini peut être prise au sens spirituel; et on peut croire qu'elle n'est devenue charnelle qu'après la chute 2. Avant le péché, la société de l'homme et de la femme n'était pas destinée à la procréation des enfants, mais ordonnée en vue d'établir l'homme le chef, et la femme le sujet de cette société. Le résultat de leur union était la production d'œuvres spirituelles, qui devaient leur assurer le bonheur éternel. Il faut croire qu'il en était ainsi, car Adam et Eve n'étaient pas encore ce que furent plus tard les enfants du siècle. Ce sont ces derniers qui engendrent et sont engendrés ^,
Quelques années plus tard, la doctrine de saint Augustin sur le but de la création de la femme apparaît en des termes fort différents. Il ne .considère plus la femme comme une aide de l'homme dans la connaissance et la louange de Dieu, il la regarde comme un terrain fécond béni par Dieu et offert à l'homme pour recevoir sa semence, la faire germer et produire avec lui l'arbre de la génération humaine. Si l'on recherche la raison de la création de la femme comme une auxiliaire de l'homme, il ne s'en présente qu'une de probable : la procréation des enfants ^. Aucune