DE SAINT AUGUSTIN A SAINT THOMAS D AQUIN
sont tombées à terre, et cependant les fils d'Israël, quoique fidèles observateurs du sabbat, avaient fait le tour de la ville et sonne de la trompette le jour du sabbat comme les autres jours (Jos. M).
132. — Hincmar, archevêque de Reims, né en 806 (?), mort en 882. Il a laissé des lettres, des œuvres théologiques, etc. On a de lui un mémoire intitulé : De coercendis militum rapinis, adressé en 8îj9 à Charles le Chauve, auquel il signale la conduite de ses soldats, en lui faisant un devoir d'y mettre fin ; car, lui dit-il, le devoir des rois, « c'est d'empêcher les méchants de faire le mal et de pousser ceux qui font le bien à faire mieux encore » [pravos a malis corrigere et qui bene agiint in melius dirigere) (Migne, CXXV, p. 954).
133. — Rather, évêque de Vérone, né à Liège en 890, fut aussi évêque de cette ville ; il mourut à Namur en 974. On a de lui des lettres, des sermons, des opuscules divers, et un ouvrage portant le titre de « Prœloquiorum libri sex ». Dans le premier de ces six livres se trouvent des conseils pour tous les états : le titre 11 concerne les soldats : ils doivent suivre les conseils de saint Jean-Baptiste et en particulier s'abstenir de toute rapine (xMigne, CXXXVI, p. 149).
134. — Fulbert de Chartres, évêque de Chartres en 1007, mourut en 1029. Aussi réputé pour sa doctrine que pour ses vertus, il laissa différents traités, des sermons, et des lettres, parmi lesquelles nous citerons la lettre CXIl (iMigne, CXLI, p. 258) adressée à Hildegard, concernant les évêques qui prennent part à des guerres :
Dans cette lettre, Fulbert laisse voir toute l'indignation que lui fait éprouver la conduite de certains évêques qui, sans souci de la tranquillité et de la paix des Eglises, fomentent des séditions et provoquent des guerres.
Je n'ose, dit-il, leur donner le nom d'évèqucs : car cela me paraîtrait injurieux pour la religion. Tyrans est un nom qui conviendrait mieux à ces hommes qui sont plus instruits des choses de la guerre que les princes séculiers, et qui ne craignent pas de troubler la paix des Eglises et de verser le sang des chrétiens. Ils prétendent défendre leur droit et la justice, que n'écoutent-ils les paroles de l'apôtre } Que n'imitent-ils Jésus-Christ ? Il rappelle les paroles du pape Nicolas I" : « L'Eglise n'a comme glaive qu'un glaive spirituel : elle ne tue pas, elle donne la vie. » Il cite ensuite divers textes que nous avons reproduits dans la première partie de notre ouvrage, notamment : les paroles de saint Ambroise : u Les soldats du Christ » (voir n° 78) ; celles du pape Grégoire : « Si j'avais voulu » (voir n° 70) ; et une ordonnance de Charlemagne, qui n'est autre chose que la reproduction d'une
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décision d'un synode frank que nous avons rapportée (n° 74) : « Nous défendons absolument, etc. ».
De tout cela, ajoute le saint évéque (i), ils ne tiennent aucun compte ; ils méprisent les enseignements de l'Evangile : il en est qui, d'après ce que l'on nous a affirmé, n'ont pas craint, après s'être souillé les mains dans de sanglants combats, d'entrer dans les églises et même, avec une audace coupable, de participer aux sacrements, sans respect pour le Corps et le Sang de Jésus-Christ, oubliant que David, h cause de ses nombreuses expéditions militaires, avait été privé par le Seigneur du privilège de Lui élever un temple (voir n""'], note i, et io5, note i).
135. — Rufinus, évêquedu xiVsiècle,mort en 1070(7), a laissé un ouvrage, qui porle le titre de: De hono pacis^ et dans lequel se trouvent les passages suivants (Migne, CL, p. 1620) :
« C'est pour obtenir et maintenir le bienfait de la paix et pour cela seul, que se font les guerres, que l'on recourt aux armes, que l'on condamne les criminels » (lib. II, cap. XIV) ; et encore (lib. II, cap. i3) :
u Vouloir, par simple désir d'étendre sa domination, attaquer et soumettre une nation que l'on n'a jamais eue sous sa puissance, et dont on n'a pas à se plaindre, ce n'est pas le fait d'un roi, mais d'un tyran, ou plutôt d'un brigand et d'un assassin. Aussi saint Augustin dit-il [De Civ. Dei, lib. IV, c. 4) : Si l'on ne tient pas compte de la justice, que sont les royaumes, sinon des vols à main armée, et les brigands que sont-ils, sinon de petits rois ? »
Il rappelle ensuite la réponse faite par un pirate à Alexandre le Grand : nous faisons tous deux la même chose, toi avec une grande flotte, et on t'appelle: empereur; moi avec un petit navire, et on m'appelle : brigand.
136. — Saint Pierre Damien, né à Ravenne en 988, fut un des principaux ouvriers de la Réforme grégorienne; nommé cardinal en 1058, il mourut à Faenza en 1072. Parmi les œuvres qu'il a laissées se trouve une lettre à levêque Olderic (Episiolœ^ ep. 9, Migne, CXLIV, p. 313), dont voici le résumé :
« Parmi les malheurs de notre temps, on voit des hommes insolents envahir les biens des Eglises et s'en emparer par la violence. Il en résulte qu'on se demande si ceux qui dirigent les Eglises doivent exiger réparation, et, comme les hommes qui vivent dans le monde, rendre le mal pour le mal. Il en est en effet qui, à peine ont-ils été victimes d'une violence, s'empressent de partir en guerre et tirent vengeance des ennemis, en leur prenant au delà de ce qu'on leur a pris à eux-mêmes. Il me paraît assez absurde que les prêtres du Seigneur fassent eux-mêmes ce qu'ils défendent aux autres : qu'ils par-
134. ■= (1) Nous ne donnons ici qu'un résumé, et non une traduction des paroles de Fulbert de Chartres.