Conf. Turrecremata, lib. II, c
(2) *Aristote, Ethic, 1.
(3) 'Conf. Innocent, in c. solitx, de majori et obedient [— Décrétât. Greg . noni, I, 33, c. 6].
(4) *De officiorumdelegatione, cl.
(5) ^Comme le dit Durand.
452 LE DE INDIS DE VICTOUI.V
agit par ambition, ou parce qu'il craint qu'ils se révoltent contre le Saint-Siège. Pour la même raison, le pape peut parfois déposer les princes et en établir de nouveaux, ainsi qu'il l'a fait quelquefois. Et certes aucun chrétien ne pourrait légitimement refuser ce pouvoir au pape (6). C'est dans ce sens qu'il faut comprendre ce que l'on dit et ce qu'ont dit les plus anciens docteurs, que le pape possède u le pouvoir des deux glaives (7). »
Il y a plus : je ne doute pas que les évoques aient dans leurs diocèses l'autorité temporelle de la même manière et pour la même raison que le pape dans le monde. D'où il résulte qu'ils parlent mal et agissent mal, ceux qui, princes ou magistrats, cherchent à empêcher les évêques d'infliger aux séculiers des peines pécuniaires, ou l'exil, ou toutes autres peines temporelles pour les empêcher de mal faire. Cela en effet n'excède pas leur pouvoir, à condition qu'ils ne le fassent pas par avarice et dans leur intérêt, mais par nécessité et pour le bien des âmes.
Et je trouve là encore un argument en faveur de ma première conclusion : à savoir que si le pape était le maître temporel du monde, il en serait de même de l'évêque dans son diocèse ; car dans son diocèse, il est aussi vicaire du Christ. Cependant nos adversaires n'admettent pas cette conclusion.
450. — Quatrième conclusion. — Le pape n'a aucun pouvoir temporel sur ces barbares, ni sur les autres infidèles. Cela résulte des conclusions précédentes ; car le pape n'a de puissance temporelle que dans l'ordre des choses spirituelles ; mais dans ce cas, il n'a pas de puissance spirituelle (i) ; donc il ne peut avoir de puissance temporelle.
451. — Corollaire. — 11 résulte de ce qui précède que, même si les barbares ne veulent pas reconnaître une souveraineté quelconque du pape, on ne peut pour cette raison leur déclarer la guerre et s'emparer de leurs territoires.
Cela est évident ; car le pape n'a sur eux aucune souveraineté de ce genre.
Et il y a de cela des preuves manifestes.
I. — Car, comme nous le verrons plus loin et comme nos adversaires le reconnaissent, on ne peut déclarer la guerre aux barbares, ni leur faire subir aucun mal, pour la seule raison qu'ils refusent de reconnaître le Christ pour leur Seigneur. Alors c'est tout ce qu'il y a de plus a])surde de dire qu'ils peuvent impunément ne pas accepter
(6) *<:onf. Palud. et Durand, Uc potcsiale Kcclesicr, e\ Henri Gand , Quodiibet 6, art. 2:3.
(7) De même saint Thomas, iii 2 ScnliUitiarum 450. = (I) Ad Corinlh., I, 5.
le Christ, mais qu'ils sont tenus d'accepter son vicaire ; et que s'ils ne le font pas, on peut les y contraindre par la f,'uerro, les dépouiller de leurs biens, et leur infliger nicnic des sup[)Iices.
II. — Connue nos adversaires le reconnaissent, la raison pour laquelle, si les barbares refusent de recevoir le Christ et de croire en Lui, on ne peut les y contraindre, c'est qu'on ne peut leur démontrer évidemment par des raisons naturelles la vérité de la foi ; mais on peut bien moins encore leur démontrer la souveraineté du pape : donc ils ne peuvent pas non plus être contraints à reconnaître cette souveraineté.
ÏII. — Sylvestre, qui traite très longuement la question du pouvoir du pape, soutient expressément (i), contre Ilostiensis, que l'on ne peut obliger les infidèles à reconnaître ce pouvoir, ni, pour ce motif, leur faire la guerre, ouïes dépouiller de leurs biens. C'est aussi l'avis d'Innocent (2) et de saint Thomas (3). qui dit que les infidèles ne peuvent être dépouillés de leurs biens, sauf ceux qui sont soumis aux princes temporels, qui le peuvent pour des causes légitimes prévues par les lois et applicables à tous les autres sujets.
IV. — Jamais les Sarrasins n'ont été dépouillés de leurs biens, jamais ils n'ont supporté quelque préjudice de la part des chrétiens pour ce motif. Car soutenir que ce titre est suffisant pour déclarer la guerre, c'est la même chose que de dire qu'on peut dépouiller les infidèles à cause de leur infidélité, car il est bien certain qu'aucun infidèle ne reconnaît cette souveraineté : cependant, aucun docteur, même parmi nos adversaires, ne soutient que l'on ait le droit de les dépouiller au seul titre d'infidélité. C'est donc du pur sophisme de dire comme on le fait : si les infidèles reconnaissent la souveraineté du pape, on ne peut pas leur faire la guerre ; mais on peut la leur faire s'ils ne la reconnaissent pas : en réalité, il n'y a aucun infidèle qui la reconnaisse.
452. — Résumé. — D'où il résulte que ce titre n'a aucune valeur contre les barbares (i), et que les chrétiens n'ont pas une juste cause de leur faire la guerre, soit parce que le pape aurait donné ces territoires en qualité de maître absolu, soit parce que les barbares ne reconnaissent pas sa souveraineté.
C'est l'avis de Cajétan (2) ; quant à l'autorité des canonistes qui professent une opinion contraire, elle ne doit pas beaucoup nous