QUESTION II
Sur la question de savoir ce que c'est que la guerre juste, Isidore dit
(E/ym., XV)(i):
Gan. I. (2) : Qu'est-ce que la guerre juste ?
200. — La guerre juste est celle qui est faite d'après un édit pour reprendre des choses enlevées ou pour repousser les ennemis (3),
S I. Le juge est ainsi nommé parce qu'il dit le droit au peuple, ou parce qu'il se prononce sur le droit.
Se prononcer sur le droit, c'est juger avec justice ; car il n'y a pas de juge, s'il n'y a pas en lui la justice.
Gan. II : // n'importe en rien à la justice que Ion combatte ouvertement ou en tendant des pièges.
Saint Augustin. In lib. quœstionum (VI, qu. 10).
201. — Le Seigneur notre Dieu ordonna à Josué d'employer un stratagème, c'est-à-dire de mettre les guerriers en embuscade pour tromi^c : '.' anemi. Geci nous montre qu'il n'y a en cela aucune inju^ tice de la part de ceux qui font justement la guerre, afin que le juste, en cette matière, considère surtout qu'il ne doit entreprendre la guerre que dans les cas où elle est permise. Gar elle n'est pas toujours permise. Mais quand on a entrepris une guerre juste, que l'on combatte ouvertement ou avec des stratagèmes, cela n'intéresse nullement la justice. On a coutume d'appeler justes les
199. = (1) Reproduit dans Anselme de Lucques, XIII, 9 (voir n» 145).
200. = (1) Cette définition de saint Isidore se trouve: Lii). XVIII, cnp. 1, no 2.
(2) Yves de Chartres, Décret., X, 116, e». Panor , VIII, 54 ; Coll. irium part., III, 20, 45 ; Coll. Cxs., VIII, 11.
(3) Justum est bellum quod ex edicto geritur de rébus repetendis aut propulsandorum hominum causa.
guerres qui ont pour but de venger des injures, lorsqu'il faut contraindre par la guerre une ville ou une nation qui n'a pas voulu punir une mauvaise action commise par les siens, ou restituer ce qui a été pris injustement.
Mais sans aucun doute est également juste ce genre de guerres que Dieu ordonne, Lui qui sait ce que chacun mérite ; dans ce genre de guerre, le chef de l'armée ou le peuple lui-même doivent être considérés, non comme les auteurs de la guerre, mais plutôt comme des ministres [de Dieu].
Gratien. — Puisque la guerre juste est celle qui est faite en vertu d'un édit qui a pour but de venger des injures, on peut se demander comment les fils d'Israël entreprenaient des guerres justes.
Saint Augustin a écrit à ce sujet, In quœstionibas Nameri [qu. XLIV, c. 20].
Can. III (i) : On rejusait aux enfants d'Israël de passer sans causer aucun dommage, et pour ce motij ils firent justement la guerre.
202. — Il faut bien remarquer pour quelle raison les enfants d'Israël firent justement la guerre aux Amorrhéens. C'est que ceux-ci leur refusaient le droit de passer sans causer de dommage, droit qu'il est équitable d'accorder, d'après les justes règles du droit de la société humaine.