‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 130 sur 277 · DE VOTO · texte numérisé non relu

DE VOTO

On ne peut déclarer la guerre aux infidèles pour la seule raison qu'ils sont infidèles, et cela nonobstant l'autorité ou de l'empereur ou du pape (Covarruvias, op. cil.).

On ne peut déclarer la guerre aux infidèles pour cette seule raison qu'ils sont infidèles et ne veulent pas accepter la foi chrétienne. C'est un titre de guerre sans aucune valeur (Suarez, voir n° 3^3).

Victoria (De Indis, voir n^^ 451 à 459) a longuement examiné cette question : nous allons résumer aussi brièvement que possible ce qu'il répond aux arguments qu'on lui objecte et qu'il expose d'abord ainsi qu'il suit :

Les barbares infidèles sont obligés de recevoir la foi du Christ : le pape peut les y contraindre et de môme les princes qui sont ministres de Dieu ; car si les sujets du roi de France refusaient, par exemple, d'obéir à leur roi, le roi d'Espagne pourrait les y contraindre ; a fortiori les rois de la terre peuvent-ils contraindre les infidèles à obéir au Roi du ciel. Enfin ces derniers blasphèment publiquement le Christ, ce qui est Lui faire injure ; or, si le Christ était vivant et qu'ils Lui fissent injure, on pourrait leur faire la guerre pour ce motif; on le peut aussi s'ils font injure au Christ mort.

Mais, répond Victoria, il faut tout d'abord observer que les infidèles, les Indiens dans l'espèce, ne peuvent être coupables d'infidélité, tant qu'on ne leur a pas prêché la parole du Christ Ils ne sont même pas tenus d'y croire dès qu'on la leur fait connaître, et qu'on leur dit quelle est la véritable religion ; ce serait en cH'et de leur part témérité et imprudence de croire de suite, alors qu'ils ne savent pas quelle confiance méritent ceux qui viennent leur parler du christianisme. Ils ne voient pas de miracles, et les motifs de croire peuvent leur paraître insuffisants dans ces conditions. Ils sont innocents à ce point de vue : ils n'ont pas commis d'injustice, ni fait injure à personne ; ils ne sont pas coupables, et il n'y a donc pas là une juste cause de guerre.

Certes, ils pourraient être coupables de péché mortel si, alors qu'on leur demande d'écouter paisiblement ceux (jui viennent leur parler de la vraie religion, ils refusaient de les écouter, ou si, alors que des arguments raisonnables et la vie exemplaire de ceux qui la pratiquent leur auraient montré la très grande probabilité de la vérité de la reli gion du Christ, ils refusaient d'y adhérer; mais je n'oserais affirmer

LES INFIDÈLES ET LE DROIT DE P.l EUKE u3l

que la religion leur ail été présentée de telle l'açou (qu'ils soient sûrement coupables en ne l'acceplant pas ; car s'ils n'ont pas vu de miracles, ni de signes évidents de sa vérité, ils ont par contre vu pas mal d'impiétés, de scandales et de forfaits chez les chrétiens.

Et d'ailleurs, même s'ils étaient coupables de ce fait, ce ne serait pas une raison suffisante pour leur faire la guerre et les dépouiller. Car, dit saint Thomas (2, 2, qu. X, art. 8), on ne peut contraindre personne à croiie. (îroire est un acte de volonté, et la crainte diminue la volonté. Le concile de Tolède a défendu d'user à l'égaid des Juifs de la terreur et de la menace pour leur faire embrasser la foi (1). C'est un procédé contraire aux usages et aux coutumes de l'Eglise, lùifin, la guerre pousserait les infidèles, non à croire, mais h faire semblant de croire ; leur foi simulée serait un sacrilège.

Le même auteur conclut (n» 251) : « La dilférence de religion n'est pas une juste cause de guerre (2). »

c) Les crimes contraires à la loi naturelle sont-ils une juste cause de guerre ?

160. — ■ Mais peut-on punir les infidèles, s'ils commettent des crimes et agissent conirairement à la loi naiurellel Si oui, qui a autorité pour les punir ? Le pape, vicaire de Jésus- Christ, ont répondu quelques auteurs.

Le pape, dit J. de Lignano (Tract, de bello, cap. Xïll), a sur les infidèles juridiction de droit, sinon de fait, et il peut punir ceux qui n'observent pas la loi naturelle (i).

Et c'était aussi l'opinion d'Innocent IV (A pp. ad. Décret.^ C. de Voto):

Mais d'autre part, nous croyons que le pape, qui est le vicaire de Jésus-Christ, a pouvoir non seulement sur les chrétiens, mais aussi sur les infidèles, car le Christ a eu pouvoir sur tous, ainsi qu'il est dit dans les Psaumes : Seigneur, dgjnnez au roi votre juridiction. Puis le Père de famille semblerait avoir manqué de prévoyance, s'il n'avait pas donné à son vicaire, qu'il plaçait sur terre, plein pouvoir sur tous. Il a donné à Pierre et à tous ses successeurs les clefs du royaume du ciel, et lui a dit : Tout ce que vous lierez sur la terre, etc. Ailleurs : Pais mes brebis ; or tous, tant les infidèles que les fidèles, sont les brebis du Christ par la création, même s'ils ne sont pas du bercail de l'Eglise : de tout cela il résulte que le Pape a sur tous puissance et juridiction, de telle sorte que si un infidèle qui n'a d'autre

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