Saint Thomas, 2. 2, qu. 10, art
(2) ^Innocent, Can. quod super his, de voto [= Décrétai. Greg. noni, III, 34, c. 8J.
(3) Voir no 497, note 4.
(4) *Saint Paul, 1 ad Corinth., 7 ; — Can. quamvis {quanlo), de divoiliis
=Decret. Greg. noni, IV, 19, c. 7],
Vanderpol
Cinquième titre légitime : la tyrannie des chefs ou des lois barbares.
488. — Un cinquième titre pourrait être la tyrannie des chefs barbares ou celle des lois qui causeraient de graves préjudices aux innocents : par exemple, si l'on mettait à mort des innocents, soit dans des sacrifices humains, soit dans l'intention de manger leur chair (i).
Je dis que, même sans faire intervenir l'autorité du pape, les Espagnols peuvent interdire aux barbares toute coutume et tout rite criminel ; car ils peuvent défendre les innocents que l'on veut mettre injustement à mort.
1° Dieu a chargé chacun de nous du soin de son prochain ; or, tous ces hommes sont notre prochain ; chacun a donc le droit de les défendre contre une oppression tyrannique de cette nature, et ce soin regarde tout particulièrement les princes.
2° « Délivrez celui que l'on conduit à la mort et arrachez-le des « mains de ceux qui l'entraînent au supplice (2). » Et cela ne s'entend pas seulement du fait actuel de conduire quelqu'un à la mort, mais on peut obliger les barbares à abandonner de telles coutumes ; et s'ils refusent, on peut, pour ce motif, leur faire la guerre et exercer contre eux les droits de la guerre; si l'on ne peut d'autre façon mettre fin à leurs rites sacrilèges, on peut changer leurs chefs et en nommer de nouveaux. A ce point de vue, il est exact que, ainsi que le dit Innocent et aussi l'Archevêque (3), on peut punir les crimes contre nature. Et ce droit existe même si tous les barbares acceptent des lois et des sacrifices de ce genre et ne veulent pas que les Espagnols les en délivrent; car, en cette matière, ils n'ont pas un droit qui leur permette de se livrer eux-mêmes ou do livrer leurs enfants au supplice. Ceci pourrait donc être un cinquième titre légitime (4).
Sixième titre légitime :
le choix volontaire des barbares.
489. Un autre titre pourrait être le choix sincère et volontaire
488. = (1) Voir à ce sujet : Acosta, De prom. Evang., lib. II, cap. VI ; Soiorzano, Di^ Ind. jure, lib. II, cap. XII ; Las Casas, Assemblée de 1550, in Llorente, I, p. XW et 386; Sepulveda, Apoln^ia, 3° réponse.
(2) Knie eos (|iji ducuntur ad iiiorlom, et qm tiahuntiir ad intoritum liherare ne cesses {f*roo., 24).
(3) Saint Anlonin, archevêque de Florence.
(4) Voir à (e sujet (n» 399) l'observation présentée par De Acosta De prom. Evang . , lib. II, cap. II.
I>ES INIMENS 483
des barbares ; par exemple, si les barbares, appri'ciant la sage administration et la civilisation des Espagnols, demandaient comme prince le roi d'Espagne, et que cela fût à la fois le désir des chefs et celui des sujets : cela pourrait arriver et constituerait un titre légitime, même au point de vue de la loi naturelle. Chaque Etat peut, en elTet, se choisir un maître, et pour cela un consentement unanime n'est pas indispensable : il semble qu'il suffise du consentement de la majorité des membres de l'Etat. Comme je l'ai déjà montré ailleurs, quand il s'agit du bien de l'Etat, ce qui est établi par la majorité de ses membres a force de loi, même s'il y a des opposants : autrement on ne pourrait jamais rien faire d'utile à l'Etat, car il est difficile que tous soient du même avis.
Si donc dans une ville ou une province, il y avait une majorité de chrétiens et si, dans l'intérêt de la religion et en vue du bien commun, ils voulaient avoir un ]i ri r; ce chrétien, je crois qu'ils pourraient l'élire, même contrairement à i'avis des autres, même en abandonnant les autres chefs infidèles ; et je dis qu'ils pourraient élire un prince, non seulement pour eux, mais pour tout l'Etat. C'est ainsi que les Français, dans l'intérêt de l'Etat, ont changé de princes et enlevé la couronne à Childéric pour la donner à Pépin, le père de Charlemagne : ce qui fut approuvé par le pape Zacharie. Voilà donc un sixième titre.
Septième titre légitime :
le droit des alliés ou des amis.
490. — Un autre titre peut être le droit des alliés ou des amis. Quand, en effet, les barbares se font entre eux légitimement la guerre, et qu'un parti victime d'une injustice a le droit de déclarer la guerre, il peut appeler les Espagnols à son aide et leur donner une part des avantages obtenus par la victoire. C'est ainsi, dit-on, que firent les Talcalthédains, qui traitèrent avec les Espagnols pour que ceux-ci les aidassent à combattre les Mexicains, leur offrant de conserver tout ce qui pourrait leur échoir en vertu du droit de guerre.
I** 11 n'est pas douteux que ce soit une juste cause de guerre de prendre parti pour ses amis ou ses alliés (i) : un Etat a toujours le droit d'appeler à son aide des étrangers pour punir des malfaiteurs étrangers, des ennemis.
20 C'est principalement par ce procédé que les Romains ont agrandi leur empire, en prêtant leur concours à leurs alliés et à leurs amis, et en acquérant de nouvelles provinces en vertu du droit de la guerre, qu'ils faisaient justement ainsi. Or l'empire romain est