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Chapitre premier Notice sur saint Thomas d'Aquin

§ 1. — Sa vie.

207. — Saint Thomas appartenait à la famille des comtes d'Aquin, dans le royaume des Deux-Siciles. Deux de ses frères occupaient des postes importants dans l'armée de l'empereur Frédéric.

11 naquit près d'Aquin, au château de Rocca-Secca, au commencement de l'année 1226, suivant les uns, ou de l'année 1227, suivant les autres. Cette dernière date paraît plus probable. A l'âge de cinq ans il fut, conformément à la coutum.e en usage dans les grandes familles du royaume, confié aux moines du Mont-Cassin, chargés de le former à la piété et aux belles-lettres. Mais lorsqu'il eut atteint sa dixième année, l'abbé du Mont-Cassin, qui était son oncle paternel^ constatant les dispositions exceptionnelles de son neveu, conseilla à sa famille de lui faire suivre les leçons de maîtres spéciaux. 11 fut en conséquence envoyé à Naples pour y étudier les humanités et la philosophie. En 1 2Z|3, il entra dans l'ordre des Frères Prêcheurs. Ceuxci craignant que sa mère, qui l'avait vu avec regret prendre l'habit religieux, n'employât les prières ou les menaces pour le lui faire quitter, l'envoyèrent à Rome d'où on le fit partir pour la France. Mais pendant le voyage, tandis qu'il se reposait auprès d'une fontaine à Aquapendente, en Toscane, ses frères, qui vivaient à la cour de l'empereur Frédéric et avaient été avisés de son départ par des lettres de leur mère, l'enlevèrent à ses compagnons de voyage et le reconduisirent à la maison paternelle. Il y fut retenu depuis le mois de

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septembre 12^3, pendant plus d'une année, durant laquelle sa mère s'efforça par tous les moyens de lui faire abandonner ses projets. Enfin un jour, il put s'échapper par une fenêtre, et se rendit à Naples et de là à Home.

Le vénérable Jean le ïeutonique l'emmena avec lui à Cologne où enseignait Albert le Grand. Ce dernier ayant été, en i245, envoyé à Paris pour y faire des leçons sur ses Sentences y Thomas l'y suivit et resta son élève au collège Saint-Jacques (i) pendant trois années, complétant ainsi les quatre années d'études théologiques que lui imposaient les constitutions de l'Ordre En 1248, le maître et l'élève retournèrent à Cologne, où pendant 4 ou 5 ans, Thomas étudia sous Albert le Grand la philosophie, l'Ecriture sainte, et les Sentences. Albert ayant été nommé régent, Thomas fut chargé de « lire » les Sentences, c'est-à-dire de les enseigner sous son contrôle.

C'est de cette époque que datent ses premiers écrits : De ente et essentia ; De princlpiis natiirœ, etc.

En 1253, on trouve Thomas à Paris, toujours chargé de a lire » les Sentences, bachelier, et se préparant à la licence ; mais les troubles qui agitaient à cette époque l'Université ne lui permirent d'obtenir le grade de licencié qu'en 1267. Entre temps, il avait publié en i255 ses Commentarii in IV libros Sente ntiarum. Autorisé à professer en 1267, il resta trois ans à Paris, et en 1260 quitta cette ville pour retourner en Italie.

Ce fut la période la plus brillante de sa vie. Les papes se l'attachèrent et le firent enseigner à Rome, Viterbe, Pérouse, etc. En 1261, il publia de nouveaux ouvrages : Summa contra gentiles ; Catena aurea ; In quatuor Evangelia, etc.

Peu après l'élection de Clément IV, élevé au suprême pontificat le 5 février 1266, il conçut le projet de sa Summa theologica. En quatre ans, il composa la première partie de cet ouvrage, ainsi que la première section de la deuxième partie.

En 1269, on l'appela de nouveau à Paris, où il fut pendant deux ans régent d'une école appartenant aux Dominicains (2). Il écrivit à cette époque la seconde section de la deuxième partie delà Somme, la fameuse Secunda Secundœ.

207. = (1) Voir au sujet du Collège Saint-Jacques, n" 242, note 1.

(2) Saint Thomas, ainsi qu'on le voit, passa treize années de sa vie à Paris : il y vint d'abord à l'âge de 18 ans et y séjourna 3 ans, de 1245 à 1248 ; il y revint en 1253, âgé de 26 ans, et y resta 7 ans, c'est-à-dire jusqu'en 1260 ; enfln son dernier séjour dura 3 ans, de 1269 à 1272. Quand il quitta Paris pour la dernière fois, il avait 45 ans : deux ans après, il mourait. C'est pendant son dernier séjour à Paris qu'il écrivit la « question » de Bello dont nous donnons ci-après la traduction.

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En 1272, sur la demande de Charles, roi des Deux-Siciles, frère de saint Louis, et malgré les démarches de l'Université de Paris, il retourna dans la ville de Naples, dont il avait refusé l'archevêché. Il y professa jusqu'à sa mort. C'est à cette époque qu'il composa la deuxième partie de la Somme, jusqu'à la question XC. Il s'arrêta le 6 décembre 1278, laissant incomplète, sans qu'on pût le décider à la terminer, son œuvre capitale qu'il trouvait trop imparfaite.

En 1274, Grégoire X l'appela au concile de Lyon. Il partit en janvier et se sentant malade s'arrêta au monastère de Fossanova, où il mourut le 7 mars 1274.

§ 2. — La Somme théologique.

208. — La Somme théologique, l'ouvrage capital de saint Thomas, était, dans la pensée de l'auteur, un livre destiné à faciliter à la jeunesse studieuse de son temps l'étude de la science théologique. (( Notre but dans cet ouvrage, dit-il dans le Prologue de la Somme, (( est d'exposer tout ce qui regarde la religion chrétienne de la ma- <^ nière la plus convenable pour l'instruction de ceux qui sont au dé- « but de la carrière. » Ce livre destiné à « enseigner les commençants » est l'œuvre la plus haute et la plus profonde qu'ait produite la scolastique.

Elle se compose de plusieurs parties : dans la première, l'auteur traite de Dieu et de ses œuvres ; dans la seconde, il s'occupe des choses que l'homme doit faire pour arriver à Dieu ; dans la troisième, il étudie le moyen par lequel nous pouvons remplir notre destinée, c'est-à-dire le Christ médiateur entre Dieu et les hommes.

La première partie renferme huit traités, ayant pour objet les matières suivantes : Dieu et ses attributs ; la Trinité ; le premier principe des êtres ; les Anges ; la création du monde corporel ; l'âme raisonnable ; la création du premier homme et son état d'innocence originelle ; le gouvernement général du monde.

La seconde partie est divisée en deux sections : la première {Prima Secundœ) comprend la morale en général. On y trouve traités les sujets suivants : la félicité de l'homme ; le volontaire ; la bonté des actions humaines ; les passions de l'âme ; les habitudes et les vertus ; les péchés et les vices ; les lois divines et humaines ; enfin la grâce.

La seconde section de la seconde partie {Secanda Secund^e) est consacrée à l'étude de la morale spéciale. Saint Thomas rattache toute la morale aux vertus, classées par lui en deux catégories : les vertus théologales : foi, espérance, charité, et les vertus cardinales : prudence, justice, force, tempérance.

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A roccasion de chaque vertu, il traite du don qui lui correspond , des vices qui lui sont opposés, et des préceptes qui s'y rapportent. Chacune de ces sept vertus fait l'objet d'un traité ; un huitième traite des divers états.

C'est dans le Traité de la charité que se trouve étudiée la question de la guerre, dont nous donnons plus loin la traduction (i).

Après avoir considéré cette vertu d'abord en elle-même, puis dans son sujet qui est la volonté, et dans son objet qui embrasse Dieu, le prochain, et toutes les créatures, enfin dans ses actes et ses effets, au nombre desquels est la paix, saint Thomas étudie les vices opposés à la charité : la haine ; le dégoût des choses divines ; l'envie ; puis ceux qui sont particulièrement contraires à la paix : la discorde, qui est dans le cœur, la contention, qui est dans la bouche ; enfin ce qui se rapporte à l'action, et qui comprend : i° le schisme ; 2° la guerre (2) ; 3° la querelle ; 4° la sédition.

La troisième partie étudie le Christ médiateur entre Dieu et les hommes. Elle comprend trois traités : celui de l'Incarnation, celui des sacrements ; le troisième, resté inachevé, devait s'occuper de la vie éternelle.

La méthode suivie par saint Thomas consiste à exposer d'abord les arguments opposés à la thèse qu'il soutient, à démontrer ensuite la vérité de celle-ci, enfin à réfuter les arguments opposés. Ses réponses aux arguments ont l'avantage de compléter la démonstration de la thèse, de la préciser, et d'en faciliter l'intelligence.

S 3. — L'autorité de la doctrine thomiste.

a) Son influence dans les siècles passés.

209. — Saint Thomas d'Aquin est vénéré à l'égal d'un Père de l'Eglise : il est regardé comme l'interprète le plus sûr et le plus fidèle de la doctrine chrétienne.

208. = (1) Il existe diverses traductions françaises de la Somme, au nombre desquelles on peut citer celle de M. l'abbé Drioux (1869), qui présente la traduction française en regard du texte latin. L'auteur a cru devoir ajouter au texte de saint Thomas des « Conclusions » dues à Augustin Hunnée, docteur en théologie et professeur à l'Université de Louvain. Quelques-unes d'entre elles, et en particulier celle de l'article 1»^ du chapitre de la guerre, sont regrettables ; car loin de résumer la doctrine de saint Thomas, elles la dénaturent. La traduction est précédée d'une analyse de la Somme, à laquelle nous avons fait divers emprunts dans la présente notice.

(2) D'après la doctrine de saint Thomas, la guerre est toujours un mal, au moins de la part de l'un des adversaires. On comprend ainsi la question qu'il pose en tête de l'article 1" de la question XL : Est-ce toujours un péché de faire la guerre ? fjtrum bellare est semper peccatum ?

3o4 LA QUESTION DE BELLO DANS SAINT THOMAS d'aQUIN

« Il a, dit le P. Sertillanges (i), épuisé l'admiration de plusieurs

siècles. On a vécu de sa doctrine ; on l'a commentée, presque à l'égal

de celle du Maître qu'il avait lui-même enveloppée de tant de respect.

On ne l'a dédaignée durant une période relativement courte que pour

y revenir aujourd'hui, avec l'intérêt qui s'attache dans un siècle voué

à l'histoire, à tous les grands efforts de la Pensée Saint Thomas

gagne à être connu tout ce que gagne le bon sens le plus imperturbable, quand il sait mettre à son service, en des matières ardues et, pour tout dire, éternellement pendantes, un des génies les plus profonds qui aient promené sur ce monde leur regard La gloire et

l'influence de saint Thomas, de son vivant même, furent immenses. Il fut appelé par ses contemporains « le grand maître ». On lui appliquait le mot de l'Evangile : Vos estis sal terrœ. Les grands personnages politiques, qui ne connaissent d'ordinaire que les réputations consacrées, s'empressaient à le fêter, le réclamaient comme professeur,, et suivaient avec la plus vive attention ses ouvrages ».

En ce qui concerne en particulier les doctrines morales de saint Thomas, qui nous intéressent d'une façon particulière, puisque la question De bello relève de ces doctrines, le P. Sertillanges fait les constatations suivantes :

(( Aux époques du plus grand discrédit de la scolastique, le traité des lois ou ceux de la béatitude, des passions, ou des actes humains, furent toujours l'objet d'une admiration respectueuse. De son vivant, celui qui rencontra en métaphysique de si acharnés contradicteurs, vit sans cesse excepter du blâme les traités qui constituent sa morale particulière, telle la Seciinda Seciindœ, là où les préoccupations systématiques cèdent la place au sens moral et à l'observation aiguë des réalités humaines. Ce jugement redressé d'un côté est pleinement confirmé de l'autre par celui de la postérité chrétienne. »

« Une décision morale de saint Thomas a plus de valeur encore dans l'Eglise qu'une décision de philosophie générale. On sait qu'elle pèse assez dans l'esprit des praticiens de la morale pour constituer ce qu'ils appellent une opinion probable. Cette apothéose d'un homme en des matières où l'homme doit compter moins qu'ailleurs, ne pourrait être qu'une aberration si ce n'était la marque d'une supériorité qui, selon ses propres principes, sait joindre à la plus haute intelligence la plus riche valeur d'âme. »

Voici d'ailleurs en quels termes, dans l'Encyclique /Etcrni Patris, le pape Léon XllI constatait dans quelle estime les papes et les ordres religieux avaient tenu la doctrine de saint Thomas :

« Les papes ont fréquemment honoré la sagesse de saint Thomas

209. —(1) Les grands philosophes, saint Thomas d'Aquin, Alcan. 1910.

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d'Aquiu de remarquables éloges et des plus glorieux suffrages

Clément VI, Nicolas V, Benoît XIII, d'autres encore témoignent de l'éclat que son admirable doctrine donne à l'Eglise universelle. Saint Pie V reconnaît que cette même doctrine confond, terrasse et dissipe les hérésies, et que chaque jour elle délivre le monde de funestes erreurs ; d'autres, avec Clément XII, affirment que des biens abondants ont découlé de ses écrits sur l'Eglise universelle, et qu'on lui doit à lui-même les honneurs et le culte que l'Eglise rend à ses plus grands docteurs, Grégoire, Ambroise, Augustin et Jérôme ; d'autres enfin ne crurent pas trop faire en proposant saint Thomas aux académies et aux grandes écoles, comme un modèle et un maître qu'elles pouvaient suivre sans crainte d'erreur. Et à ce propos, les paroles du bienheureux Urbain V à l'Académie de Toulouse méritent d'être rappelées ici : « Nous voulons, et par la teneur des pré- <( sentes Nous vous enjoignons de suivre la doctrine du bienheureux u Thomas, comme étant véridique et catholique, et de vous appliquer « de toutes vos forces à la développer (2). » A l'exemple d'Urbain V, Innocent XII impose les mêmes prescriptions à l'Université de Louvain, et Benoît XIY au collège Dionysien de Grenade. Pour couronner ces jugements portés par les pontifes suprêmes sur saint Thomas d'Aquin, nous ajouterons ce témoignage d'Innocent VI : « La (( doctrine de saint Thomas a, plus que toutes les autres, le droit (( canon excepté, l'avantage de la propriété des termes, de la mesure (( dans l'exception, de la vérité des propositions, de telle sorte que (( ceux qui la possèdent ne sont jamais surpris hors du sentier de la (( vérité et que quiconque l'a combattue a toujours été suspect d'er- « reur (3). ))

« On sait que presque tous les fondateurs et législateurs des Ordres religieux ont ordonné à leurs frères d'étudier la doctrine de saint Thomas et de s'y attacher religieusement, et qu'ils ont pourvu d'avance à ce qu'il ne fût permis à aucun d'eux de s'écarter impunément, pas même sur le moindre point, des vestiges d'un si grand homme. Sans parler de la famille dominicaine, qui revendique cet illustre maître comme une gloire lui appartenant, les Bénédictins, les Carmes, les Augustins, la Société de Jésus, et plusieurs autres Ordres religieux sont soumis à cette loi, ainsi qu'en témoignent leurs statuts respectifs. >

Dans la même Encyclique, Léon XIII rappelait les célèbres écoles de Paris, de Salamanque, d'Alcala, de Douai, de Toulouse, de Louvain, de Padoue, de Bologne, de Naples, de Coïmbre, et autres, dans lesquelles saint Thomas régnait en prince comme dans son propre

(2) Coqs. V, ad cancelL Univ, lotos, 1363.

(3) Sermo de S. Thoma.

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3o6 LA QUESTION DE BELLO DANS SAINT THOMAS d'aQUIN

empire, et dans lesquelles tous les esprits, tant des maîtres que des auditeurs, se reposaient uniquement, et dans une admirable concorde, sur l'enseignement et l'autorité du docteur angélique.

b) Léon XIII et saint Thomas.

210. — Ce fut l'une des principales œuvres du grand Pontife de remettre en honneur, à la place qu'elle méritait et qu'elle occupait autrefois, la doctrine de saint Thomas. « Que des maîtres désignés par votre choix éclairé, écrivait-il auxévêques du monde entier (i), s'appliquent à faire pénétrer dans l'esprit de leurs disciples la doctrine de saint Thomas d'Aquin, et qu'ils aient soin de faire ressortir combien celle-ci l'emporte sur toutes les autres en solidité et en excellence ».

C'est qu'en effet, ainsi qu'il le dit dans la même Encyclique : « Entre tous les docteurs scolastiques, brille d'un éclat sans pareil leur prince et maître à tous, Thomas d'Aquin, lequel, ainsi que le remarque Cajétan, « pour avoir profondément vénéré les saints docteurs « qui l'ont précédé, a hérité en quelque sorte de l'intelligence de « tous ». Thomas recueillit leurs doctrines comme les membres dispersés d'un même corps ; il les réunit, les classa dans un ordre admirable, et les enrichit tellement qu'on le considère lui-même, ajuste titre, comme le défenseur spécial et l'honneur de l'Eglise. »

Le Pontife insiste particulièrement sur les avantages que procurerait aux sociétés civiles le retour aux doctrines du docteur angélique :

« L'immense péril dans lequel la contagion des fausses opinions a jeté la famille et la société civile est pour nous tous évident. Certes l'une et l'autre jouiraient d'une paix plus parfaite et d'une sécurité plus grande si, dans les académies comme dans les écoles, on donnait une doctrine plus saine et plus conforme à l'enseignement de l'Eglise, une doctrine telle qu'on la trouve dans les œuvres de Thomas d'Aquin. Ce que saint Thomas nous enseigne sur la vraie nature de la liberté, qui de nos temps dégénère en licence, sur la divine origine de toute autorité, sur les lois et leur puissance, sur le gouvernement paternel et juste des souverains, sur l'obéissance due aux puissances plus élevées, sur la charité mutuelle qui doit régner entre les hommes : ce qu'il nous dit sur ces sujets et autres du même genre a une force immense, invincible, pour renverser tous ces principes du droit nouveau pleins de dangers, on le sait, pour le bon ordre et le salut public. »

210. = (1) Encyclique /FAerni Patris ; cette Encyclique porte la date du 4 août 1879 ; or Léon XIII avait été nommé pape le 20 février 1878 ; elle fat donc l'une des premières de son pontificat.

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(( Sa doctrine, dit encore le même Pontife (2), étant formée et comme armée de principes d'une grande largeur d'application, elle répond aux nécessités, non pas d'une époque seulement, mais de tous les temps, et elle est très propre à vaincre les erreurs sans cesse renaissantes. »

« Dès que les écoles catholiques se seront mises sous la direction et la tutelle du docteur angélique, on verra fleurir aisément la vraie science puisée à des principes certains et se développant dans un ordre rationnel. Des doctrines pures produiront des mœurs pures, soit dans la vie privée, soit dans la vie publique, et les bonnes mœurs auront pour conséquence le salut des peuples, l'ordre, l'apaisement et la tranquillité générale (3). »

Donc, tout en proclamant qu'il faut recevoir de bonne grâce et avec reconnaissance toute pensée sage, toute invention heureuse, toute découverte utile, de quelque part qu'elles viennent, Léon XIII exhorte, par l'Encyclique déjà citée du 4 août 1879, tous les évêques du monde (( à remettre en vigueur et à propager le plus possible la précieuse doctrine de saint Thomas. Nous disons la doctrine de saint Thomas, car s'il se rencontre dans les docteurs scolastiques quelque question trop subtile, quelque affirmation inconsidérée, ou quelque chose qui ne s'accorde pas avec les doctrines éprouvées des âges postérieurs, qui soit dénué en un mot de toute valeur, Nous n'entendons nullement le proposer à l'admiration de notre siècle... Que les académies que vous avez instituées ou que vous instituerez par la suite expliquent cette doctrine, la défendent et l'emploient pour la réfutation des erreurs dominantes (4)- Mais pour éviter qu'on ne boive une eau supposée pour la véritable, une eau bourbeuse pour celle qui est pure, veillez à ce que la sagesse de saint Thomas soit puisée à ses propres sources (5), ou du moins à ces ruisseaux qui, sortis de la source même.

(2) Bref du 4 août 1S80, proclamant saint Thomas patron des écoles catholiques.

(3) Même bref.

(4) Léon XIII ne s'est pas contenté de donner des préceptes : il les a lui-même mis en pratique. Il a érigé à Rome une Académie de saint Thomas et participé à la création d'une académie semblable à Louvain. Il fit aussi entreprendre une nouvelle édition des œuvres de l'Ange de l'Ecole.

(5) Voir à ce sujet ce que nous avons fait observer dans les numéros 171 et suivants. Nous croyons d'ailleurs avoir, en entreprenant l'étude qui fait l'objet du présent ouvrage, suivi fidèlement les indications du Souverain Pontife, et c'est pour nous une présomption de plus en faveur de la vérité de la doctrine scolastique du droit de guerre. De celle ci, ainsi qu'on a pu s'en rendre compte, saint Augustin a, principalement dans la Cité de Dieu, posé les principes, que saint Thomas a développés et expliqués dans la Somme. Or voici ce que disait, dans son Encyclique du 22 décembre 1887, le pape Léon Xïll au sujet de ces deux ouvrages : « L'admirable accord et concert de la foi avec la raison a été mis en honneur par les féconds travaux d'un grand nombre ; mais il brille surtout.

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coulent encore purs et limpides, au témoignage assuré et unanime des docteurs ; de ceux au contraire qu'on prétend dérivés de la source, mais qui, en réalité, se sont gonflés d'eaux étrangères et insalubres, écartez-en avec soin l'esprit des adolescents ».

L'Encyclique a Mierni Patris » répondait au désir d'un très grand nombre d'évêques et de savants catholiques : aussi fut-elle accueillie avec une grande faveur par le monde religieux.

« Les évêques, les académies, les doyens des Facultés et les savants de tous les points de la terre déclarèrent, d'un seul cœur et comme d'une seule voix, qu'ils seraient dociles aux prescriptions de Notre Lettre encyclique sur la restauration, dans les écoles catholiques, de la philosophie chrétienne, selon l'esprit du docteur angélique saint Thomas d'Aquin ; qu'ils voulaient même dans l'enseignement de la philosophie et de la théologie suivre entièrement les traces de saint Thomas : ils affirment en effet qu'ils sont, comme Nous, convaincus que la doctrine thomiste possède, avec une éminente supériorité, une force et une vertu singulière pour guérir les maux dont notre époque est affligée. »

Ainsi s'exprimait le pape Léon XïII dans un bref en date du lo août 1880, par lequel il proclamait saint Thomas d'Aquin patron des écoles catholiques. Quelques années plus tard, dans l'Encyclique « Officio saactissimo », en date du 22 décembre 1887, il revenait sur le même sujet, preuve de l'importance qu'il y attachait.

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