Voir à ce sujet 0"^ 1G7, 346 et
(2) *Ainsi parle Hostiensis, cap. (/uod, super his, de Voto (=r Décrétai. Greg. noni, 111, 34, c. 8] ; et l'arehevOque (saint Antonin), 3» parte, lit. 22, cap. 5, § 8. De môme aussi Sylvestre, qui beaucoup trop facilement el trop largemen, attribue cette puissance au pape, au mot : Infîdelilas, § 7, au mot : Papa, § 7, 10, H, et 14 ; et au mot : Legitimus, § 4.
(3) Domini est terra et plonitudo ejus {Psal. XXIII).
(4) Data est omnis polestas in ca'Io et in terra (Aîatt., XXVIII, 18). (5)Chrislus faclus est pro iiobis obediens usque ad mortcm (ad Philip., II. 8). (6) *Bartole. exlrav. Adreprimendam [= Décrétai. Greg. noni, I, 3i, c. S\.
mas (7) ne lui soit pas oppose quand il dit que le pape porte un double diadème, celui de la puissance spirituelle et celui de la puissance temporelle. On donne la même opinion dans l'ouvrage d'ilcrveus sur le pouvoir de l'Eglise.
Partant des idées qui précèdent, voici ce que disent les auteurs qui défendent cette opinion.
1° Le pape, comme souverain temporel suprême, avait pleins pouvoirs pour établir les rois d'Espagne comme princes des barbares. 2'* En admettant que cela ne soit pas possible, il n'en est pas moins vrai que si les barbares ne veulent pas reconnaître la puissance temporelle du pape sur eux, on peut, pour ce motif, leur déclarer la guerre et leur imposer des princes.
Et les deux choses, ajoutent-ils, se sont produites. Car, d'une part, le souverain pontife a donné ces territoires aux rois d'Espagne. D'autre part, on a fait savoir et signifié aux barbares que le pape est le Vicaire de Dieu et qu'il tient sa place sur la terre ; qu'ils devaient par conséquent le reconnaître comme leur supérieur ; faute de quoi, on aurait un juste motif de leur faire la guerre et de s'emparer de leurs provinces (8).
447. — Réponse, — Gomme j'ai déjà longuement discuté de la puissance temporelle du pape dans les leçons sur le pouvoir de l'Eglise, je répondrai ici par quelques brèves propositions.
Première proposition. — Le pape n'est pas le maître civil ou temporel du monde entier, si l'on prend dans leur sens exact les mots propriété et pouvoir civil (i). Le très savant pape Innocent reconnaît qu'il n'a pas de puissance sur le royaume de France (2). C'est aussi l'avis très net de saint Bernard (3).
L'opinion contraire semble opposée au précepte du Seigneur : « Vous savez que les princes des nations leur commandent ; qu'il n'en (' soit pas ainsi entre vous (4) » ; et au commandement de l'apôtre Pierre : « Ne commandez pas aux clercs, mais soyez comme un troupeau (5). »
Si le Christ n'a pas eu la puissance temporelle et, nous l'avons
(7) 'Saint Thomas, m fine secundi Sententiarum^ cujus ultima verba sunt iu solutiono ad quarlum argumentum.
(8) *Cela est conforme, ainsi qu'on l'a vu plus haut, à ce que disent Hostiensis et la Somme Angélique.
447. = (1) *Conf. Turrecremata, lib. 2, c. 113 ; Joannès Andréas, et Hugo, 69, dist. cum ad verum.
(2) 'Innocent, in can. per venerabilem [— Décrétai. Greg. noîii, IV, 17, c. 13].
(3) 'Saint Bernard. De confid. ad Eugen., lib. II.
(4) Scitis (juia principes gentium dominantur eonim,..,. non ita erit inter vos (Matt., 20; Luc, 22).
(5) Non dominantes in clerum, sed forma facti gregis [Pet. 1 c. ult). Vanderpol 29
montré plus haut, il est très probable qu'il ne l'a pas eue, le pape, c'est l'avis même de saint Thomas, l'a moins encore, n'étant que son vicaire.
On attribue au Souverain Pontife une chose qu'il n'a jamais reconnu lui appartenir : loin de là, en beaucoup de cas, il a déclaré le contraire comme il a été dit dans la présente leçon.
Gomme on l'a fait plus haut pour l'empereur, on peut le prouver pour le pape : en effet, la souveraineté ne pourrait lui venir que du droit naturel, du droit divin, ou du droit humain : il est certain qu'il ne la tient ni du droit naturel, ni du droit humain ; on ne donne aucune preuve qu'il Tait en vertu du droit divin : donc c'est à faux et de parti-pris qu'on Taffirme.
I. — Ce que le Seigneur a dit à Pierre : « Pais mes brebis » (6), montre assez qu'il s'agit d'une puissance spirituelle et non d'une puissance temporelle. De plus, il est évident que le pape n'est pas pape pour toute la terre. Le Seigneur a dit lui-même qu'à la fin des siècles, il n'y aurait plus « qu'un seul troupeau et un seul pasteur » (7), ce qui montre qu'actuellement toutes les brebis ne font pas partie du même troupeau.
II. — En supposant même que le Christ ait eu cette puissance, il est certain qu'il ne l'a pas transmise au pape ; celui-ci, en effet, est vicaire du Christ, aussi bien dans le domaine spirituel que dans le domaine temporel ; mais le pape n'a pas de juridiction spirituelle sur les infidèles, comme nos adversaires eux-mêmes le reconnaissent et comme le montrent les paroles de l'apôtre : « En quoi m'appar- « tient-il de juger ceux qui me sont étrangers? » (8). Il en est de même de la juridiction temporelle. Et c'est certainement un argument sans valeur que celui-ci : « Le Christ a eu la puissance tempo- « relie sur le monde entier, donc le pape l'a également » ; car sans doute le Christ a eu la puissance spirituelle sur le monde entier, sur les infidèles comme sur les fidèles ; il a pu faire des lois obligatoires pour tout le monde, comme II l'a fait pour le baptême et les articles de foi. Cependant le pape n'a pas cette puissance sur les infidèles : il ne peut ni les excommunier, ni prohiber entre eux les mariages aux degrés indiques par le droit divin.
ni. — Enfin, puisque, selon l'opinion des docteurs, le Christ n'a pas même remis aux apôtres sa puissance dans toute son excellence, on ne peut tirer cette conséquence que si le Christ a eu la puissance temporelle sur le monde entier, le pape Ta nécessairement aussi.
(6) Pasce oves meas {Joann.^ XXI, i7).
(7) Fiet unum ovile et unus paslor {Joatin., X, 16).
(8) Ouid ad me de his qui foris sunt judicare ? (Ad Counth., 1,5),
DES INDIENS A5l
448. — Seconde proposition. — En admettant même que le pape ait une telle puissance temporelle sur le monde entier, il ne pourrait la donner aux princes séculiers. Gela est évident : car cette puissance serait une prérogative de la papauté, et le pape ne pourrait la détacher de la charge du souverain Pontificat; il ne pourrait en priver son successeur ; car un souverain pontife ne peut avoir une puissance inférieure à celle de son prédécesseur, et si un souverain pontife avait fait un tel abandon, ou il serait nul, ou son successeur aurait le droit de l'annuler.
449. — Troisième proposition. — Le pape a une puissance temporelle dans Tordre des choses spirituelles, c'est-à-dire en tant que cela est nécessaire à l'administration des choses spirituelles. C'est l'opinion de tous les docteurs (i).
En effet, ce qui tend à une fin supérieure ordonne et commande à ce qui concerne des fins inférieures (2). La fin de la puissance spirituelle, c'est la félicité suprême ; la fin de la puissance civile, c'est la félicité politique ; donc la puissance civile est soumise à la puissance spirituelle (3).
Voici qui le confirme : quand on confie à quelqu'un le soin de remplir un office, on lui donne par cela même le droit de faire tout ce qui est indispensable pour bien remplir cet office (4). Or, c'est par mandat du Christ que le pape est le Pasteur spirituel, et comme la puissance civile pourrait l'empêcher de remplir ce mandat, comme, d'autre part, Dieu et la nature ne peuvent faire défaut dans les choses nécessaires, il s'ensuit que sans aucun doute le pouvoir lui a été laissé dans les choses temporelles, dans la mesure où il lui est nécessaire pour le gouvernement spirituel. Pour cette raison, le pape peut briser les lois civiles qui alimentent le mal, comme il a brisé les lois sur la prescription de mauvaise foi : pour cette même raison, il peut aussi, lorsque des princes sont en désaccord au sujet de leur droit sur quelque royaume et se ruent à la guerre, être juge, connaître du droit des parties, et porter une sentence que les princes sont tenus d'accepter, de peur qu'il ne s'ensuive de grands maux spirituels, comme cela arrive inévitablement par suite des guerres entre princes chrétiens. Et si le pape ne le fait pas, ou s'il ne le fait pas souvent, ce n'est pas parce qu'il ne le peut pas (5), c'est parce qu'il veut éviter le scandale qui se produirait dans le cas où ces princes penseraient qu'il