‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 201 sur 277 · NOTICE SUR FRANÇOIS SUAREZ · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FRANÇOIS SUAREZ

ft Cependant, dit M. de Wulf [i), si Suarez emprunte au thomisme un bon nombre de matériaux, il s'en écarte dans d'importantes questions, où il défend des idées personnelles. Tout en reconnaissant son mérite, la vérité veut qu'on lui dénie le titre usurpé de « commentateur fidèle du Docteur angéliquc ». Suarez, dit le même auteur, occupe un rang distingué comme publicistedans la phalange des Jésuites qui combattirent les doctrines protestantes sur le terrain social. Il composa un traité De legibus, et s'occupa notamment de la célèbre question de l'origine du pouvoir politique mise à l'ordre du jour par les protestants. Avec Bellarmin, il entra en lice pour réfuter la théorie du prétendu « droit divin », à laquelle Jacques P' d'Angleterre n'avait pas dédaigné d'apporter l'appui de son argumentation théologique. A la conception protestante, suivant laquelle les rois tiendraient leur pouvoir immédiatement de Dieu, Suarez oppose, non sans hardiesse, la thèse de la souveraineté initiale du peuple : le consentement du peuple forme donc le titre originel de toute autorité princière. A fortiori, Suarez admet-il, à rencontre de l'omnipotence gouvernementale, telle que l'entendait Mélanchthon, le droit pour le peuple de déposséder les souverains devenus indignes du mandat conféré (2).

Invité par le pape Paul V à attaquer le serment d'allégeance, que le roi Jacques V^ exigeait de ses sujets, Suarez publia un ouvrage intitulé Defensio fidei catholicœ et apostolicœ adversus anglicanœ sectœ errores. Le pape l'en remercia par un bref en date du 9 septembre i6i3. Jacques P^ fit brûler le livre par la main du bourreau devant l'église Saint-Paul et en défendit, sous les peines les plus sévères, la lecture à ses sujets.

Mais ce livre ne fut pas seulement condamné par les défenseurs anglais et protestants de la théorie du droit divin : il fut également poursuivi en France. Le 26 juin i6i4, un arrêt du Parlement de Paris le condamnait au feu comme « contenant plusieurs maximes et pro- (( positions contraires aux puissances souveraines des roys, ordonnez « et establis de Dieu, seuretéde leurs personnes, repos et tranquillité « de leurs Estats ».

L'œuvre laissée par Suarez est considérable. Nous donnons ci-après la traduction du livre « De Bello », qui se trouve dans la IIP partie « De Charitate » de son traité : De triplici virtute theologali, un des derniers ouvrages qu'il composa. Nous donnerons aussi, en appendice, la traduction des chapitres qu'il a consacrés au droit des gens dans son traité : De legibus (n"" 49^ à 53o).

307. = (1) Histoire de la philosophie médiévale, Louvain, 1905, (2) Voir numéros 46, 318 et 320.

308. — Définition. — Une lutte extérieure, qui trouble la paix au dehors, est appelée : guerre, quand elle a lieu entre deux princes ou deux Etats ; sédition, qud.nà elle a lieu entre un prince et son Etat, ou entre les citoyens et l'Etat ; rixe ou duel, quand elle a lieu entre particuliers. La différence qui existe entre ces diverses luttes existe plus dans leur objet que dans leur forme : nous parlerons de toutes et exposerons à leur sujet les opinions de saint Thomas (2. 2,qu. XL, XLI, et XLII) et d'autres auteurs que nous indiquerons plus loin.

§ 1. — La guerre est-elle un mal en soi (i) ?

309. — Double erreur à ce sujet (2). — Une première hérésie affirme que la guerre est un mal en soi et qu'elle est contraire à la charité. C'est l'opinion que saint Augustin attribue aux Manichéens (3), opinion que défendit aussi Wicleff (4).

Une seconde erreur est celle qui soutient que la guerre est particulièrement défendue aux chrétiens, et surtout contre les chrétiens : c'est l'opinion d'Echius (5), reprise par certains hérétiques de notre époque, qui toutefois font une distinction entre la guerre offensive et la guerre défensive (6).

Les conclusions qui suivent donneront à ce sujet des explications convenables.

308. = (1) Les notes marquées d'un astérisque sont celles de l'auteur. Les autres sont des remarques du traducteur ou des renvois à d'autres parties du présent ouvrage.

309. = (1) Voir sur cette question : I" partie, noM à 7 ; Décret, n"" 191 à 198 ; saint Thomas, 211 à 222 ; et Victoria, 244.

(2) *Voir au sujet de la première erreur : Bellarmin, De Laicis, 1. III, c. 14 et 16; Molina, De Juslitia, disp. 99. — Voir au sujet de la seconde, outre les auteurs précédents, ceux que cite Cenedo, collectio 59, première partie.

(3) *Contra Faustum, 22, cap. 74.

(4) *Voir Waldense, De Sacranienlalibus, tit, ult., cap. penult.

(5) *7n Enchiridio, cap. 22.

(6) Voir plus loin, n» 316, § 6.

310. — Première conclusion : Réfutation tirée delà foi cl des Ecritures (i).

La guerre, considérée en elle-même, n est pas défendue aux chrétiens. Gela est de foi, et conforme à l'Ecriture sainte : car l'Ancien Testament fait l'éloge de certaines guerres entreprises par des hommes très saints, u Qu'Abraham soit béni, et que Dieu soit béni, lui dont la protection a fait tomber vos ennemis entre vos mains (2). » Il est de môme parlé de Moïse, de Josué, de Samson, de Gédéon, de David, des Macchabées, et d'autres personnages, auxquels Dieu donna souvent Tordre de faire la guerre aux ennemis des Hébreux.

L'apôtre saint Paul (3) dit que les saints ont par la foi vaincu des royaumes, et l'on pourra trouver dans Gratien (/|) divers témoignages des Pères sur ce même sujet, que saint Ambroise a également traité dans plusieurs passages de son livre « De officiis ».

311. — Objections. — 1° Dieu a dit à David (i) : « Ce n'est pas toi qui élèveras mon temple, parce que tu es un homme de sang. »

2* Le Christ a dit à Pierre: « Remets ton épée dans le fourreau, etc. » ; et on lit dans Isaïe (3j : « Ils transformeront leurs glaives en socs de charrue, et désormais ne s'exerceront plus aux combats », et aussi (4) : « Sur la montagne sainte, on ne se nuira pas, on ne tuera pas. » Or, le Prophète parle du temps de la venue du Messie, où les hommes devaient complètement connaître ce qui est permis ou défendu.

3° Le concile de Nicée (5) impose une peine aux chrétiens qui, après avoir reçu le baptême, entrent dans la milice, et le pape Léon (6) dit que la guerre est interdite aux chrétiens après une pénitence solennelle.

4° La guerre entraîne moralement avec elle une infinité de péchés : or une œuvre est considérée comme mauvaise en elle-même et défendue, quand elle est moralement accompagnée de faits délictueux et de torts causés au prochain. On peut ajouter que la guerre est

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