TROISIÈME QUESTION PRINCIPALE
Quelles peuvent et quelles doivent être les causes d'une guerre juste (i) ?
251. — Quelle peut être la raison et la cause d'une guerre juste, c'est une question particulièrement importante dans l'étude que nous faisons au sujet des pays barbares.
Première proposition. La différence de religion ne peut être une cause de juste guerre. Cela a été longuement démontré dans la précédente leçon, à propos du quatrième titre que l'on invoque pour justifier la prise de possession des pays barbares, à savoir que les habitants ne veulent pas se convertir au Christianisme (2). Notre opinion est celle de saint Thomas (3) et de tous les docteurs : nous ne connaissons personne qui soutienne l'opinion contraire.
252. — Seconde proposition. L'extension de l'empire n'est pas une juste cause de guerre. Cela est tellement avéré qu'il n'est pas besoin de le prouver. S'il en était autrement, il y aurait juste cause de guerre des deux côtés à la fois, et tous les combattants seraient innocents. 11 en résulterait qu'il ne serait pas permis de leur donner la mort — ce qui implique contradiction — à savoir que la guerre serait juste, mais qu'il ne serait pas permis de tuer les adversaires (i).
253. — Troisième proposition. La gloire du prince ou tout autre avantage qui lui est propre n'est pas une juste cause de guerre. Ceci encore est admis par tout le monde. Car le prince doit tout
car les adversaires ayant un supérieur commun, une telle coutume serait contraire au droit naturel (voir n»» 46 et 320).
251. = (1) Voir sur la même question : I" partie, n*'' 29 à 40 ; Décret, 199 à 200 ; saint Thomas, 217 ; Suarez, 333 à 342.
(2) Voir nos 451 à 459.
(3) *Somme, 2, 2, qu. XLVI, art. 8.
ordonner, la guerre comme la paix, pour le bien commun de l'Etat : il n'a pas le droit de dépenser les revenus publics, et bien moins encore d'exposer ses sujets à des périls dans son propre intérêt ou dans celui de sa gloire personnelle. C'est la différence qui existe entre le roi légitime et le tyran : le tyran gouverne dans son intérêt et pour son avantage particulier ; le roi légitime gouverne dans l'intérêt du bien public (t). Le prince, qui a reçu de l'Etat son autorité, doit en user pour le bien de l'Etat.
D'autre part, les lois ne doivent jamais être faites en vue d'un intérêt particulier, mais en vue de l'utilité commune de tous les citoyens (2). Donc, les lois en vertu desquelles se fait la guerre doivent être faites pour l'utilité de tous et non uniquement pour celle du prince.
Enfin ce qui distingue les hommes libres des esclaves, c'est que les maîtres se servent des esclaves pour leur avantage personnel et non pour celui des esclaves (3), tandis que les hommes libres ne sont pas faits pour les autres, mais pour eux-mêmes. Or, les princes qui abusent de leurs sujets, en les obligeant à se battre et à couvrir les dépenses de la guerre, non dans l'intérêt du bien général, mais pour un avantage qui leur est personnel, abusent de leurs sujets et les traitent comme des esclaves.
254- — Quatrième proposition. La seule et unique cause juste de déclarer la guerre, c'est la violation d'un droit (i).
1° On peut le prouver d'abord par l'autorité de saint Augustin (3), la définition de saint Thomas (3), et l'opinion de tous les docteurs.
2° La guerre offensive a pour but, comme il a déjà été dit, de punir une action injuste et de sévir contre les ennemis : mais la vindicte ne peut s'exercer que là où il y a eu d'abord faute et violation d'un droit (4).
3° Le prince n'a pas sur les étrangers une autorité plus grande que sur ses propres sujets : or, à l'égard de ceux-ci, il ne peut se servir du