r= (1) *Cajétan, 2.2, qu. 96, art
Cette condition ne me semble pas absolument nécessaire, d'abord parce que, humainement parlant, cela est presque impossible ; ensuite, parce que souvent il importe au bien commun de l'Etat de ne pas attendre que l'on ait une si complète certitude, mais d'essayer plutôt, même avec quelque crainte de ne pas réussir, de contraindre les ennemis ; enfin, parce que de la sorte, il ne serait jamais permis à un roi moins puissant de déclarer la guerre à un roi plus puissant, puisqu'il n'aurait jamais cette certitude que demande Cajétan.
Il faut dire, en conséquence, que le prince est tenu de s'assurer, avec la plus grande certitude possible, qu'il sera vainqueur ; qu'il doit comparer l'espoir de remporter la victoire avec le danger des dommages que peut entraîner la guerre, et voir si, tout bien pesé, l'espérance de la victoire remporte. S'il ne peut arriver à une semblable certitude, il faut du moins qu'il ait, ou plus de chances d'être vainqueur, ou des chances égales, si la nécessité et le bien général de l'Etat sont en jeu. Si la victoire est moins probable que la défaite, et s'il s'agit d'une guerre agressive, il faudra presque toujours l'éviter : s'il s'agit d'une guerre défensive, la tenter ; car dans un cas, c'est la nécessité qui oblige, dans l'autre la volonté qui choisit ; tout cela découle évidemment des principes de justice et de conscience.
§ 5. — Existe-t-il pour les princes chrétiens des justes titres de guerre autres que ceux qu'indique la raison naturelle ?
343. — Opinions affirmatives. — Premier et second titres invoqués. — Une première opinion Taffirme ; c'est celle d'Hostiensis et d'autres canonistes (i); mais tous les auteurs n'en donnent pas les mêmes raisons.
Un premier titre invoqué, c'est la seule infidélité, c'est-à-dire le refus d'admettre la vraie religion. Mais ce titre n'a aucune valeur, ainsi que nous l'avons démontré en traitant de la Foi (2).
Un second titre, c'est qu'il faut venger Dieu des injures qui lui sont faites par les crimes contre nature (3) et par l'idolâtrie (4). C'est là encore une opinion fausse : en premier lieu, si l'on considère la vindicte proprement dite ; car Dieu n'a pas donné à tous les hommes
343. = (1) *Hostiensis, Panormitanus, et autres canonistes, in cap. Svper /lis, De voto ; Alvarus Pelagius, lih. J, de planclu Ecclesi^r, cap. 37 ; Gabriel, in IV, dist. 15, qu. IV, etaulres que cite Covarruvias, fiegula Peccatum, n» 10.
(2) Voir n°' 154 et 451 à 459. Voir également Suarez, De pde, disp. XVIII.
(3) Voir n"" 155 et 156, 460 et 461.
(4) *Voir Castro, lib. Il, de justa hserelicorum punitione, cap. 14.
le pouvoir de venger ses propres injures (5). D'abord, Il peut le faire facilement Lui-même, s'il le veut ; ensuite, cela serait pernicieux pour le genre humain ; car ce serait la source des plus grands troubles. Il en est de même si l'on considère la défense de Dieu ; car ceKi aurait pour résultat non d'empêcher, mais de multiplier les offenses à sa Divinité. Puis, à ce titre, les princes chrétiens pourraient aussi se déclarer la guerre entre eux ; car il en est parmi eux beaucoup qui offensent Dieu ; et comme un tel titre ne pourrait suffisamment se prouver, ceux que l'on attaquerait en vertu de ce titre auraient le droit de se défendre, de sorte que la guerre serait juste des deux côtés à la fois.
344. — ObjecUon tirée de l'Ecriture sainte. — On objecte que c'est à ce titre que le peuple d'Israël a pu faire la guerre aux peuples idolâtres (i).
A quoi l'on peut répondre que l'on a assigne à cette guerre diverses causes :
i'* Saint Augustin (2), Epiphane et Cassian disent que les territoires de ces peuples appartenaient par droit d'héritage au peuple d'Israël, descendant deSem, auquel Noé les avait donnés en héritage, et dont Cham, frère de Sem, s'était violemment emparé.
. Je ne puis ni approuver, ni désapprouver cette réponse ; car je ne vois de raisons, ni dans un sens, ni dans l'autre.
2° D'autres disent, et cela est absolument vrai, que le véritable titre de propriété était la donation faite par Dieu ; mais saint Augustin ajoute (3) que ce titre ne pouvant se prouver, il en fut toujours requis d'autres plus évidents et plus faciles à reconnaître : par exemple, le fait que les ennemis refusaient de laisser passer les Israélites par les voies publiques, ou qu'ils les attaquaient et les combattaient les premiers.
On pourrait dire, d'ailleurs, que ces peuples n'étaient pas seulement idolâtres, mais homicides, qu'ils immolaient des enfants innocents, et qu'il était permis de les combattre, la guerre ayant dans ce cas le caractère d'une défense des innocents.
345. — Observations supplémentaires (i). — Nous devons faire remarquer que plusieurs auteurs admettent la validité du précédent titre dans le cas où un Etat ayant le culte d'un Dieu unique, son
(5) Dans son Apolorjia pro helli justis causis (Voir n" 389, noie 4), Sepulveda écrit (Réponse à la l^"' objection) : « Bello quod idololatris inferlur, non lam « hominura quam Dei injurias quœ multo graviores sunt, vindicari. »