‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 242 sur 277 · Voir sur le même sujet, n" 165, 166 et · texte numérisé non relu

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(2) *Exit edictum à Caesare Augusto ut describeretur universus orbis (Luc, 2) (Voir n" 165, note 1).

(3) Reddite qoce sunt Cœsaris, Caesari (Luc, 20).

(4) *Bartole, In extravagant. Ad reprimendam (= Décrétai. Greg . noni, I, 31, c 8^. — De môme, la Glose, in cap. Per venerabilem : qui fliii sint legitimi [=: Décrétai. Greg. noni, IV, 17, c. 13]. — De môme encore, la Glose, in cap. venerabil. de Electione [= Décrétai. Gy'eg . noni, I, 6, c. 34J.

(5) *Hieronymus, 8, quœsi. 1, inapibus.

5° L'empereur Antonin a dit : « Moi qui suis le maître du monde (6). »

6° On lit dans un canon, que tout appartient au prince (7). On en donne d'autres preuves :

7° Adam d'abord, Noé ensuite paraissent avoir été les maîtres du monde: « Faisons l'homme à notre image et notre ressemblance, (( est-il dit dans la Genèse (8), afin qu'il commande aux poissons de la f mer, aux oiseaux du ciel, et à toute la terre », et aussi : « Croissez et multipliez : remplissez la terre et dominez-la. n La même chose fut répétée à Noé (9) : or, ils ont eu des successeurs.

8° Il faut croire que Dieu a institué dans le monde le meilleur genre de gouvernement ; car, ainsi que le dit le Psalmiste (10) : « Vous avez tout fait avec sagesse. » Or, le meilleur des gouvernements, c'est la monarchie comme Ta démontré saint Thomas (11), et comme semble le penser Aristote (13). 11 semble donc qu'en vertu de l'institution divine, il ne doit y avoir qu'un empereur au monde.

9° Enfin les choses qui ne sont pas naturelles doivent prendre modèle sur celles qui sont naturelles : or, dans la nature, il y a toujours un seul gouverneur : le cœur dans le corps humain, la raison dans l'âme ; donc, sur le globe, il ne doit y avoir qu'un seul gouverneur, de même qu'il n'y a qu'un seul Dieu.

441. — Réponse: Première conclusion. — Mais cette opinion ne repose sur aucun fondement : et l'empereur n'est pas le maître du monde : telle est ma première conclusion.

En effet, la souveraineté ne peut exister que de droit naturel, de droit divin, ou de droit humain. Or, aucun de ces droits n'a établi l'empereur maître du monde.

442. — Droit naturel. — En droit naturel, comme Ta dit saint Thomas (i), les hommes sont libres ; ils ne sont soumis qu'à la puissance paternelle et à la puissance maritale. De droit naturel, le père a la puissance sur ses enfants et le mari sur sa femme ; mais il n'y a personne qui ait en vertu du droit naturel l'empire du monde. Comme le dit encore saint Thomas (2), la puissance et la prédominance ont

{Q)*Ad Rhodi., I, deprecatio.

(7) *L. bene a Zenone, Gode, de quad. praescrip. [= Code Just., VII, 37, loi 3] .

(8) Faciaraus hominem ad imaginem et similitudinem nostram ut praesit piscibus maris, et volatilibus cœli, universsB queterra^.. Crescile et multiplicamini et replète terram et subjicite eam {Genèse, i).

(9) *Genèse, 8.

(10) *PsaL 103 : Omnia ia sapientia fecisti.

(11) *Saint Thomas, De regim. princip., lib. I, cap. 2.

(12) 'Polit., 3.

442. = (1) *Saint Thomas, 1, qu. 92, art. 1, ad 2, et qu. 96, art. 4. (2) 'Saint Thomas, 2. 2, qu. 10, art. 10.

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été introduites par le droit liumain : elles ne sont donc pas de droit naturel ; et il n'y a pas de raison pour que la suprématie appartienne plutôt aux Germains qu'aux Français. D'après Aristote (3), il y a deux puissances : l'une naturelle, celle de la famille, du père sur les enfants ou du mari sur la femme ; l'autre civile ; celle-ci prend aussi sa source dans la nature ; et à ce point de vue, elle peut être dite de droit naturel, car rhomme est un animal social (4) : mais ce n'est pas la nature, c'est la loi qui la constitue.

443. — Droit divin. — De droit divin, avant la venue du Christ, nous ne voyons pas qu'il y ait eu d'empereur, maître du monde, bien que Bartole (5) réclame ce titre pour Nabuchodonosor, dont il est dit : « Tu es le roi des rois ; le Dieu du Ciel t'a donné la royauté, « le courage, la gloire et l'empire, et tous les lieux habités par les <( fils des hommes (6). » Mais il est certain que Nabuchodonosor n'avait pas reçu l'empire par un décret spécial de Dieu, mais de la manière ordinaire dont les princes l'acquièrent. « Toute puissance vient de Dieu », dit saint Paul (7), et : « C'est par moi que régnent les rois et que les législateurs font de justes lois », est-il écrit dans les Proverbes (8). Et encore Nabuchodonosor n'eut pas légitimement sous sa puissance le monde entier, comme le suppose Bartole ; car les Juifs ne lui étaient pas soumis en droit.

Il est même évident qu'il n'y eut jamais de droit divin un maître du monde entier, car le peuple juif était indépendant de tout pouvoir étranger : il lui était même défendu par la loi d'avoir pour maître un étranger, a Tu ne pourras pas choisir pour roi un homme d'une autre (( nation (9). » Et, bien que saint Thomas semble dire (10) que l'empire fut donné par Dieu aux Romains, à cause de leur esprit de justice, de leur amour de la patrie, et des excellentes lois qu'ils avaient établies, il ne faut pas comprendre cela dans le sens qu'ils avaient *l'empire par suite d'une transmission ou d'une institution divine, mais, comme le dit saint Augustin, que la Providence divine avait voulu qu'ils obtinssent l'empire du monde par un autre moyen, comme le droit de la guerre, ou toute autre cause, et non de la même manière que Saul et David, à qui Dieu avait remis la couronne.

On comprendra aisément cela, si l'on considère comment et par

(3) * Polit., 1.

(4) *Saint Thomas, De regim. priticip., lib. I, cap. 1.

(T)) *Bartole, in extravag. Ad reprimendain \=z Décret. Greg. noni, I, 3i, c. 8].

(6) Tu rex regum es, et Deus cœli regnum, fortitudinem, gloriam et imperium dédit tibi et omnia in quibus habitareat fliii homiaum {Daniel, 9).

(7) Omnis poteslas a Deo est {Ad Rom., 13).

(8) Par me reges régnant, et legum conditores justa décernant {Prov,, 8).

(9) Non poteris alterius gentis hominem regem facere (Z)euf., 17).

(10) "Saint Thomas, De regim. princ., lib. 3, cap. 4 et 5.

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quelle suite de faits les empires et les royaumes se sont perpétués jusqu'à nos jours. Laissant de côté les temps antérieurs au déluge, il • est certain qu'après Noé, le monde fut divisé en diverses provinces et divers royaumes, soit sur l'ordre de Noé lui-même, qui survécut au déluge pendant 260 années (11) et envoya des colonies en différentes régions (12) ; soit, ce qui est plus vraisemblable, du consentement mutuel des familles, qui s'attribuèrent des provinces différentes, ainsi qu'il arriva pour Loth et Abraham.

(( Abraham dit à Loth : Voilà toute la terre devant toi ; si tu te « diriges vers la gauche, j'irai vers la droite; si tu choisis la droite, « j'irai vers la gauche (i3). »

C'est ainsi, dit la Genèse (ili), que furent divisées entre les descendants de Noé les régions et les nations. Dans quelques-unes d'entre elles, des maîtres imposèrent leur tyrannie, comme Nemrod, dont la Bible (i5) nous dit qu'il fut, le premier, puissant sur la terre. Dans d'autres, ceux qui s'étaient réunis pour constituer un Etat furent d'accord pour mettre à leur tête un chef. C'est ainsi, ou d'une manière peu différente, que commencèrent à se créer dans le monde les souverainetés ou les empires et dans la suite, par droit d'hérédité ou en vertu du droit de guerre ou à d'autres titres, ils se sont modifiés jusqu'à notre temps ou du moins jusqu'à la venue du Sauveur. Ce qui montre que nul avant le Christ n'eut, de droit divin, l'empire du monde, et que ce n'est pas à ce titre qu'aujourd'hui l'empereur pourrait s'attribuer la souveraineté sur le globe, ni par conséquent sur les barbares.

Mais après la venue du Sauveur, on pourrait prétendre que, par transmission du Christ, il n'y aurait qu'un souverain au monde, parce que le Christ était, même au point de vue humain, le maître du monde, selon la parole de saint Mathieu : « Toute puissance m'a été donnée, etc. » (16), parole qui, selon saint Augustin et saint Jérôme, doit s'entendre au point de vue humain. « 11 a tout soumis sous ses pieds », dit également l'apôtre (17). Donc, de môme qu'il a laissé sur la terre un vicaire dans l'ordre spirituel, ainsi il en a laissé un dans l'ordre temporel, et c'est l'empereur. Et saint Thomas (18) dit que, dès

(11) "Genèse, 9.

(12) 'Berosus, Babyloniens.

(13) Abraham dixit ad Lotli : « Ecce universa terra coram te est ; si ad sinis- Iram iris, ego dextram tenebo ; si tu dextram elegeris, ego ad sinistram pergam » {Genèse, 13).

(14) *Genèse, 10.

(15) *Genèse, 10.

(16) Data est mihi omnis potestas {Math., 28).

(17) Omnia subjecit sub pedibus ejus {Ad Corinth., I, 15).

(18) *Saint Thomas, De Regim. princip., lib, 3, cap. 13.

sa naissance, le Christ était le vrai maître, le monarque du monde, dont Auguste, sans le savoir, remplissait les fonctions. Il est bien clair qu'il n'en remplissait pas les fonctions dans l'ordre spirituel, mais l'ordre temporel. Or, comme, si le royaume du Christ était temporel, il s'étendait à tout l'univers, Auguste était le maître du monde et ses successeurs le sont pour la même raison.

Mais on ne peut en aucune façon parler ainsi ; d'abord parce qu'il n'est pas du tout certain que le Christ ait été, au point de vue humain, le maître temporel du monde. 11 est fort probable que non, et le Seigneur paraît l'avoir affirmé quand il a dit : « Mon royaume n'est « pas de ce monde (19). » C'est pourquoi saint Thomas dit au même endroit que la puissance du Christ tendant au salut des âmes et aux biens spirituels s'étendait aux choses temporelles en tant qu'elles se rapportaient aux choses spirituelles.

D'où il résulte que l'opinion de saint Thomas n'est pas que son pouvoir était du même ordre que le pouvoir civil et temporel, mais bien que, en vue de la rédemption du monde, il avait une puissance absolue, même sur les choses temporelles : alors que, en dehors de cette fin, il n'en avait aucune. En outre, en admettant même qu'il ait été le maître temporel du monde, c'est rendre un oracle que de dire qu'il a transmis cette puissance à l'empereur, alors que dans aucun passage de l'Ecriture, il n'en est fait mention. Quant à ce que dit saint Thomas, qu'Auguste remplissait les fonctions du Christ, il le dit en Tendroit dont on a parlé ; mais dans la troisième partie de la Somme^ où il traite doctrinalement la question de la puissance du Christ, il ne fait aucune mention de cette puissance temporelle. En second lieu, saint Thomas veut dire qu'il remplissait les fonctions du Christ dans la mesure où la puissance temporelle est soumise à la puissance spirituelle et la sert. Dans ce sens, les rois sont les ministres des évêques, de même que l'art de l'ouvrier est soumis à celui du chevalier ou du militaire : ce qui ne signifie pas que le militaire ou le capitaine soit ouvrier lui-même, mais qu'il donne des ordres à l'ouvrier pour la fabrication de ses armes. Le même saint Thomas, à propos d'un passage de saint Jean, dit expressément que le règne du Christ n'était pas temporel, ni un règne tel que Pilate le comprenait, mais un règne spirituel, ce que le Seigneur déclara lui-même : « Tu dis, avec raison, que je suis Roi ; si je suis né et venu dans le « monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité (20). » Ainsi qu'on le voit clairement, c'est une pure fiction de dire que par transmission du Christ, il n'y a qu'un seul empereur, maître du monde.

(19) Regnum meum non est de hoc mundo {Joann., XVIÏI, 36).

(20) Tu dicis quia Rex sum ego : ego in hoc natus sura et ad hoc veni inmundum ut testimoDium perhibeam veritati {Joann., XYIII, 37).

Cela est d'ailleurs pleinement confirmé par les faits. Si, encfîet, de droit divin, il n'y avait qu'un empereur, comment l'empire aurait-il été divisé en empire d'Orient et empire d'Occident? D'abord, entre les fils de Constantin le Grand, et ensuite par le pape Etienne qui transféra aux Germains l'empire d'Occident (21). C'est un manque de sens et d'érudition que de dire, comme la Glose, qu'il n'y a pas eu ensuite d'empereurs grecs. Jamais, en effet, les empereurs germains n*ont prétendu être à ce titre les maîtres de la Grèce et, au concile de Florence, Jean Paléologue, empereur de Constantinople, a été considéré comme empereur légitime. De plus, le patrimoine de l'Eglise, comme le reconnaissaient les juristes, Bartole compris, n'est pas soumis à l'empereur : si de droit divin tout était soumis à l'empereur, jamais ces biens n'auraient pu, ni par une donation de Tempereur, ni à un autre titre, être soustraits au domaine de l'empereur, de même que le pape ne peut soustraire personne à la puissance papale (23).

Ni le royaume de France, ni celui d'Espagne ne sont soumis à l'empereur, bien que la Glose ajoute, de sa propre autorité, qu'ils sont indépendants en fait, mais non endroit.

Les mêmes docteurs admettent que des villes qui furent autrefois soumises à l'empire ont pu, par prescription, devenir indépendantes : ce qui ne pourrait être, si leur dépendance de l'empire était de droit divin.

444. ~ Droit humain. — Il est évident que l'empereur n'est pas maître du monde en vertu du droit humain : en effet, ce ne pourrait être que par l'autorité d'une loi ; or il n'y a aucune loi de ce genre ; et s'il y en avait une, elle n'aurait aucune valeur, car une loi présuppose une juridiction : si donc avant la loi, l'empereur n'avait pas le monde sous sa juridiction, aucune loi n'a pu obliger ceux qui n'étaient pas ses sujets. Mais d'autre part, l'empereur n'a acquis la souveraineté, ni par succession légitime, ni par donation, ni par échange, ni par acquisition, ni par juste guerre, ni par élection, ni par quelque autre moyen légal. Donc jamais l'empereur ne fut le maître du monde entier.

445. — Seconde conclusion. — M|me si l'empereur était le maître du monde, il ne pourrait pas pour cela s'emparer des provinces des barbares, leur imposer de nouveaux maîtres et déposer les anciens, ou percevoir des impôts. Car ceux mêmes qui attribuent à l'empereur la souveraineté du globe ne disent pas que l'empereur soit souverain au point de vue de la propriété, mais seulement au point de

(21) *Can. Venerabilem, de Electione (— Décrétai. Greg. noni, I, 6, c. Si"].

(22) *Can. P«?r venerahilem [=. Décrétai. Greg. noni, IV, 17, c. 131 .

vue de la juridiction ; or un tel droit ne s'étend pas jusqu'à s'attribuer des provinces, ni jusqu'à donner à son gré des villes fortes, ou même des propriétés.

De tout ceci il résulte qu'en vertu de ce titre, les Espagnols ne peuvent aucunement s'emparer de ces provinces.

Second titre illégitime (i).

446. — Un second titre qu'on invoque et que l'on revendique énergiquement pour justifier l'occupation de ces régions concerne le souverain pontife. On dit en effet que le souverain pontife est monarque, même temporel, dans le monde entier : que, par suite, il a pu constituer les rois d'Espagne princes de ces barbares, et que c'est en fait ce qui a eu lieu.

C'est une opinion soutenue par quelques jurisconsultes que le pape a, en matière temporelle, pleine juridiction sur toute la terre : ils ajoutent même que le pouvoir de tous les princes temporels provient du pape (2). Sylvestre dit des choses étonnantes à ce sujet : par exemple, que la puissance de l'empereur et de tous les autres princes leur est déléguée et qu'ils la tiennent du pape, qu'elle leur vient de Dieu par l'intermédiaire du pape ; que Constantin a donné un territoire au pape, comme constatation de son pouvoir temporel, et que de son côté, le pape a donné à Constantin l'exercice et le bénéfice de l'empire ; bien plus, il dit que Constantin n'a rien donné, mais simplement restitué ce qui avait été enlevé, et que si le pape n'exerce pas la juridiction temporelle en dehors du patrimoine de l'Eglise, ce n'est pas parce qu'il lui manque l'autorité nécessaire, mais parce qu'il veut éviter le scandale à cause des Juifs et protéger la paix, et une foule d'autres choses encore plus vides et plus absurdes. Tout ce qu'ils trouvent à donner comme preuve est ceci : « Au Seigneur appartient la terre dans toute sa plénitude (3) » ; puis : a Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre (4) » ; et encore : « Le Christ s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort (5). » — Or, ajoutentils, le pape est le Vicaire de Dieu et du Christ.

Bartole (6) partage cette opinion, et il semble que saint Tho-

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