‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 246 sur 277 · Saint Thomas, 2. 2, qu. lU, art · texte numérisé non relu

Saint Thomas, 2. 2, qu. lU, art

(2) Qui autem sic sunt infidèles damnantur quidem propter alia peccata. sed non propter peccatum inlldelitatis (2. 2, qu. 10, art. 1).

(3) 'Joann., 15, 22.

(4) 'Saint Thomas, 2. 2, qu. 10, art. 6, et qu. 34, art. 2, ad 2.

(5) 'Altisiodorensis Parisiensis), 3' parte, in qu. Ulrum fidei possit subesse falsum.

mortel de croire quelque chose de contraire aux articles de foi (()). Il dit qu'en général rignorancc du droit divin n'excuse personne. C'est aussi l'opinion du parisien Guillaume qui argumente de la même façon. Ou Ton fait tout son possible et on est éclairé : ou on ne le fait pas, et l'on n'est pas excusable. C'est égalcuicnt l'avis de Gerson (']) : « Tous les docteurs s'accordent, dit-il, à reconnaître qu'il n'y a pas u d'ignorance invincible en ce qui concerne les clioses qui sont de « droit divin ; Dieu aide toujours celui (jui fait tout son possible pour « savoir ; il est toujours prêt à éclairer l'esprit autant qu'il est néces- « saire pour éviter l'erreur et faire son salut. « Hugo (8) dit que personne n'est excusé par ignorance de l'obligation de recevoir le baptême : car, s'il n'y avait pas de sa faute, il pourrait écouter et savoir. Il cite à ce sujet l'exemple de Cornélius (9).

Adrien (10) fait des réserves à l'égard de cette opinion et de celle proposition : « Il faut, dit-il, faire une distinction parmi les choses (( qui sont de droit divin. Il y en a dont Dieu n'impose pas la con- « naissance à tous universellement : ainsi, les subtilités du droit « divin, les difficultés qui naissent à son sujet, ou au sujet de l'Ecri- (( ture sainte et des commandements : sur ces points, il peut y avoir (( ignorance invincible, même si l'on fait tout son possible. Il y en a « d'autres à la connaissance desquelles Dieu oblige tous les hommes, (( comme les articles de foi, les préceptes universels de la loi ; pour « ceux-ci, il est vrai, comme les docteurs le disent, que l'ignorance (( invincible n'est pas une excuse. Si quelqu'un, en effet, fait tout son « possible pour savoir, Dieu l'éclairera, soit par une lumière inté- (( rieure, soit par une lumière extérieure. »

Néanmoins la conclusion que nous avons posée semble être absolument dans les idées de saint Thomas.

Des hommes qui n'ont jamais rien entendu à ce sujet, bien qu'ils soient d'une autre façon pécheurs, ignorent invinciblement : donc leur ignorance n'est pas une faute. Cela résulte évidemment de la parole de l'apôtre : « Comment croiront-ils en Jésus-Christ s'ils n'entendent pas parler de lui ; comment entendront-ils parler de lui, si personne ne le leur prêche ? (11) » Si donc on ne leur prêche pas la foi, ils ignorent invinciblement, puisqu'ils ne peuvent savoir. Saint Paul

(6) Il prend comme exemple le cas d'une vieille femme a qui un évêque prêcherait contrairement à un article de foi.

(7) *Gerson, De spirituali vila animœ^ lect. 4.

(8) *Hugo de Sancto Victore, iib. 2, p. 9, c. 5.

(9) "Actes des Ap., 10.

(10) •Adrien, Quodlibet, qu. 4.

(11) Quomodo crederent nisi audiant ; quomodo autem audient sine praedicante (Ad Rom., 10, 14).

ne condamne pas les infidèles parce qu'ils ne font pas leur possible pour être éclairés par Dion ; mais parce que, après avoir entendu, ils n'ont pas cru. a N'ont-ils pas entendu, dit-il ? Et cependant sur toute la terre la parole a retenti (12). » 11 les condamne parce qu'ils n'ont pas cru, alors que l'Evangile a été prêché par toute la terre : autrement il ne les condamnerait pas pour ce motif, quels que soient d'ailleurs leurs autres péchés.

457. — Erreur d'Adrien. — Adrien commet sur un autre point une erreur au sujet de l'ignorance. 11 dit en effet, au même endroit, que, même en matière de mœurs, si quelqu'un apporte tous ses soins et fait toute diligence pour savoir ce qu'il faut connaître, cela ne suffit pas pour excuser son ignorance, si, par le regret de ses fautes, il ne se dispose pas à recevoir la lumière de Dieu : de telle sorte que, si quelqu'un a des doutes au sujet d'un contrat, et si, se renseignant auprès des hommes instruits, il travaille d'ailleurs afin de connaître la vérité et croit un acte licite, il n'est pas excusé, si par hasard l'acte n'est pas licite et qu'il l'ait accompli, dans le cas où il serait en état de péché : car il n'a pas fait tout son possible pour vaincre son ignorance ; et bien qu'il puisse arriver que, même s'étant disposé à la grâce, il ne soit pas éclairé, cependant il n'est pas excusé, s'il n'a pris soin de faire disparaître cet obstacle, c'est-à-dire le péché. — Alors, si au sujet d'un même cas, d'une même convention, Pierre et Jean ont des doutes ; s'ils apportent l'un et l'autre le même soin à se renseigner et croient tous deux le contrat licite ; si Pierre est en état de grâce et Jean en état de péché, l'ignorance de Pierre sera invincible et celle de Jean vincible ; et si tous deux réalisent la convention, Pierre sera excusé, mais non pas Jean. Adrien, dis-je, se trompe sur ce point, comme je l'ai longuement démontré ailleurs (i). Ce serait une chose étonnante de soutenir qu'en matière de droit divin, il ne peut y avoir ignorance invincible chez l'infidèle ou chez quiconque est en état de péché mortel. Il en résulterait que l'ignorance de Pierre, au sujet d'une question d'usure ou de simonie, qui était invincible quand il était en état de grâce, deviendrait vincible, tout simplement parce qu'il aurait commis un péché mortel : ce qui est absurde.

458. — De l'ignorance invincible. — Je dis donc que, pour que l'ignorance puisse être imputée à faute, qu'elle constitue un péché, qu'elle soit vincible, il faut qu'il y ait eu une négligence en la matière ; par exemple, qu'on n'ait pas voulu écouter ou qu'on n'ait pas voulu croire celui que l'on écoutait.

Au contraire, pour qu'il y ait ignorance invincible, il suffit que

(12) Numquid non audierunl ? Et quidem in omnem terram exivit sonus eorum (76., 18).

457. =(1) ^Commentaires sur la Somme de saint Thomas, 1. 2, De Ignorantia.

l'on ait mis à savoir toute la diligence dont un homme est capable , que l'on soit ou non en état de gr;lce.

Il faut juger cette question de l'état de grâce et de l'état de péché, pour les temps actuels, comme on le ferait pour les temps qui ont suivi la venue du Christ ou sa Passion. Adrien ne pourrait nier que, peu de temps après la Passion du Seigneur, les Juifs qui habitaient l'Inde ou l'Espagne ignoraient invinciblement la Passion, même s'ils étaient en état de péché : il le reconnaît d'ailleurs lui-même (i).

Et il est certain que les Juifs absents de la Judée, qu'ils fussent ou non en état de péché, étaient dans l'ignorance invincible au sujet du baptême ou de la foi au Christ. Si sur ces points leur ignorance pouvait alors être invincible, il en est de même aujourd'hui pour ceux auxquels on n'a pas annoncé le baptême.

L'erreur de ces docteurs, c'est de croire que si nous admettons l'ignorance invincible relativement au baptême ou à la foi au Christ, il s'ensuit que l'on peut être sauvé sans baptême, ni foi au Christ. Cela ne s'ensuit pas. Les barbares auxquels on n'a pas encore annoncé la foi, ni la religion chrétienne, seront damnés pour leurs péchés mortels, pour leur idolâtrie, mais non pour le péché d'infidélité, comme le dit saint Thomas (2). S'ils font tout leur possible pour bien vivre selon la loi naturelle, Dieu interviendra et les éclairera au sujet du Christ et de son nom : il ne s'ensuit pas cependant que s'ils vivent mal. Il leur impute comme une faute leur infidélité ou leur ignorance relativement au baptême et à la foi au Christ.

459. — Seconde proposition. — Les barbares ne sont pas tenus de croire aussitôt qu'on leur fait connaître la foi chrétienne ; il ne suffit pas, pour qu'ils pèchent mortellement en ne croyant pas, qu'on leur ait simplement annoncé et exposé que la vraie religion est la religion chrétienne, que le Christ est le sauveur et le rédempteur du monde, sans qu'il y ait eu des miracles, ou une autre preuve, ou une chose quelconque capable de les persuader. Cette proposition résulte de la précédente.

Si, en effet, les barbares étaient excusables alors qu'ils n'avaient rien entendu dire de la religion du Christ, ils ne sont pas obligés de croire par suite d'une simple exposition, d'une annonce qui n'est pas en elle-même un argument ou un motif de croire.

1° Bien plus ; ainsi que le dit Cajétan (i), il y aurait témérité et imprudence à accepter une croyance, surtout dans les questions qui concernent le salut, sans savoir qu'elle est affirmée par un homme digne de foi ; or les barbares ne peuvent savoir cela, car ils ignorent

458. == (l) 'Adrien, In materia de observalione legalium, 1* quiestio, ad 4. (2) *Saiiit Thomas, 2. 2, qu. 10, art. 1.

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