L EMPEREUR EST-IL LE M.VITUE DU MONDE . Q^I
Dans ces conditions, reinpercur est le défenseur de l'Eglise (advocatus Ecclesiœ) : il doit la protéger et la délivrer si elle était opprimée. S'il commettait riniquité de la combattre, et s'il était vainqueur, le pape serait toujours son supérieur à raison de sa faute ; il pourrait dans ce cas délier les sujets de l'empereur du serment de fidélité.
§ 2. — Réfutation de la doctrine de Bartole.
166. — Victoria, dans le De Indis, a longuement étudié et réfute cette doctrine. V^oici le résumé de sa réponse, que Ton trouvera intégralement reproduite n"' 440 et suivants.
On a prétendu, dit-il, que l'empereur était le maître du monde entier, et par conséquent des barbares ; mais cette opinion ne repose sur rien(i).
La souveraineté ne peut en effet exister que de droit naturel, de droit divin, ou de droit humain.
1° L'empereur n'est pas maître du monde en vertu du droit naturel ; car de droit naturel, les hommes sont libres, et ne sont soumis qu'à deux puissances : celle du père sur les enfants, et celle du mari sur sa femme. Quant à la puissance civile, elle prend, il est vrai, sa source dans la nature, mais ce n'est pas la nature, c'est la loi qui la constitue.
2° L'empereur n'est pas davantage le maître du monde en vertu du droit divin.
Il n'y eut pas, avant la venue du Christ, un empereur, maître du monde entier ; caria nation juive était et devait être indépendante de tout pouvoir étranger ; les souverainetés et les empires se constituèrent, soit par l'accord des hommes, soit par la tyrannie que certains
selon les lois impériales. . . ja pourtant entre eux l'empereur ne fait justice comme sont les citez de Lombardie ;
3° Aussi il y a autre peuple qui n'a que faire des lois impériales, ne de l'empereur, car ils dient que ils ont privilège, comment toute juridiction soit à eux appartenant, si comme est la cité de Venise. Et cestui peuple est encore du peuple de Romme, mais puisque celui peuple dist que par son privilège impérial, il tient la jurisdiction, l'empereur peut oster celui privilège quand il lui plaira ;
4" Aultre peuple il y a pareillement, lequel soûlait être de l'Empire, mais par domination il est maintenant d'aultrui, si comme est le peuple qui est en toutes les provinces que jadis l'empereur a données à l'Eglise ;
5° Il y aussi aucuns roys qui pas ne obéissent à l'empereur, si comme est le roy de France, celui d'Angleterre, et celui d'Espagne, lesquels ont prescrit la jurisdiction impériale ;
6° Mais il y aucuns peuples qui pas volontiers ne confesseraient que le peuple des Rommains soit seigneur temporel du monde, ainsi comme font ceulx de la Grèce, lesquels dient que leur empereur est sire du monde, et les Tartars, d'aultre part, qui maintiennent que le grand Cham est sire du monde, et les Sarrasins dient au tel du Soudan.