‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 116 sur 277 · DE SAINT AUGUSTIN A SAINT THOMAS D AQUIN · texte numérisé non relu

DE SAINT AUGUSTIN A SAINT THOMAS D AQUIN

lent d'une manière et agissent d'une autre. Or, qu'y a-t-il de plus contraire à l'Evangile que de rendre le mal "que l'on nous a fait ? Est-ce que ses préceptes sont faits à l'usage des fidèles et non à celui des prêtres, de sorte que ceux-ci seraient tenus de les prêcher, mais non de les observer? Lorsque le Seigneur répondit à Pierre (Matt., XVIII) qu'il devait pardonner à son frère jusqu'à septante fois sept fois ; lorsqu'il répondit à Jacques et à Jean (Luc, IX) qu'ils ne savaient pas de quel esprit ils étaient, et s'en alla dans un autre pays ; lorsqu'il leur dit (Matt., X) que s'ils étaient persécutés dans une ville, ils devaient aller dans une autre, n'indiqua-t-Il pas à ses ministres la règle de conduite qu'ils devaient suivre ? C'est par la charité et la patience que les apôtres ont fondé l'Eglise, et ce sont les supplices des martyrs qui ont assuré son triomphe.

<( Si, continue-t-il, pour la foi dont vit l'Eglise universelle, on ne doit jamais prendre les armes, comment se servirait-on du glaive pour la conservation de ses biens terrestres et transitoires ? Quand les saints sont les maîtres, ils ne détruisent pas les hérétiques, ni les idolâtres ; bien qu'ils acceptent pour la foi catholique d'être leurs victimes à l'occasion. Comment pour la possession de biens méprisables, un chrétien emploierait-il le glaive contre un autre chrétien qu'il sait racheté comme lui-même par le sang de Jésus-Christ ?

137. — Grégoire VII, moine de Gliiny, né à Soana (Toscane), fut d'abord connu sous le nom d'Hildebrand. Grégoire VI l'appela près de lui : devenu pape en 1073, il réforma la disciplme dans l'Eglise, et mourut en 1087.

Dans le V* Concile romain, qui eut lieu sous son pontilicat, on trouve (can. VI) la défense faite à ceux qui ont été condamnés à une pénitence publique de porter les armes (voir n" 125, note 1).

Dans le 3*^ canon du VII® Concile romain (1080), on trouve une décision d'après laquelle tout Normand qui aurait envahi ou pillé une partie quelconque des terres dépendant du domaine du Saint-Siège devait être chassé de l'Eglise. Le canon ajoute toutefois :

« Cependant, si quelques-uns d'entre eux avaient une juste cause contre certains habitants desdits territoires, qu'ils demandent justice, soit à nous, soit aux gouverneurs ou aux délégués que nous avons établis. Si elle leur est refusée, nous accordons que pour recouvrer ce qui leur est dû, ils le prennent sur ces territoires ; mais qu'ils ne dépassent pas la juste limite et n'agissent point en brigands, mais en chrétiens, et comme le font ceux qui, craignant de perdre la grâce de Dieu et d'encourir la malédiction du Saint-Siège, cherchent à recouvrer ce qui leur est dû, et non à s'emparer de ce qui appartient aux autres. »

Christianus Lupus, écrivain très érudit du xvii* siècle (1),

137. = (1) No à Ypros en 1012, il entra à l'Aire de ITi ans chez les Frmilej» d«

ÉCHIVAINS DIVERS ao3

rapportant ce canon dans l'un de ses ouvrages (Sijnoflonini generallum ac provincialinm decrcUi, canones, scholiis, nolis, ne historien nclornm dissertntione illuslrnln)^ le fait suivre des observations suivantes :

« Un seigneur, nommé Hugues du Puiscl, ayant, sans qu'on ait refuse de lui rendre justice, ravagé les terres ([ui dépendaient de son Eglise, Yves de Chartres l'excommunia et fit confirmer sa sentence par l'archev(>que J)aimbert, son métropolitain. Le môme Yves de Chartres écrivit à Pascal H que Ja justice, dans le cas d'une guerre privée, exigeait qu'elle fût précédée de ce qu'on appelait « diffidatio », c'est-à-dire une dénonciation des hostilités, sans laquelle une guerre ne peut être juste. Car attaquer à l'improviste ceux qui ne sont pas armés constitue un brigandage. Le précédent canon suit les mômes principes ; il défend d'entreprendre une guerre contre qui que ce soit, sauf quand le pouvoir légitime en a donné l'autorisation ou quand il refuse de faire justice. »

138. — Lanfranc, archevêque de Cantorbéry et primat d'Angleterre, né à Pavie en 1005 ; il fut d'abord moine, puis abbé de l'abbaye du Bec ; il mourut en 1089. Il a laissé divers ouvrages parmi lesquels des commentaires sur les épîtres de saint Paul. C'est à propos d'une de ces épîtres (I. Tim., II, 2) qu'il écrit :

Quand la paix existe entre les princes, les Eglises sont tranquilles et l'ordre y règne ; mais dans les temps de guerres ou de discordes civiles, leur tranquillité est troublée ; la piété diminue ; l'autoiité s'affaiblit, et, l'autorité s'affaiblissant, la pureté des mœurs ne se maintient plus intacte (Migne, CL, p. S^g).

Passage que l'on peut rapprocher du suivant :

Ce n'est qu'en temps de paix, l'expérience le prouve, que l'on honore convenablement Celui qui est l'Auteur de la paix.

139. — Saint Anselme de Cantorbéry, né à Aoste en 1033 ; la renommée de Lanfranc l'ai tira à l'abbaye du Bec, dont il fut prieur et abbé ; il mourut en 1109 archevêque de Cantorbéry.

Aimez la paix, chérissez la paix, conservez la paix avec tout le monde, écrit-il dans une de ses exhortations, répandez sur chacun votre mansuétude et votre amour (Migne, CLVIII,, p. 682).

Dans une lettre adressée à Adala, mère du roi d'Angleterre Etienne, il la prie d'obtenir de son fils la mise à la retraite d'un vétéran (Migne, CLVIII, p. 1146) :

saint Augustin. Il enseigna la Ihéologie à Louvain el .'^e rendit rélèhre, tant par sa science que par son profond mépris des honneurs.

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(( Cet homme déjà âgé veut quitter la milice, ou plutôt la malice, dans laquelle il est reste aussi longtemps qu'il a pu, et passer les quelques années qui lui restent encore à vivre, sinon à faire du bien, du moins à ne plus rien faire de mal. Il craint, s'il ne met fin à ses fautes, que Dieu ne mette pas fin à sa punition. ^)

140. — Abélard, né au Pallel en 1079, devint abbé de Saint- Gildas de Ruys en IT^o et mourut en 1142. Dans un de ses ouvrages Sic et non (cap. CLVII), il posa quelques principes au sujet de la guerre (Migne, CLXXVIII, page 1608) :

Il ne faut pas tuer, dit-il ; mais cela n'est pas vrai pour celui qui doit prêter son ministère à l'autorité légitime : tel est le cas du soldat qui commettrait une faute en ne faisant pas, quand il en reçoit l'ordre, une chose qui serait criminelle s'il la faisait de son propre mouvement (i). C'est pourquoi saint Jean n'a pas dit aux soldats qui étaient venus le trouver au désert et lui demander ce qu'ils devaient faire pour être sauvés, d'abandonner leur carrière (2).

Abélard rappelle ensuite la définition de la guerre donnée par saint Isidore (3), et insiste sur le fait que la nécessité seule peut justifier la guerre (4). Il ajoute que la guerre doit se faire en observant la cbarité, et en ayant pour but d'amener le vaincu à la paix (5).

C'est, on le voit, un abrégé de la doctrine de saint Augustin, à qui Abélard emprunte toutes ses citations (sauf la définition de la guerre juste qui est de saint Isidore).

141. — Saint Bernard, né vers 1091, fonda en 1115 en Bourgogne le célèbre monastère de Clairvaux dont il fut le premier abbé ; il prêcha la seconde croisade et rendit les plus grands services à l'Eglise, dont il fut l'une des lumières, et qui le plaça au nombre de ses docteurs ; il mourut en 1153. A la demande de leur chef, Hugues, il écrivit un livre : A la louange de la nouvelle milice des soldais du Temple (Migne, CLXXXII, p. 924), dont voici le résumé :

Un nouveau genre de milice a apparu dans cette partie du monde où le Christ a vécu : une milice telle que le monde n'en avait jamais vu ; car elle combat un double combat : l'un, qui est celui de la chair

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