‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 177 sur 277 · Voir nos · texte numérisé non relu

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ennemis jusqu'à concurrence des dépenses de la guerre et des dommages injustement causés par eux. Cela est évident.

1° Car ces dépenses et ces dommages sont dus par les ennemis qui ont violé le droit : le prince peut donc les réclamer et les faire payer par la guerre.

2° De même que précédemment, on peut remarquer que lorsqu'il n'a à sa disposition que ce seul moyen, le particulier peut s'emparer de tout ce qui lui est dû par son débiteur.

3° D'autre part, s'il y avait un juge légitime des deux parties qui se font la guerre, il devrait condamner les injustes agresseurs, violaleurs du droit, non seulement à la restitution des choses enlevées, mais aussi à la réparation de tous les dommages, y compris les dépenses occasionnées par la guerre. Or, le prince qui a juste guerre remplit dans la cause de la guerre le rôle de juge, ainsi que nous le montrerons plus loin ; il peut donc exiger des ennemis la compensation de tous ces dommages (i).

259. — Quatrième proposition. Non seulement tout ce qui précède est permis, mais le prince ayant juste guerre peut même aller plus loin, dans la mesure où cela est nécessaire, pour s'assurer la paix et la sécurité de la part des ennemis : raser, par exemple, une de leurs citadelles et, si c'est indispensable pour supprimer tout danger ultérieur, construire un ouvrage fortifié en territoire ennemi (I).

I" Gomme on l'a déjà dit, le but de la guerre, c'est la paix et la sécurité: celui qui fait justement la guerre a donc le droit de faire tout ce qui est nécessaire pour assurer la paix et la sécurité.

2° Les hommes mettent avec raison la tranquillité et la paix au nombre des biens désirables . car, même vivant dans l'abondance des autres biens, ils ne pourraient être heureux s'ils n'avaient pas la sécurité. Si donc les ennemis les attaquent et troublent la tranquillité de l'Etat, ils peuvent se garantir d'eux par les moyens convenables.

3° Contre les ennemis intérieurs, c'est-à-dire contre les mauvais citoyens, il est permis d'agir de la sorte ; de même contre les ennemis extérieurs. Si, en effet, à l'intérieur de l'Etat, un citoyen viole le droit d'un autre, le magistrat ne se contente pas de condamner l'auteur de rinjustice à la réparer, mais encore, s'il donne pour l'avenir des motifs de crainte, on l'oblige à fournir caution, ou même à quitter la ville, de manière à éviter tout danger de son fait; de même, après que la victoire a été remportée et les biens enlevés restitués, on peut exiger des ennemis des otages, des navires, des armes, et toutes autres choses qui, de bonne foi et loyalement, sont nécessaires pour

258. :^ (1) Voir ir« 86, 283, 292, 290, 369. 2B9. r= (1) Voir nos g?, 297, 282.

TRADUCTION DU DE JUHE HELLl DE VlCTUUlA 3^7

maintenir l'ennemi dans le devoir et écarter tout danger de son fait. 260. — Cinquième proposition. Non seulement tout cela est licite, mais, môme après avoir remporté la victoire, après être rentré en possession de ce qui avait été ravi, après avoir assuré la paix et la sécurité, on peut punir la violation du droit dont les ennemis se sont rendus coupables, sévir contre eux, et les châtier à cause de l'injustice qu'ils ont commise (i). Pour le démontrer, il faut remarquer que les princes n'ont pas seulement autorité sur leurs sujets, mais aussi sur les étrangers, pour les obliger à s'abstenir de toute injure : et cela tant en vertu du droit des gens qu'en vertu de l'opinion unanime du genre humain. Il semble même que cela soit de droit naturel, puisqu'autrement le monde ne saurait subsister, s'il n'y avait pas chez quelques-uns la force et l'autorité nécessaires pour effrayer les méchants, et les contraindre à ne pas faire de mal aux gens de bien et aux innocents. Or, tout ce qui est nécessaire au gouvernement et à la conservation du genre humain est de droit naturel, et c'est la seule raison pour laquelle l'Etat a, en vertu du droit naturel, le pouvoir d'infliger des peines et des supplices à ceux de ses citoyens qui lui sont nuisibles.

Si l'Etat possède ce pouvoir à l'égard de ses membres, nul doute que le monde le possède à l'égard de tous ceux qui sont nuisibles et malfaisants, et ce pouvoir, il ne peut l'exercer que par les princes ; il faut donc tenir pour certain que les princes peuvent punir les ennemis qui ont violé les droits de l'Etat et que, lorsqu'une guerre a été justement et régulièrement entreprise, les ennemis sont absolument soumis au prince comme à leur juge propre. Et ce qui l'explique, c'est qu'en réalité ni la paix, ni la tranquillité, qui est le but de la guerre, ne sauraient être obtenues si les ennemis n'étaient, par les maux et les dommages qui leur sont infligés, détournés de renouveler leur faute. Cela est également prouvé et confirmé par l'exemple des hommes de bien. Comme il a été dit plus haut (2), les Macchabées ont fait la guerre, non seulement pour rentrer en possession de ce qu'on leur avait pris, mais aussi pour punir des injustices ; des princes très chrétiens, des empereurs très religieux ont fait de même. De plus, pour que l'Etat ne reste pas sous le coup de la honte et du déshonneur, il ne suffit pas qu'il ait vaincu ses ennemis ; il faut, de plus, que ceux-ci soient châtiés et frappés de peines sévères. Le prince n'a pas seulement l'obligation de défendre et de conserver les biens de ses sujets, mais aussi l'honneur et l'autorité de l'Etat.

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