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LES INFIDÈLES ET LE DROIT DE GUERRE

si on a le droit de leur faire la guerre. GajcHan, interprétant une parole de saint Thomas, prétend que les chrétiens n'ont en aucune façon le droit de les troubler dans la possession de leurs biens. Saint Thomas a dit, en elTet : la foi ne diminue pas ce qui est naturel, elle le perfectionne ; par conséquent, l'infidélité n'enlève à personne la possession dont les hommes jouissent en vertu du droit des gens ; d'autant plus que cette espèce d'infidélité négative, qui est celle d'hommes n'ayant jamais entendu parler du Christ, n'est pas un péché et ne mérite aucune peine (5).

J< 2. — Des causes légitimes et illégitimes de guerre contre les infidèles.

a) Différentes classes cC infidèles.

158. — Pour savoir quelles sont les couses légitimes ou non de faire la guerre aux infidèles, il faut d'abord, avec Solo {op, cit.), distinguer trois catégories d'infidèles :

Il y en a qui, en droit et en fait, vivent sous la domination des chrétiens : les Sarrasins et les Juifs en Espagne, et ces derniers en Allemagne et en Italie. Pour ceux-là, il est hors de doute que les princes chrétiens peuvent leur appliquer les lois et leur enlever leurs biens (i).

Il y a d'autres infidèles qui, sinon en fait, du moins en droit, sont soumis aux princes chrétiens, du moins quant à la possession de leurs royaumes. Ce sont ceux qui ont acquis par la violence les territoires qui autrefois étaient sous notre domination, comme les Africains, les Sarrasins et les Turcs qui se sont emparés de la Grèce et y exercent leur tyrannie. Il est certain que nous avons le droit de les attaquer et de leur reprendre ces territoires.

Les infidèles de la troisième catégorie sont ceux qui ne nous sont soumis ni en droit, ni en fait, et qui ne nous portent aucun préjudice ; comme ceux qui n'ont jamais entendu parler du Christ, ou ce qui revient au même, sont excusables parce qu'ils l'ont oublié. A proprement parler, personne n'est excusé, parce que, puisque tout l'univers est tenu de recevoir la foi après avoir entendu sa parole, s'ils avaient complètement observé la loi naturelle, le Christ par un moyen quelconque les éclairerait ; cependant, on peut excuser ceux dont

(5) Nostre Seigneur Diau si a créé tous les biens de la terre pour la créature humaine ainsi pour la mauvaise personne comme pour la bonne... Et doncques puisque Dieu leur a donné tant de l)iens, pourquoy les leurs osteraient les Chrestiens. Item, plus fort. Si pour recevoir le saint baptême nous ne pouvons leur faire la g-uerre, pourquoy le pourrions-n(»us faire pour les biens qu'ils tiennent? Le pape même dit en sa décrétale comment à lui ne appartient en rien de ceulx qui sont hors la foy et l'Eglise, et si dist qu'il ne doit faire juf^ement entre eulx (Hon. Bonet, Arbre des batailles, Z" part., ch. 2).

158. = (1) S'il y a pour cela un juste motif, d'après les lois du pays. — Voir à ce sujet : Saint Thomas, 2, 2, qu. LXVI, art. 8, ad 2 ; et Décrélales, lib. V, til. VI, de Judœis, Sarrac, et eorum servis, canon 9 et autres.

rinfidéllté n'est pas une faute, puisqu'ils n'ont jamais entendu parier du Glirisl.

Pour CCS derniers il n'y a pas d'autres causes Jégitimes de guerre que celles qui peuvent exister à l'égard de fidèles.

b) L'infidélité n'est pas une juste cause de rjuerre.

159. — Il n'est jamais permis en effet de déclarer la guerre aux infidèles à cause de leur infidélité seule.

On n'a pas le droit de forcer les infidèles à embrasser la foi, car tout homme doit être laissé à son libre arbitre, et il n'y a que la grâce de Dieu qui vaille en celte occasion (Innocent IV, app. ad déchet.,

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