‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 131 sur 277 · Voir n° 163, note · texte numérisé non relu

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(2) Voir Suarez, no 343.

160. =:= (1) Si ung- Sarrasin ou uni-- Juif faisait contre la loi de nature, certes le pape le puniroit de icelui péchié... Mais s'il faisoil contre l'Évangile, le pape ne les en pourrait rnie pu^nir, car homme du monde ne doit être contraint de croire en la foy(H. Bonet, Arbre des batailles, III, cli. 2).

loi que la loi naturelle, agissait contrairement à la loi naturelle, le pape aurait le droit de le punir.

Les habitants de Sodome, qui agissaient contrairement à la loi naturelle, furent punis par Dieu ; or, les jugements de Dieu sont pour nous des exemples, et je ne vois pas pourquoi le pape, qui est le vicaire de Dieu sur la terre, ne pourrait pas, et ne devrait pas avoir le pouvoir d'agir de même, par exemple, à l'égard de ceux qui adorent les idoles, car il est naturel d'adorer un seul Dieu créateur du monde. De même, le pape peut juger les Juifs s'ils font des actes contraires à la loi morale et si leurs supérieurs ne les punissent pas (2).

161. — Victoria (De I.ndis, voirn" 460), avec la plupart des auteurs, a combattu cette opinion.

On a prétendu, dit-il, que l'on pouvait faire la guerre aux barbares, à cause de leurs péchés, non à cause de ceux qu'ils commettent contre la loi divine positive, mais à cause de ceux qu'ils commettent contre la loi naturelle, comme de manger de la chair humaine, etc. Or, les princes chrétiens, môme avec l'autorité du pape, ne peuvent les punir pour ce motif.

Une première raison, c'est que le pape lui-même n'a pas juridiction sur les barbares. Il ne peut leur donner des lois ; il serait donc bien extraordinaire qu'il puisse les juger et les punir. On reconnaît d'ailleurs qu'ils peuvent refuser de se soumettre à l'autorité et à la juridiction du pape, et cependant ils seraient tenus de se soumettre à son jugement. Ceux qui ne sont pas chrétiens peuvent ne pas accepter le jugement du pape ; car celui-ci ne peut les juger et les condamner que comme vicaire du Christ. Mais les barbares n'ont pas accepté le Christ.

On pourra consulter également, au sujet du pouvoir du pa pe vis-à-vis des infidèles, différents passages du De Indis parmi lesquels le suivant (n° 447) :

Le pape n'a aucun pouvoir temporel sur les barbares, ni sur les autres infidèles. Si donc ils refusent de reconnaître aucun pouvoir au pape, ils ne peuvent y être contraints par la guerre. Car on ne peut leur faire la guerre pour le motif qu'ils refusent d'accepter le Christ comme maître, et il serait dès lors absurde de prétendre qu'on peut leur faire la guerre s'ils refusent de reconnaître le pouvoir de son vicaire. On no peut les forcer à recevoir le Christ et sa foi. parce qu'on ne peut leur prouver par des raisons naturelles qu'ils doivent le faire, mais on peut bien moins encore leur prouver le pouvoir du pape ; on ne peut donc les forcer à reconnaître ce pouvoir. Il n'est pas douteux que saint Thomas soit de cet avis, quand il dit (2. 2, qu. LVXI, art. 3) que les infidèles ne peuvent être dépouillés de leurs biens, à l'exception de ceux qui sont soumis à des princes temporels, et pour

(2) Il importe de remarquer que lorsque Innocent IV écrivait Vapparalus atuc Décrétâtes, il n'était pas encore pape. L'opinion qu'il exprime n'a donc que la valeur d'une opinion personnelle.

LES INFIDKLES ET Î-E DKOir DE GUEUHE 233

les causes prévues par les lois, qui s'appliquent ('•},'al(Mnenl aux autres sujets.

Soto {De jnsl. el jure, lib. V, qu. 111, art. 5) refuse également à qui que ce soit le droit de punir les infidèles pour leurs crimes :

La véritable question eoncernant les infidèles de la troisième catégorie, qui ne font rien de mal à notre égard, n'est pas de savoir si l'impiété de leur idolâtrie ou la cruauté de leurs crimes est digne de mort ; car il y a des choses qui ne peuvent être permises à personne, et c'est à très juste titre que la République chrétienne punit parfois de mort ces mômes crimes. Mais h ce point de vue, les discussions n'ont aucune importance. Ce qu'il faut savoir, c'est si nous sommes les juges légitimes des infidèles et les justes vengeurs de leurs crimes. Car de ce que Dieu, qui est maître de l'univers, et qui est libre de faire ce qu'il veut, a parfois vengé des crimes, conclure que nous pouvons agir de même vis-à-vis de tous les infidèles, c'est comme si on concluait de ce qu'un roi a dans son royaume le droit de poursuivre tous les malfaiteurs, que chacun des magistrats qui ont sous son autorité le droit de juger, peut empiéter sur le territoire attribué à un autre et y exercer sa fonction comme sur le sien propre.

Suarez(n° 343) n'admet pas non plus que l'homme s'attribue le droit de défendre Dieu, ni de le venger :

Un second titre invoqué pour légitimer la guerre aux infidèles, c'est qu'il faut venger Dieu des injures qu'ils lui font, par des crimes contre nature ou par idolâtrie.

Mais c'est encore là une opinion fausse, surtout si nous envisageons à proprement parler la vengeance. Dieu n'a pas donné à tous les hommes le pouvoir de venger ses propres injures : 11 peut le faire facilement Lui-même, s'il le veut, et il y aurait de graves inconvénients à ce que les hommes en soient chargés : il en résulterait de grands troubles. Et si l'on dit que c'est pour défendre Dieu, la môme raison s'y oppose. Car le résultat serait non de diminuer, mais d'augmenter le nombre des injures faites à Dieu. D'ailleurs à ce titre, les princes chrétiens pourraient aussi fréquemment se déclarer la guerre ; car beaucoup d'entre eux font injure à Dieu, et comme il serait difficile de prouver suffisamment l'existence de ce titre, ceux que l'on attaquerait auraient le droit de se défendre, de sorte que la guerre serait juste des deux côtés à la fois (i).

§ 3. — Les infidèles ont-ils le droit de s'opposer à la prédication de l'Evangile ?

162. — Citons d'abord ce que dit Innocent IV à ce sujet {App. ad decr.y de voto) :

161. = (1) Sur cette question qui fut soulevée au moment de la découverte du

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On n'a pas le droit de forcer les infidèles à embrasser la foi ; car tout homme doit être laissé à son libre arbitre, et il n'y a que la grâce de Dieu qui vaille en cette occasion ; n)ais cependant le pape peut ordonner aux infidèles de recevoir les prédicateurs qui viennent prêcher l'Evangile dans les territoires soumis à leur juridiction. Si les infidèles les en empochent, ils commettent une faute, et c'est pourquoi ils doivent être punis, comme toutes les fois qu'ils n'obéissent pas dans les cas où le pape a le droit de leur donner des ordres (i). Alors ils doivent ôtrc contraints par le bras séculier et la guerre doit leur être déclarée par le pape et non par d'autres, à moins que d'autres ne revendiquent contre eux des droits qui leur sont propres. Or, il est dit que ce n'est pas à nous de punir les choses du dehors, cela signifie que nous ne devons pas les punir par l'excommunication, ou en les obligeante embrasser la foi à laquelle ils ne sont appelés que par la grâce de Dieu. Mais, dira-t-on, pourquoi n'est-il pas permis de la même manière de reprendre un territoire où régnèrent les infidèles, si leurs rois et tout le peuple s'est converti ? Nous reconnaissons que si tout le peuple s'était converti et si le roi restait infidèle, le pape pourrait bien enlever au roi la juridiction et la souveraineté sur les infidèles, tout au moins s'il persécutait les chrétiens (2).

Contre les autres infidèles qui n'occupent pas des territoires sur lesquels ont régné des princes chrétiens, le pape a le droit de donner des ordres et de faire des ordonnances pour qu'on ne tourmente pas injustement les chrétiens qui sont soumis à la juridiction des infidèles ; il peut même, dans ce cas, affranchir les chrétiens de la juridiction et de la souveraineté des infidèles ; et même si ces derniers les traitent mal, les priver par une sentence de toute juridiction et de tout pouvoir, bien qu'il faille de graves motifs pour arriver à une pareille mesure ; car le Pape doit les soutenir tant qu'il peut, pourvu que les chrétiens ne courent pas de dangers, et qu'il n'y ail point de grave scandale.

Victoria étudie les mômes questions dans le traité De Indis (voir n*^' 473 et suiv.) :

Les chrétiens ont le droit d'annoncer et de prêcher l'Evangile dans les provinces barbares, comme ils ont le droit de voyager dans ces provinces et d'y faire le commerce : ils peuvent enseign(>r la vérité sur tout ce qui regarde la science humaine et bien plus encore sur tout ce qui concerne le salut el l'éternelle félicité. Autrement les barbares seraient exclus du salut. D'ailleurs la correction fraternelle et l'amour des autres sont de droit naturel : c'est donc aux chrétiens qu'il appartient (le les mettre dans la bonne voie el de les diriirer ; il semble

Nouveau-Monde, on lira avec iiUrr(H les n«'' 39S el .309 (Iiilroiiuctiou au De Indis) el les n» 4G0 et 480.

162. = il) Voir la ifinaKiue faite u" 155, note 2. — Ce n'est pas de Pobliiialion pour les infidèles d'ohéir au pape, mais bien du droit nulurel que découle le droit de prêcher TEvanfille, comme Victoria le fait remarquer plus loin.

(2) Le pape peut bien commander aux inlidèlos qu'ils ne griefvent les chresliens qui sont en leur jurisdidiun (H. Bonet, Arbre lics bataille^, liv. 111, rli. 11) (Voir la note précédente).

Î,ES IM'IDKI.ES KT I,E DKOIT !)i; (M KlUvi: 235

môme qu'ils y sont obligés ; car les barbares sont nohr procli.iiu, et nous devons les instruire de ces choses iniporlanles.

Si les barbares ou leurs chefs empochent les Espagnols d(! prrciier librement l'Evangile, ceux-ci peuvent le piocher malgré eux, et chercher à les convertir ; et on peut faire la guerre, si cela est nécessaire, pour pouvoir prêcher l'Evangile en toute sécurilé. De même, si, tout en permettant de prêcher, les barbares empêchaient les conversions en mettant h mort ou en punissant ceux qui se convertissent, ou en les terrifiant de quelque manière. Car en agissant ainsi, ils violent les droits des Espagnols et ceux des Indiens qui veulent se convertir ; ce qui constitue une juste cause de guerre. De plus, ils s'opposent à un avantage pour eux-mêmes, ce que leurs princes ne peuvent faire justement. Les Espagnols peuvent prendre le parti de ceux qui sont opprimés et ont h souffrir de l'injustice des princes. Si donc il est impossible de défendre autrement les droits de la religion, il est permis aux Espagnols de s'emparer des terres et des provinces, de déposer les princes et d'en établir de nouveaux et de recourir à la guerre, en prenant toujours bien garde de ne pas dépasser ce qui est nécessaire, et d'avoir en vue le bien des barbares et non leur propre avantage à eux, Espagnols. Mais il faut toujours avoir présente à l'esprit la parole de saint Paul : <( 11 ne convient pas toujours de faire tout ce qui est permis. »

Tout ce que nous venons de dire est vrai, à proprement parler, mais il peut arriver que la guerre ait plutôt comme résultat d'éloigner la conversion des barbares que de la faciliter, et il faut prendre garde de créer, en la faisant, un obstacle à la propagation de l'Evangile. Nous avons montré ce qui était permis ; je veux bien admettre que les Espagnols ont été obligés de recourir aux armes, mais je crains qu'ils n'aient été plus loin que le droit et la justice ne le permettaient.

Il pourrait arriver aussi que quelques barbares s'étant convertis au Christ, leurs princes usent de la force ou de la crainte pour les obliger à retourner aux idoles. Ce serait encore un motif juste de guerre, et qui permettrait même parfois de déposer leurs princes ; cela est basé non seulement sur un motif religieux, mais sur les idées de société et d'amitié humaines.

Enfin si une grande partie des barbares s'étaient convertis, pour quelque cause que ce soit, même par suite de la crainte qu'on leur aurait inspirée à tort, mais, s'ils étaient devenus réellement chrétiens, le pape pourrait, pour une cause raisonnable, spontanément ou sur leur demande, leur donner des princes chrétiens en déposant les autres, si cela était nécessaire à la conservation de la religion chrétienne, et s'il était à craindre que sous des maîtres infidèles ils deviennent apostats. Pour favoriser la foi, le pape peut changer les supérieurs. Saint Thomas dit que l'Eglise aurait le droit de libérer tous les esclaves chrétiens dont les maîtres sont infidèles. Elle pourrait donc, h plus forte raison, libérer les autres sujets chrétiens qui sont moins assujettis que des esclaves. En faveur de la foi, pour éviter de leur faire courir des périls, le pape peut délier les chrétiens de leur devoir d'obéissance et de soumission à des maîtres infidèles, en évitant toutefois tout scandale.

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