Voir n»' 432 et suiv., el
c'est que les infidèles sont des barbares, incapables de se diriger convenablement eux-mêmes. L'ordre naturel demande que les plus sages gouvernent des hommes de cette espèce, comme l'enseigne Arislote, qui dit que la guerre est naturellement juste quand elle est entreprise contre des hommes nés pour obéir, et qui refusent de le faire (aV Cela a été soutenu par Major (3) et aussi par Sepulveda (A).
Mais d'abord, ce titre ne peut être invoqué d'une manière générale ; car il est évident qu'il existe beaucoup d'infidèles qui ont plus d'intelligence que certains chrétiens, et sont plus aptes qu'eux au gouvernement.
Ensuite, pour qu'un semblable titre puisse être appliqué, il ne suffit pas de juger qu'une nation est d'intelligence inférieure, il faut qu'elle en soit à ce point dépourvue que ses habitants vivent d'ordinaire plutôt comme des bêtes que comme des hommes : à l'instar de ceux qui, dit-on, n'ont aucune organisation, ne portent aucun vêtement, se nourrissent de chair humaine, etc. Et s'il y a de tels hommes, on peut leur faire la guerre, non pour les tuer, mais pour leur donner des mœurs humaines et les diriger conformément à la justice. Mais un tel titre ne doit être admis que rarement, ou plutôt jamais (5), à moins qu'il y ait des meurtres d'innocents ou des crimes analogues, de sorte qu'il s'agisse plutôt d'une guerre défensive que d'une guerre offensive.
Quant à Aristote, cité plus haut, il dit que la guerre n'est permise que si les hommes que l'on combat, dans le but de les gouverner, diffèrent des autres autant que l'âme diffère du corps. Il en faut conclure que ce titre, s'il existe, n'est pas spécial aux chrétiens, mais appartient aussi à tout roi qui veut observer la loi naturelle et que c'est d'elle précisément que découle le titre dont nous nous occupons. 348. — Solution de la question posée. — Première conclusion. — Il faut dire qu'il n'y a aucun juste titre de guerre spécial aux princes chrétiens, qui n'ait son fondement dans la loi naturelle, ou n'ait avec elle une certaine relation, et qui par conséquent ne convienne aussi d'une certaine manière aux princes infidèles.
Pour l'expliquer, disons d'abord :
Un prince chrétien ne peut entreprendre une guerre, si ce n'est à raison d'une violation de son droit ou pour défendre des innocents.
Gela est suffisamment démontré par l'exclusion de tous les faux titres dont il a été parié, et par les raisons qui ont été données de
(2) V. Poliiic.y cap. 1 et 5.
(3) *Maior., in II, dist. 44, qu, 3.
(4) *SepulvGda, lib. VU, cap. 2 (Voir n» 400).
(5) Voir n<" 397 et 309.
cette exclusion : d'ailleurs la loi de grâce ne détruit pas la loi naturelle ; elle la complète.
349. — Seconde conclusion. — En second lieu, les princes chrétiens peuvent avoir un droit spécial dans certains cas où il s'agit de défendre des innocents et de punir des injures.
En effet, si un Etat soumis à un prince infidèle veut se convertir au Cliristianisme, et si le roi infidèle s'y oppose, les princes chrétiens ont le droit de défendre les sujets innocents (i). Mais si un Etat voulait adopter la loi des infidèles, la religion de Mahomet, par exemple, et que son prince ne le voulût pas, un prince turc n'aurait pas contre lui un droit analogue. La raison en est qu'empêcher d'embrasser la foi chrétienne, c'est en réalité une injustice grave et un dommage, ce qui n'est pas le cas pour l'autre loi dont nous parlons.
De même, s'ils veulent écouter les prédicateurs, ils peuvent se convaincre que ce qu'ils entendent dire peut et doit être cru ; c'est donc à juste titre que l'on vient à leur secours en ce cas.
On pourrait citer, relativement à la première partie de la conclusion, d'autres exemples analogues, par exemple, si les prédicateurs de l'Evangile sont victimes d'injustices, ou si les princes infidèles font du tort aux chrétiens : car cela, c'est une injustice à Tégard de l'Eglise, et pour la repousser et la punir, elle a un droit qui en quelque manière a une origine surnaturelle ; c'est la faculté que Dieu lui a donnée de prêcher l'Evangile ; or il est bien certain que les infidèles n'ont pas ce même droit. Tout cela est assez clair, d'après ce que nous avons dit ailleurs (2).
350, — Troisième conclusion. — En troisième lieu, tout ce qui précède a son fondement dans la loi naturelle, de telle sorte que, toutes proportions gardées, cela peut en quelque manière s'appliquer aussi aux infidèles.
Je m'explique : si un Etat voulait adorer un Dieu unique, observer la loi naturelle, entendre des prédicateurs qui donnent des enseignements conformes, et si son prince employait la force pour l'en empêcher, cela constituerait un juste titre de guerre pour un autre prince, même infidèle et guidé par la seule raison naturelle, car c'est un cas de juste défense d'innocents. De même, si un Etat adorait un seul Dieu et observait la loi naturelle, il aurait le droit d'envoyer dans un autre Etat qui serait idolâtre et qui vivrait contrairement à la raison naturelle, des hommes qui l'instruiraient et le libéreraient de ses erreurs. Si l'on s'y opposait par la force, il aurait le droit de faire la guerre, attendu que le droit qu'il prétend exercer est tout à