Chapitre premier Aperçu général
171. — Ainsi qu'on vient de le voir dans les chapitres précédents, il a été professé dans l'Eglise catholique, jusqu'au XVII® siècle, une doctrine de la guerre, dont saint Augustin avait posé les principes, dont saint Thomas avait donné les formules, et qui peut se résumer ainsi qu'il suit :
Le prince (ou le peuple) qui déclare la guerre agit comme un magistrat sous la juridiction duquel tombe une nation étrangère, ralione delicii, à raison d'une faute très grave, d'un crime qu'elle a commis et qu'elle n'a pas voulu réparer. Comme le dépositaire de l'autorité qui punit un sujet coupable, il prononce la sentence et la fait exécuter en vertu du droit de punir qu'il tient de Dieu : « Minister enim Dei est, vindex in iram ei qui malum agit ».
Minister Dei, il ne doit punir que dans les cas où Dieu punirait lui-même ; vindex in iram, il ne doit punir que si celui qu'il condamne a fait une action capable de provoquer la colère, c'est-à-dire la volonté de punir, de Dieu ; ei qui malum agit, il ne peut jamais user de son pouvoir pour frapper ou contraindre celui qui n'aura pas fait le mal (1).
171. — (1) Il importe de remarquer qu'il est « 77iinister Dei >' seulement pour punir les crimes qui compromettent l'ordre et la paix de la société dont il est le chef : il ne saurait donc invoquer ce titre pour punir tous les crimes du monde.