Voir no
En effet, supposons même, ce qui est tout au moins fort douteux, que le Christ ait eu une semblable puissance : on ne voit nulle part qu'il l'ait transmise au pape.
Et l'on n'a pas le droit de dire : « Le pape étant le vicaire du Christ a le môme pouvoir que le Christ » ; cela n'est pas exact, même dans le domaine spirituel : car dans ce domaine le Christ avait sans aucun doute la puissance spirituelle sur le monde entier, tandis que le pape, bien qu'il soit son vicaire, n'a pas cette puissance sur les infidèles.
Enfin, si l'on admettait môme que le pape ait une puissance temporelle sur le monde entier, cette puissance serait une prérogative de la Papauté, et il ne pourrait la transmettre à un autre ; car il ne pourrait la détacher de la charge de Souverain Pontife, ni en priver son successeur.
Mais alors quel était, nous ne disons pas en pratique et dans les faits, mais en théorie et dans l'opinion des théologiens, le pouvoir de la Papauté en matière temporelle et à regard des princes ?
Pour le bien comprendre, il faut faire, avec les textes, une distinction capitale, trop souvent négligée par les historiens. Dans leurs rapports avec l'Eglise, les rois chrétiens ont une double qualité: ils sont chrétiens, ei ils sont chejs d'Etat. Comme chrétiens, ils sont naturellement soumis aux mêmes obligations morales que les autres fidèles. S'ils commettent des crimes ou des fautes, ils doivent encourir les mêmes châtiments: leur rang ne peut les y soustraire. Cela résulte nettement du célèbre canon : Novii (2), émané d'Innocent m.
§ 2. — Le pouvoir du Pape à raison du péché.
168. — En 1199, le pape Innocent III, voulant mettre fin aux luttes de Philippe-Auguste et de Richard Cœur de Lion, luttes qui désolaient la France et empêchaient une nouvelle croisade, renonça aux prières et aux représentations paternelles, vainement employées par son prédécesseur Célcstin Ilf, et menaça les deux rois de l'interdit et de l'excommunication s'ils persistaient à empêcher, par leurs batailles, les barons et chevaliers de reprendre la croix pour la délivrance des Saints Lieux. Il était ainsi parvenu à leur faire signer
(2) On désigne ce canon par le mot : Novit, parce que c'est le mot par lequel il commence.