‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 136 sur 277 · Chapitre IV Des droits du Pape en matière temporelle · texte numérisé non relu

Chapitre IV Des droits du Pape en matière temporelle

§ 1. — Le Pape est-il le maître temporel du monde ?

167. — Après avoir réfuté la théorie des légistes qui voulaient faire de Tempereurle maître du monde, Victoria, dans le De Indis (voir n^' 444 à 449), réfute longuement les canonistes qui voulaient attribuer au pape un semblable pouvoir en matière temporelle. On voit de suite la répercussion de cette doctrine à propos du droit de guerre. Le pape seul aurait eu le droit de l'autoriser, soit contre un peuple chrétien, soit contre un peuple infidèle. 11 est donc nécessaire de donner un court résumé de rargumentation de Victoria à ce sujet, afin de ne laisser dans l'ombre aucun des points de la doctrine scolastique.

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Voici par suite de quelles circonstances cette question avait pris de son temps une importance assez considérable pour qu'il ait cru devoir lui consacrer plusieurs pages, alors que d'autres théologiens, Suarez par exemple, se contentent de déclarer en quelques mots que c'est une opinion sans valeur ni fondement (voir n"' 150 et 346).

Après la découverte du Nouveau-Monde, les Espagnols cherchèrent à justifier leur prise de possession et les guerres qu'ils faisaient aux indigènes dépossédés. Ils invoquèrent à cet effet une foule de raisons, les unes complètement dépourvues de valeur, les autres discutables. Le traité de Victoria sur les Indiens classe dans l'une ou l'autre de ces catégories les divers titres que les conquérants invoquaient, et parmi ceux qu'il déclare n'avoir aucune valeur, il en place un qui tenait fort à cœur aux Espagnols. En effet, pour éviter, diton (1), des rivalités entre eux et les Portugais, le pape Alexandre VI, par une lettre en date du 4 mai 1493, adressée à Ferdinand et à Isabelle, leur avait attribué toutes les terres découvertes ou à découvrir à l'ouest d'un méridien passant par un point situé à 100 lieues à l'ouest des Iles du cap Vert.

Quelle était la valeur d'une semblable lettre? Si elle délimitait les régions dans lesquelles Espagnols et Portugais devaient mutuellement se confiner et exercer leur influence, était-elle opposable aux indigènes légitimes propriétaires du sol ? Victoria n'est pas de cet avis : le pape n'a pu donner des territoires dont il n'est pas le maître temporel.

Quelques jurisconsultes, dit-il, ont soutenu que le pape avait en matière temporelle pleine juridiction sur toute la terre ; ils ont écrit à ce sujet les choses les plus extravagantes : que l'empereur et les autres princes tiennent leur pouvoir du pape, qu'il leur vient de Dieu par l'intermédiaire du pape, etc.

Gomme preuve, ils citent les paroles de l'Ecriture : « Au Seigneur appartient la terre dans toute sa plénitude », et « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre » ; et ils ajoutent : Le pape est le vicaire du Christ.

Mais c'est là une erreur : le pape n'est pas le maître civil ou temporel du monde entier, si l'on parle de la propriété et du pouvoir civil. Le pape Innocent l'a formellement reconnu, et c'est aussi l'avis très net de saint Bernard. En effet, cette souveraineté n'appartient au pape ni de droit naturel, ni de droit humain, et on ne peut aucunement prouver qu'elle lui appartienne de droit divin.

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