Regula peccalum, pars
TRADUCTION DU LIVRE DE BELLO lllJ
tables maîtres de ces biens, puisqu'ils les possèdent en vertu de la volonté de leurs anciens propriétaires.
3" Pour ces raisons, ils ne sont pas même obligés de réparer les dommages qu'ils ont causés : ils peuvent donc prendre sur les biens des ennemis tout au moins l'équivalent des dépenses qu'ils ont faites.
4° Enfin, dans un duel entre particuliers, duel volontaire de la part des deux adversaires, il n'y a ni obligation de réparer les dommages causés, ni injustice réelle, par suite de l'accord des deux parties : donc [il en est de même dans notre cas].
De toutes ces raisons, il semble que l'on peut tout au moins conclure qu'une semblable guerre ne crée pas l'obligation de réparer les dommages causés : pour les autres biens, il peut y avoir doute. Néanmoins, il parait fort probable qu'il en est ici comme en matière de jeu : bien que, d'autre part, celui-ci soit inique, si cependant entre les joueurs il n'a été commis aucune injustice, la propriété peut passer de l'un à l'autre sans obligation de rendre : c'est ce qui arrive aussi dans le cas d'un adultère, s'il a été payé.
Mais nous ne nions pas que l'opinion contraire n'ait pour elle la probabilité, sinon la sécurité.
385. — Seconde question (d'après saint Thomas). — La seconde question a été examinée par saint Thomas (i).
Peut-on se servir d'embûches à la guerre ? A quoi l'on peut répondre qu'il est permis de cacher avec soin ses projets, mais non pas de mentir. On peut voir à ce sujet ce que nous avons dit ailleurs (2).
A fortiori doit-on répondre à la question de savoir si dans la guerre il est permis de manquer à un pacte conclu avec les ennemis, que cela n'est pas permis en soi-même, car cela contient une évidente injustice. Aussi si des dommages avaient de cette façon été causés aux ennemis, il faudrait entièrement les réparer.
Il faut toutefois comprendre que, pour cela, il faut que la promesse ait été faite au début, avec l'intention de s'obliger comme en vertu d'un pacte mutuel et honnête : il faut, en effet, qu'elle dure et persiste dans sa force et sa valeur ; car si l'une des parties avait par exemple violé la foi promise, l'autre serait de son côté libérée de sa promesse ; car l'équité demande que l'on sous-entende cette condition ; et il en serait de même, si par suite d'un changement intervenu dans l'objet de l'engagement, celui-ci ne pouvait plus être tenu sans de graves dommages : alors, il faut prévenir l'adversaire que l'on ne peut plus tenir son engagement, et cette déclaration faite, on recouvre sa liberté ; mais cela n'est permis qu'exceptionnellement (8).
385. = (1) Saint Thomas, 2. 2, qu. 40, art. 3 (Voir III» partie, n" 232 à 236). (2) *In materia de occultalione fxdei, disp. XIV, sect. 4. ^3) *Voir : Suarez, lib. 6, Defensionis fidei, cap. 9.
4l3 LE DE BELLO DE SUAREZ
386. — Troisième question {d'après saint Thomas). — La guerre est-elle permise les jours de fête (i ) ?
Oui, s'il y a nécessité. Cajétan ajoute que, si on a pu assister à la messe, ce ne serait pas une faute mortelle de combattre, même sans nécessité ; mais qu'on peut croire que c'est une faute vénielle, à cause de l'inconvenance du fait, surtout si l'on peut le remettre sans inconvénient à plus tard. Sylvestre (2) étend cela au temps du Carême ; mais cela n'est pas entré dans la coutume, ainsi que le fait remarquer la Glose (3).
387. — Quatrième question. — Est-ce une faute pour un prince chrétien d'appeler à son secours des princes infidèles ou de leur prêter son concours dans une guerre juste ?
11 faut remarquer qu'il n'y a en cela aucune faute, puisqu'il n'y a en cela rien qui soit opposé à une vertu quelconque, et l'on en trouve des exemples dans l'Ecriture Sainte (i).
De plus, on peut dans la guerre se servir d'animaux, pourquoi ne pourrait-on pas employer les infidèles ? D'un autre côté, on peut vendre aux infidèles des armes pour une juste guerre : on peut donc aussi leur prêter son concours.
Parfois cependant, cela pourra être contraire à la charité, soit à cause du danger qui en résulterait pour les fidèles, soit parce que, en agissant ainsi, on paraîtrait se défier du secours divin : on en trouve un exemple dans l'Ecriture (2), où le roi Asa est gravement réprimandé et puni, pour avoir demandé le concours d'un roi impie, parce qu'il manquait de confiance en Dieu (3).
386. = (1) *Saint Thomas, 2. 2, qu. XL, art. 4; Suarez, lib. 2, De diebus feslis, cap. 28, num. 7 (Voir III' partie, n" 237 à 240).
(2) *Sylvestre, Summa, v» Bellum, d'après le Décret, 5t nulla (Causa XXIII, qu. VIIT, cap. 15); et cap. unico, De Treuga et pace.
(3) Voir à ce sujet n» 240, note 4,
387. = (1) "/ Eeg., 28, in Davide et Machabaeis, lib. I, cap. 8 et 11.
(2) *IIlib. Paralip., cap. 16.
(3) *Voir Abulensis, I lib. Reg., qu. 17.
Cinquième Section
Le < De Indis > de Victoria