‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 178 sur 277 · PREMIÈRE QUESTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE QUESTION

Suffit-il, pour que la guerre soit juste, que le prince croie avoir juste cause (i) ?

261. — Tout ce qui précède soulève bien des questions et des discussions. Et tout d'abord, cette question relative à la justice de la guerre : suffit-il, pour que la guerre soit juste, que le prince croie avoir juste cause ?

Première proposition. Non, cela ne suffît pas toujours, et il est facile de le démontrer.

I" Comme on le sait, dans d'autres causes de moindre importance, il ne suffit, ni au prince, ni aux particuliers, de croire qu'ils agissent selon la justice : il se peut, en effet, que leur jugement soit faux, qu'il ne soit pas impartial, et qu'il puisse être rectifié ; et pour la bonté d'un acte, il ne suffît pas de l'opinion de chacun, mais il faut qu'il se fasse conformément au jugement des sages (2).

2° Autrement, il en résulterait que souvent les guerres seraient justes des deux côtés : en effet, généralement les princes ne font pas la guerre de mauvaise foi, mais chacun d'eux croit avoir juste cause ; et ainsi tous les belligérants seraient innocents, par conséquent il ne serait pas permis de les tuer.

3° Autrement encore, les Turcs et les Sarrasins feraient justement la guerre aux chrétiens, car ils croient ainsi être agréables à Dieu.

262. — Seconde proposition. Il faut, pour qu'il y ait guerre juste, que l'on examine avec grand soin la justice et les causes de la guerre, et que l'on écoute aussi les arguments des adversaires s'ils veulent discuter ex sequo et bono : car, ainsi que le dit Térence, le sage doit plutôt vider les différends par la discussion que par les armes. Il faut donc prendre l'avis de gens honnêtes et sages, qui sachent parler librement, sans colère, sans haine, sans partialité : car, lorsque ces passions-là prennent part au débat, dit Sallustc, il n'est pas facile de découvrir la vérité. Et cela est évident ; en eiTet, dans les questions

261. =3 (1) Voir sur cette question : I" partie, n» 58 ; et Suarez, n»' 351 et (2) ^Arist., Ethic, 2.

TRADUCTION DU DE JURE RELLI DE VICTORIA. SSq

morales, il est difficile de discerner ce qui est juste et vrai ; par suite, on se trompera aisément, si on n'apporte pas à leur examen tout le soin nécessaire : or, l'erreur, dans ces conditions, ne saurait être une excuse pour ses auteurs, surtout dans une question si importante, quand il s'agit de dangers et de calamités qui frappent des multitudes d'hommes, lesquels, cependant, sont notre prochain, que nous sommes tenus d'aimer comme nous-mêmes.

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