‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 247 sur 277 · Gajétan, 2. 2, qu. 1, art · texte numérisé non relu

Gajétan, 2. 2, qu. 1, art

qui et de quelle valeur sont les hommes qui leur proposent cette nouvelle religion.

2° Comme le dit saint Thomas (2), les choses qui sont l'objet de la foi apparaissent à celui qui croit comme dignes d'être crues et sont ainsi vues par lui ; car le fidèle ne croirait pas, s'il ne voyait pas qu'il doit croire, soit à cause de miracles évidents, soit pour une autre raison du même ordre. Donc là où il n'y a eu ni miracle, ni autre chose provoquant la conviction, les barbares ne sont pas obliges de croire.

3" Si en même temps que les chrétiens, les Sarrasins proposaient de la même manière aux barbares d'embrasser leur religion, ceux-ci, il est bien certain, ne seraient pas tenus de les croire : ils ne sont pas davantage tenus de croire les chrétiens, s'ils n'ont pas un motif spécial ou une conviction formée ; car ils ne peuvent savoir et ne sont pas obligés de deviner laquelle des deux religions est la meilleure, tant qu'il ne leur apparaît pas des motifs de plus grande probabilité en faveur de l'une d'elles. « Croire trop aisément est le fait d'un homme léger », dit l'Ecclésiaste (3).

4° « Si je n'avais pas fait de miracles..., ils ne seraient pas coupables » (4), dit saint Jean. Là où il n'y a pas de miracle (5), ni de sérieuses raisons de croire, il n'y a point de faute.

460. — Corollaire. — Il résulte de la proposition précédente que, tant que la foi est proposée aux barbares de cette seule manière, les Espagnols n'ont pas le droit, parce qu'ils refusent de croire, de leur déclarer la guerre et d'user à leur égard du droit de guerre. Cela est évident, attendu qu'ils sont innocents sous ce rapport, et qu'ils n'ont en rien violé le droit des Espagnols. La confirmation de ce corollaire se trouve dans le fait que, ainsi que le dit saint Thomas (i), pour qu'une guerre soit juste, il faut qu'elle ait une cause juste, c'est-à-dire que ceux que l'on attaque à cause d'une faute qu'ils ont commise aient par cette faute mérité d'être attaqués. Aussi saint Augustin dit-il : (( On a coutume d'appeler guerres justes celles qui vengent des « injures, si une ville ou une nation doit être frappée pour n'avoir « pas puni une mauvaise action commise par les siens, ou rendu ce « qui a été injustement enlevé (2). »

(2) *Saint Thomas, 2. 2, qu. 1. art. 4, ad 2. et art. 5, ad i.

(3) *Ecclesiasticus, c. 19.

(4) *Joann., 15.

(5) Acosta, De prom. Evang., lib. IF, cap. IX, reconnall également qu'il n'y a pas eu de miracles, et en donne la raison. ,\u contraire Solorzano. De !nd. jure, lib. II, cap. II, qui écrivait au xvir siècle, en cite des quantités.

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