‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 132 sur 277 · Comme le fait remarquer Suarez (n°349), une guerre · texte numérisé non relu

Comme le fait remarquer Suarez (n°349), une guerre

entreprise pour défendre ceux que Ton persécute est en réalité une défense :

La défense des innocents peut avoir lieu dans un cas particulier, par les princes chrétiens : c'est lorsque l'on attaque violemment ceux qui prêchent l'Evangile.

On peut déclarer la guerre aux infidèles, dit Covarruvias (Rkg. Pecc, cap. XX), quand ils offensent les chrétiens et les persécutent.

C'est la principale cause des Croisades. Nous aboutissons donc, en ce qui concerne les infidèles de la troisième catégorie à la même conclusion qu'en ce qui concerne les Sarrasins. 11 faut en dire autant des Juifs. N'y avait-il pas cependant entre ces derniers et les autres infidèles quelque différence ? Divers auteurs l'ont soutenu et ont prétendu les mettre à part. Examinons rapidement cette question.

§ 4. — Cas spécial des Juifs.

164. — En ce qui concerne les Juifs et les défenses de les persécutera cause de leur religion, les documents abondent à toutes les époques. Nous citerons particulièrement les suivants:

Au VIP siècle.

Lettre du pape Grégoire P^, à l'éveque de Naples, Pascasius (anno 602, Episiol. 12, lib. XIll ; voir Décrel, dist. XLV, c. 3):

« Quand on a, dit-il, un sincère désir d'amener à la vraie foi ceux qui ne connaissent pas la religion du Christ, il faut employer la douceur et non la rudesse de peur d'éloigner par le mal qu'on leur fait ceux dont on aurait pu par la raison obtenir l'assentiment. Ceux qui agissent autrement et qui sous de tels prétextes veulent leur interdire le culte et les rites dont ils ont l'habitude, font bien voir que cest leur cause personnelle qui les préoccupe et non celle de Dieu. »

Et après avoir constaté que Ton a voulu à Naples eniprcher les Juifs de célébrer certaines de leurs fctcs, le j^npe ajoute :

« A quoi bon ? 11 faut agir avec eux de telle sorte que, convaincus par la raison et attirés par la douceur, ils soient portés à nous suivre et non à nous fuir, et qu'avec l'aide de Dieu, nous puissions les amener à entrer dans le sein de l'Eglise, en leur montrant par leurs livres mêmes la vérité de notre enseignement.

(( Que votre fraternité s'elTorce donc de les convertir si elle le peut, et ne permette plus qu'on les tourmente dans les solennités de leur culte ; mais qu'ils soient entièrement libres d'observcM- et de célébrer les an-

LES INFIDÈLES ET LE nUOIl' I)E (aEKUi: 'j'6^

nivcrsaircs ot les fèlrs dont liMirs parcnls cotnnu" ('ux-inrincs ont iino ancienne habitude. »

IV" Concile de Tolède^ en 633, can. r)G (voir Décrel, disl. XLV, €.•)):

En ce (jui concerne les Juifs, le concile distend (jue i)ersonne n'emploie la violence pour les anuMicr à la foi : « (lar Dieu a pitié de ceux cpi'll veut, et laisse dans l'endurcissement ceux qu'il Lui plaît (saint Paul, Ad Rom., 1\, 18). » Ce n'est pas contre leur gré ((u'ils peuvent ètiMî sauvés, mais volontairement; ainsi le veut la justice. Si l'homme a péri paii- sa propre volonté en écoutant la voix du serpent, c'est aussi par une conversion de son esprit qu'il peut être sauvé, à l'appel de la grâce de Dieu. Il ne faut donc pas les contraindre par la force, mais les convertir i)ar la i)ersuasion. et en faisant appel à leur libre arbitre. »

Au XI" siècle, Alexandre 11 (1061-1072) écrit à tous les évèques d'Espagne (ou de France, d'après plusieurs auleur.s) :

Le cas des Juifs est absolument différent de celui des Sarrasins. C'est à juste titre, en eflet, que l'on combat ces derniers qui persécutent les chrétiens et les chassent de leurs villes et de leurs propres habitations, mais les premiers sont tout à fait disposés à obéir aux princes et c'est pourquoi j'ai empêché certains évèques de détruire leurs synagogues comme ils en avaient formé le dessein.

Cette lettre est reproduite dans le Décret (Causa XXIIl, qu. Vlll, c. 11) et dans Yves de Chartres (Dec, XIII, 114, et Pan., VIII, 29). Il en existe une autre adressée aux mêmes évèques par le même pontife (voir Mansi, XIX, 964), et dans laquelle il est dit :

« Nous sommes très satisfait de ce que nous avons appris, que vous « avez protégé les Juifs de vos pays et avez empêché qu'ils ne fussent « massacrés par ceux qui partaient en Espagne combattre les Sarra- « sins, et qui, sous l'empire d'une sotte ignorance, ou peut-être d'une « aveugle cupidité, voulaient les mettre à mort. »

Au XII' siècle.

Constitution d'Alexandre /// (1159-1181), reproduite {)ar Clément III (1187-1191), et renouvelée par Innocent III, en 1199. On trouve dans les Décrétâtes (lib. V, tit. VI, c. 9) la constitution de Clément III, qui renferme les passages suivants :

« Quant à nous, nous constatons que les Juifs préfèrent persévérer dans leurs erreurs, plutôt que de reconnaître le (]hrisl et la vraie voie

du salut, en approfondissant les paroles des Prophètes et le sens des Ecritures ; mais puisqu'ils demandent que nous les défendions et que nous leur prêtions le secours de notre aide, considérant ce qu'impose la mansuétude de la religion chrétienne, et nous rappelant ce qu'ont fait nos prédécesseurs d'heureuse mémoire, les papes Calixte, Eugène, Alexandre, Clément, et Céleslin, nous accédons à leur demande, et nous les couvrons du bouclier de notre protection. »

II est en conséquence défendu à tous les chrétiens d'employer la violence pour forcer les Juifs à recevoir le baptême : « car ce n'est pas participer à la foi que d'être baptisé malgré soi. (Ju'aucun chrétien ne se permette donc de les tuer, de les blesser, de leur prendre de l'argent, ou de les troubler en les frappant ou en leur jetant des pierres quand ils célèbrent leurs fêtes ». La constitution menace ceux qui contreviendraient à ces prescriptions de la perte de leurs grades ou de leurs emplois et de la peine de l'excommunication.

Il n'y avait donc pas à se demander s'il était permis de leur faire la guerre. Ils n'étaient d'ailleurs pas dangereux sous le rapport militaire, comme le constate Honoré Bonet, qui traite ainsi la « question juive » :

Si l'Eglise peut ordonner bataille contre les Juifs ? « Sur cestui débat, je dy que noslrc Seigneur Dieu, lequel soustient les pécheurs en attendant leur conversion, nous donne exemple de les soustenir... Et se ils nous ont en hayne, leur dan, car ils ne sont mie puissants pour nous faire guerre ouverte. Et de moins amer je croy qu'ils ne nous passent de guaires, car, à la vérité, nous ne les avons goutte chiers ; et se ils nous font plenlé de mal. nous ne leur faisons guaires de bien. » (Bonet, Arbre des balailles, liv. III, ch. LXIII).

L'Eglise cependant faisait un devoir de prier pour leur conversion : on lit, en effet, dans une « confession générale » de Jehan Golumbi (Avignon, 1517), parmi les péchés dont il faut s'accuser: « Je n'ay pas prié pour Juifs, Sarrasins, infidèles, que Dieu leur donne brave cognoissance de la foy catholique. » On trouve la même formule dans la plupart des « confessions générales » de cette époque.

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