t) *Sumnia, v» Bellum
(2) "Régula juris, 19, in G et 38.
(3) *Lib. III Officiorum, cap. 9: et Décret, Causa XIV, qu. 5, cap. 10, Denique,
TRADUCTION DU MVHE DE BELLO SqS
la cause, que lorsqu'ils en recevraient l'ordre formel, lorsqu'ils seraient dans le cas de désobéir en n'y allant pas ; car c'est seulement dans ce cas que l'obéissance les excuse. Au contraire, toutes les fois qu'ils n'auraient reçu aucun ordre, ils ne pourraient combattre en sûreté de conscience. Cette conséquence serait en opposition avec toutes les coutumes et dangereuse pour les Etats.
S" Si les soldats mercenaires perpétuels ont pu, avant l'époque de la guerre, s'obliger à combattre, même dans un cas douteux, en substituant à leur conscience propre celle du prince, pourquoi ceux qui s'enrôlent au moment de la guerre ne pourraient-ils en faire autant ? Car au point de vue moral, il n'y a pas de difTérence entre accomplir un acte et s'engager à l'accomplir. Et voici qui le confirme :
On n'a pas le droit de combattre dans une guerre injuste, ni de s'engager à combattre dans une telle guerre ; on n'a même pas le droit de s'engager à combattre dans n'importe quelle guerre, juste ou injuste ; car combattre dans une guerre injuste, c'est commettre une injustice : mais, à contrario, si on peut s'engager à combattre dans une guerre douteuse, une telle obligation n'est pas inique ; donc on pourra, sans qu'il soit besoin d'aucune obligation antérieure, le faire hic et nunc, comme mercenaire ; et en vérité, je n'attache pas une grande importance au fait que le mercenaire engagé antérieurement est considéré comme un sujet à cause de son engagement (i). Car on peut dire la même chose si l'engagement a lieu au moment de la guerre, puisque alors les soldats s'engagent aussi à obéir dans tout ce qu'on leur commandera de licite : que cet engagement soit antérieur à la guerre ou qu'il soit pris au moment où elle commence, cela n'intéresse en rien la justice.
4° En cas de semblable doute, il est permis à tout le monde de vendre des armes aux princes et aux soldats : cependant, on se trouve alors en présence du même danger de coopérer à une injustice dont des innocents seraient victimes, si par hasard la guerre était injuste en elle-même. Le droit de vendre des armes est admis par tout le monde ; et cependant, c'est un concours moral à l'acte même de la guerre ; car si les soldats paraissenty concourir plus immédiatement, ceux qui fournissent des armes ont d'ordinaire une part plus importante dans le mal qui se fait (2).
5** Il est permis de servir un marchand pour une somme d'argent avec l'intention de l'aider dans les contrats qu'il fait et qui ne sont pas évidemment injustes, sans que l'on soit tenu de les examiner ; il faut accepter la même manière de faire dans le cas qui nous occupe.
361. = (1) [La distinction cependant a sa valeur; il est étonnant que Suarez la méconnaisse. E. Gh.].
(2) [Aussi devrait-on appliquer à ce cas les principes de justice. E. Ch.].
SgÔ LE DE BELLO DE SUAREZ
Enfin, il y a une raison générale qui domine en ces matières, c'est que tout d'abord et en soi, celui qui n'est pas sujet se soumet au prince en raison de la solde qu'il reçoit ; ce en quoi il ne fait rien d'injuste envers n'importe qui, et à proprement parler ne s'expose pas au danger de mal faire : il use simplement, en vendant son concours et ce qui lui appartient, d'un droit dont il n'est certainement pas obligé de se priver à son désavantage. Enfin, ces soldats ont une raison spéciale de se battre: c'est qu'ils ont pour eux l'autorité du prince et de tout l'Etat, d'où résulte une grande probabilité de leur droit.
Donc, tout pesé, il ne semble pas qu'ils suivent le parti le moins sûr.
362. — Solution de Suarez. — Ces arguments me paraissent absolument convaincants, et en réalité, je ne vois aucune différence entre les sujets et ceux qui ne le sont pas. Victoria, de même, parle indifféremment des uns et des autres (i). Mais, attendu qu'il s'agit d'une question morale, pour procéder avec plus de sécurité, je conclus que si le doute est purement négatif, il est plus probable que les soldats peuvent prendre part à la guerre, sans avoir fait aucun examen, et en rejetant sur le prince, auquel ils sont soumis, toute la responsabilité ; en supposant toutefois que ce prince jouisse d'une bonne réputation universelle : c'est ce qu'enseigne clairement Victoria et avec lui d'autres thomistes. Mais si leur doute est positif, s'il y a des raisons probables de part et d'autre, je crois que les soldats sont obligés de s'enquérir de la vérité ; s'ils ne peuvent arriver à la connaître, ils doivent se conformer à l'opinion la plus probable et prêter leur concours à celui qui a plus probablement le bon droit : car, puisqu'il s'agit d'un fait, du dommage causé à d'autres ou de la défense des innocents, il faut suivre l'opinion la plus probable (2). Pour cela, il suffira que les soldats consultent des hommes prudents et timorés, sur la question de savoir s'ils peuvent ou non prendre part à la guerre. Si lesdits soldats font partie d'un corps politique et ont des chefs à leur tête, il suffira pour chacun des inférieurs que son chef ou son prince ait examiné la justice de la guerre, et il pourra suivre leur avis. Enfin, si de chaque côté il y a des raisons également probables, les soldats pourront se comporter comme si le doute était purement négatif; car, lorsqu'il y a équivalence de probabilités, l'autorité du prince est prépondérante. C'est l'avis très net de Sylvestre (3).