TRADUCTION DE LA CAUSA XXIII
La foi promise doit ôtro gardée même envers un ennemi contre lequel on est en guerre : combien plus encore envers l'ami en faveur duquel on combat.
Nous devons vouloir la paix, et ne faire la guerre que par nécessite (3), atin que Dieu nous délivre de cette nécessité et nous conserve dans la paix. Car on ne cherche pas la paix pour préparer la guerre, mais on fait la guerre pour obtenir la paix. Soyez donc pacifiques, même en combattant, afin d'amener, par la victoire, ceux que vous combattez au bonheur de la paix. Le Seigneur a dit : « Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu (4). " Mais si la paix de ce monde est si douce pour le bonheur temporel des hommes, combien plus douce encore est la paix divine pour la félicité éternelle des anges ! Que ce soit donc la nécessité et non la volonté qui accable l'ennemi qui nous combat. De même que la résistance et la rébellion autorisent la violence, de même la miséricorde est due au vaincu captif, surtout lorsqu'il n'y a point de crainte de voir la paix troublée par lui .
Can. IV (i) : Quelles choses sont en droit répréhensibles dans la guerre.
196. — Saint Augustin, Contra Manichœos, id est, lib. XXII contra, Faustam, c. 74 et 75).
Que trouve-t-on à blâmer dans la guerre ? Est-ce le fait qu'on y tue des hommes qui doivent tous mourir un jour, afin que les vainqueurs soient maîtres de vivre en paix ? Faire ce reproche à la guerre est le fait d'hommes pusillanimes, non d'hommes religieux. Ce qu'on blâme, à juste titre, dans la guerre, c'est le désir de nuire, la cruauté de la vengeance, une âme inapaisée et implacable, la fureur des représailles, la passion de la domination, et autres sentiments semblables. Il arrive souvent que pour punir ces excès avec justice, il faut que les hommes de bien eux-mêmes entreprennent de faire la guerre, soit sur l'ordre de Dieu, soit sur l'ordre d'un gouvernement légitime, et luttent contre la violence de ceux qui résistent, lorsqu'ils se trouvent dans une telle situation qu'ils soient forcés justement, soit à prescrire de semblables mesures, soit à se conformer à de telles prescriptions. C'est pourquoi Jean n'ordonne pas aux soldats d'abandonner le métier des armes ; c'est pourquoi aussi le Christ conseille de payer le tribut à César (2) ; car, c'est à cause des guerres qu'il est nécessaire de donner une paie aux soldats. Mais l'ordre naturel, qui veut la paix entre les mortels, demande que la décision et le pouvoir de déclarer la guerre appartiennent aux princes.
S I. Mais, même lorsque la guerre est faite avec des pensées de cupidité humaine, elle ne peut nuire aux saints, sur lesquels nul n'a de pouvoir, s'il ne lui a été donné d'en haut (3). Car il n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu (4), soit qu'il ordonne, soit qu'il permette. Donc un homme juste, si par hasard il lui arrive de faire la guerre sous un roi
(3) Pacem habere voluntatis, bellum autem débet esse necessitatis. Une autre version porte : Pacem habere débet voluntas, bellum nécessitas.
(4) Beati paciâci, quoniam fllii Dei vocabuntur (Matt., V, 9).
196. = (1) Ce canon se trouve reproduit en partie dans Yves de Chartres {Décret., X, 110; Panorm., VIII, 45 et suiv.).
(2) Malth., cap. XXII.
(3) Joann., cap. XIX.
(4)^(//?om.,XIII, 1.
même sacrilège, peut sans manquer à la justice combattre sur son ordre, si, observant cet ordre au lieu de la paix, il est certain que cet ordre n'est pas contraire à la loi de Dieu, ou du moins s'il n'est pas certain qu'il lui soit contraire : de sorte quil pourra se faire que l'iniquité de l'ordre rende le roi coupable, tandis que l'obéissance à cet ordre laissera le soldat innocent.
Gan. V : Faire la guerre n'est pas un péché.
197. — Saint Augustin, in Libro de verbis Domini, tractatu XIX (i). Faire la guerre n'est pas un péché ; mais faire la guerre en vue du butin e si un péché ; de même, s'occuper des affaires de l'Etat n'est pas un crime; mais les gérer dans le but d'augmenter ses richesses est une chose condamnable. C'est pourquoi on a très sagement constitué une paie pour les soldats, afin d'éviter que, pour recouvrer leurs frais, ils ne se transforment en brigands.
S I. Le Seigneur lui-même a dit : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César » (2). Il faut donc supporter ce que César prescrit, accepter ce qu'il commande ; mais ce qui est intolérable, c'est de voir des exacteurs accumuler le butin.
S 2. Les soldats, qui interrogèrent Jean, lui dirent : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N'usez de violence ni de fraude envers personne ; mais contentez-vous de votre solde ». Tous ceux qui combattent doivent observer ce précepte ; car l'Ecriture ne parle pas seulement des soldats qui font partie de l'armée, mais de tous ceux qui portent le signe de la milice, et qui par leurs charges sont assimilables aux soldats ; cet avis concerne donc les soldats et tous ceux qui défendent ou gouvernent l'Etat. Quiconque, recevant un traitement public, cherche à prendre davantage, se trouve condamné par la parole de Jean, comme un trompeur et un concussionnaire.
Can. VI (i) : Elles sont conjormes à la paix, les guerres Jaites pour réprimer les méchants et délivrer les bons.
198. — Saint Augustin, De diversis Ecclesiœ observationibus (2). Chez les vrais serviteurs de Dieu, les guerres elles-mêmes sont pacifiques ; car elles sont faites, non par cruauté ou par cupidité, mais en vue de la paix, pour réprimer les méchants et délivrer les bons.
197. = (1) Ce passage de saint Augustin se trouve en réalité dans; le Sermon 82. Il est reproduit dans Yves de Chartres, Décret., X. 125 : Panorm., Vlll, GO; Coll. trium. part., 111,20, 51.
(2) Reddite [\ux Dei sunt Deo, et quae sunt Ca'saris Caesari (.Matt., XXII, 21).
198. =(1) On trouve ce même canon dans Yves de Chartres. Dec^'et., X, 105; Coll. trium. pari., III, 20, 35.
(2) Il n'existe pas de livre de saint Augustin portant ce titre, et Ton ne retrouve pas dans les œuvres actuellement connues de saint Augustin le passage cité par le Décret ; mais les idées qu'il exprime se rencontrent en divers endroits. Ainsi, dans la letire 205, Ad Bonifacium : « Soyez donc pacifiques, môme en combattant, ayant pour but d'amener, par la victoire, ceux que vous combattez au bonheur de la paix » (voir n» 51). De m»^me dans la Cité de Dieu, lib. XIX, 12 : « La paix est donc la fin désirable do la guerre : car tout homir.e. en faisant la guerre, désire la paix. » Voir égalcmnni Can. 111, n» 195.
TRADUCTION DE LA CAUSA XXIII QQ-y
Can. Mil (i) : C'est un grand mérile pour l'armre de mettre son obéissance au service de VEtat.
GrégoircI à tous les soldats de Naplcs (Lib. XII, Episl. uli) (anno 692).
199. — Parmi les autres mérites de l'armée, son principal honneur est de mettre son obéissance au service de l'Etat, et d'obtempérer aux ordres donnés pour l'ulililé commune, comme récemment nous avons appris que vous l'aviez fait, en obéissant, vous conformant aux lettres par lesquelles nous avons chargé de la garde de la Ville le tribun Constantin, homme de grande valeur, et en donnant l'exemple de l'obéissance qui convient au dévouement militaire. Nous vous avertissons donc par les ])résentes de continuer, comme vous l'avez lait, d'obéir complètement audit tribun, pour l'utilité de vos maîtres sérénissimes et pour la conservation de la Ville : vous augmenterez ainsi par votre vigilance et votre soi icitude présentes tout le bien que, nous le reconnaissons, vous avez fait ji siu'à ce jour.
Gratien. — De tout ce qui précède, on peut conclure que fair. la guerre n'est pas un péché, et que les préceptes de patience doivent être observés dans l'intérieur du cœur, mais non dans les actes extérieuis du corps.