‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 169 sur 277 · NOTICE SUR VICTORIA · texte numérisé non relu

NOTICE SUR VICTORIA

raient à lui comme à la source où ils s'alimentaient. C'est, dit Melchior Cano, par une faveur sigulicre de Dieu que l'Espagne reçut comme maître cet éminent théologien : nous lui sommes redevables de la sûreté de notre doctrine, de la prudence de nos jugements, de la forme cultivée de nos écrits. 11 fut, dit Barthélémy de Médina, le restaurateur de la science sacrée de la théologie ; c'est à lui que l'Espagne doit d'avoir connu les vraies méthodes qui conviennent à cette science. L'Espagnol Matamore l'appelle : « un homme excellent, divin, incomparable,la splendeur de l'Ordre de saint Dominique, l'ornement et l'honneur de la théologie ». Il mourut à Salamanque, le 12 août i546. On l'a nommé le Socrate chrétien : car de même que le vieux prince de l'Académie, maître de Platon et d'autres philosophes, il ne publia pas ses œuvres, se contentant de former des disciples et de leur communiquer ses idées, afin qu'ils les reproduisent eux-mêmes par la parole et par la plume.

De Victoria lui-même, on ne possède en effet qu'un très petit nombre d'oeuvres dont la plus connue, la seule qui ait été imprimée, porte le titre de Relectiones theologicse, et se compose de 12 leçons.

Voici les titres de ces Relectiones (5) : i . De potestate Ecclesiae ; 2. De potestate civili ; 3. De potestate Papae et Goncilii ; 4- De Indis et de jure Belli ; 5. De matrimonio ; 6. De augmento charitatis ; 7. De temperantia ; 8. De homicidio ; 9. De eo ad quod tenetur perveniens ad usum rationis ; 10. De arte magica ; 11. De simonia ; 12. De silentii obligatione.

La première édition des Relectiones est celle de Jacques Boyer de Lyon, in-S", 1657. Elle est assez défectueuse. Une seconde édition parut à Salamanque en i565 ; une troisième à Ingolstadt en i58o. La quatrième est celle de Pierre Landry de Lyon, in-8°, i586 et 1687 : elle a profité des corrections et rectifications faites par l'auteur inconnu de l'édition d'Ingolstadt. Une cinquième édition, in-12, est celle d'Anvers, 1604. Une sixième parut à Venise en 1686.

Un manuscrit de Victoria, Commentaria in universam Summam S^'- ThomaSy i a pars et 2a 2^^, se trouvée Rome (Bibl. Altempsiana). Victoria a fait imprimer en i5i2 chez Claude Chevallon, à Paris, une édition de la 2a 2^^ de la Somme qui porte le titre de Secunda Secundœ S'' Thomœ a Petro Crockart de Bruxellis recensata ac illustrata. Ce fut la première édition faite à Paris de cette partie de la Somme.

D'après l'auteur de la préface de l'édition de Lyon, i586, certaines des Relectiones seraient des réponses faites par Victoria à des

(5) Dans l'édition de P. Landry, Lyon, 1586, la leçon 1 est divisée en prior et posterior Relectio ; la leçon 4 en De Indis prior et De Indis posterior, sive de Jure belli. La leçon 12 n'existe pas. Il y a donc dans celte édition 13 leçons au lieu de 12.

questions qui lui auraient été posées, soit par Charles-Quint sur les droits des Espagnols dans les Indes, soit par le roi d'Angleterre au sujet de son divorce, soit même par le pape. Ce qui est certain, c'est que quelques-unes d'entre elles représentent des avis donnés solennellement par Victoria sur des questions qui faisaient de son temps l'objet de discussions graves et de controverses non seulement dans les Universités, mais dans les conseils des gouvernements. Il avait, dit l'auteur de la préface, une telle renommée que pour ses auditeurs, il était un autre Pythagore, l'alpha des théologiens et des philosophes. Les rois d'Espagne lui soumettaient la question des Indes, le roi d'Angleterre son divorce, et le Souverain Pontife lui-même le consultait sur des questions qu'il jugeait en toute liberté. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer, de l'autorité que son instruction donnait à cet homme, ou de la modestie du pape et des rois, de leur désir de s'instruire et de se guider sur ses avis. Quelle erreur est celle des hérétiques lorsqu'ils accusent les ordres monastiques d'être rudes et incultes, et d'être les adulateurs des papes et des rois !

({ C'était, dit M. Ed. Nys (6), un maître incomparable pour la clarté et la lumière du raisonnement, et il est peu de scolas tiques qui aient aussi bien évité les erreurs et la lourdeur de la méthode, et aussi bien profité des avantages indéniables que celle-ci présentait en obligeant l'écrivain à énumérer et à rencontrer toutes les objections et toutes les réfutations que ses thèses pouvaient subir. Une des marques caractéristiques de son enseignement, c'est qu'il s'occupe des grandes questions politiques qui étaient à l'ordre du jour, et qu'il est ainsi animé et vivant.

« Les leçons de Indis et de Jure helli Hispanorum in Barharos sont de véritables chefs-d'œuvre de méthode et de science... On ne sait ce qu'il faut le plus louer, la solidité de l'œuvre, ou bieu l'élégance avec laquelle elle a été exécutée. A lire ces pages qui respirent l'amour de l'humanité, où apparaît un esprit véritablement indépendant, où chaque ligne dénote une connaissance approfondie des auteurs, on se prend à regretter que F. de Victoria et ses illustres disciples n'aient pas exercé sur la science du droit des gens une plus grande influence. »>

En terminant et pour rendre à Victoria la justice qui lui est due, disons que c'est lui qui le premier employa l'expression « Jus intcr gentes », dont on fait bien à tort hommage à Zouch qui l'emprunta, un siècle plus tard, au théologien espagnol.

(( Quod naturalis ratio inter gentes constituit », dit Victoria (voir n° 465) au début de la troisième section du De Indis, « hocvoca-

(0) Les publicisles espagnol!^ et /r.9 droit!; dea Indiens [Revue de droit international et de législation comparée, 1S80, t. XXI, p. 5.32).

tur jus geniium », et il développe sa pensée dans des termes (pii ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet. Pour lui, il y a un droit entre les nations, un droit international.

Nous ne disons pas qu'il soit le premier qui ait eu une telle notion, car elle est une conséquence nécessaire de la doctrine chrétienne, mais c'est à lui que revient l'honneur de l'avoir définie et mise en lumière.

« F. de Victoria, dit encore M. Nys (i), a la vision claire et nette de l'interdépendance des Etats, de leurs droits et de leurs devoirs réciproques. Le point est important. Il se ramène, en effet, au point de savoir si, en droit des gens, on se trouve devant une obligation juridique ou bien devant un simple détail d'étiquette et de courtoisie internationale. Y répondre comme le faisait le professeur de Salamanque, c'était trancher d'avance une discussion qui devait, des siècles durant, continuer'à préoccuper les publicistes. »

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