‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 143 sur 277 · Chapitre · texte numérisé non relu

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Modifications dans la notion de la cause juste de la guerre

Pour nous rendre compte des modifications apportées à la doctrine scolastique de la guerre par les théologiens des trois derniers siècles, modifications dont le résultat a été de la défigurer d'abord, de la faire délaisser ensuite, nous donnerons les extraits de leurs œuvres en suivant l'ordre chronologique.

Nous étudierons spécialement la manière dont ils ont traité les deux questions suivantes, dont l'importance est capitale et domine toutes les autres :

1" Qu'est-ce que la cause juste de la guerre ?

2" La guerre peut-elle être juste des deux côtés à la fois?

§ 1. — Victoria et Suarez.

175. — La formule de saint Thomas : « Causa justa ut scilicet illi qui impugnantur propter aliquam culpam impugnationem mereantur », ne laissait, par suite de sa clarté et de sa précision, place à aucune équivoque, à aucune discussion : l'élément fondamental de la cause juste, c'était une faute et une faute grave, méritant la guerre. Pour qu'une guerre fût légitimement entreprise, il fallait tout d'abord un coupable.

Malheureusement^ Victoria et Suarez, comme nous Tavons vu plus haut, ne la conservèrent pas intégralement dans sa forme nette et concise ; nous disons « malheureusement »,

(3) C'est dans son ouvrage Commentaria in Summâ sancti Thomas (t. II, disput. LXIV, cap. III, De rege in inferendo bellum), que Vasquez étudie celte grave question. Si Ton veut reconstituer l'ensembie de son étude, dont nous avons donné des extraits dans différents chapitres, il faudra lire ces extraits dans l'ordre suivant : n»' 76, 174, 22, 23, 80.

car, s'il est incontestable et démontré par le contexte qu'ils avaient sur ia cause juste absolument les mêmes idées que saint Thomas qu'ils commentaient, les définitions qu'ils ont données étaient moins précises, et avaient le désavantage de ne pas contenir le mot faute ; de sorte qu'isolées du reste de leurs ouvrages, des explications complémentaires qu'ils donnaient, ces définitions pouvaient prêter à des interprétations différentes, et préparer les modifications dans la doctrine que l'on constate dans les auteurs qui les suivent.

La seule et unique juste cause de guerre, c'est, dit Victoria (n°s 30 et 254), une violation d'un droite injuria illata ; il développe et explique cette définition en ajoutant :

La guerre offensive a pour but de punir une action injuste et de sévir contre les ennemis ; mais la vindicte ne peut être exercée que là où il y a eu d'abord Jau^e et violation d'un droit {sed vindicla nonpotest esse iibi non praecessit calpa et injuria).

Il invoque l'autorité de saint Augustin, celle de saint Thomas, et rappelle la parole de saint Paul : « Ce n'est pas sans motif que le prince porte le glaive, car il est le ministre de Dieu pour exécuter sa vengeance contre celui qui fait le mal ».

11 ajoute encore (voir n°« 30 et 255) :

Toute violation de droit, quelle qu'en soit l'importance, ne suffit pas pour justifier une déclaration de guerre ; car suivant la grandeur du délit doit être la grandeur du châtiment.

Victoria est donc, on le voit, absolument d'accord avec saint Thomas. Pour lui, comme pour le grand Docteur, la guerre ne peut être juste s'il n'y a eu d'abord une faute et un coupable.

11 en est de môme de Suarez (voir n^* 31 et 333).

« 11 ne peut y avoir juste guerre sans cause légitime et nécessaire, « et cette cause, c'est une grave violation du droit. C'est, dit-il, l'opinion « de tous les théologiens qui la déduisent des écrits de saint Augus- « tin ». Et il ajoute: « La guerre est entreprise contre des hommes « qui ne sont pas des sujets : il est nécessaire qu'il y ait eu de leur « part une Jante à raison de laquelle ils sont devenus sujets ; autre- « ment à quel titre seraient-ils dignes d'une peine et tomberaient-ils « sous une juridiction étrangère ? »

11 n'en est j)as moins vrai qu'en prenant, isolée du contexte, la définition de Victoria ou celle de Suarez, on pour-

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