ARGUMENTS EN FAVEUR DE LA LÉGITIMITÉ DE LA GUERRE
§ 2. — Second argument: L'Évangile.
6. — Mais c'est dans l'Évangile lui-môme que saint Augustin (Ep. 5, AD Marcellinum), et tous les auteurs à sa suite, trouvent la preuve que la guerre n'est pas, d'une manière absolue, interdite aux chrétiens.
Si la doclrine de rÉvangile condamnait absolument toutes sortes de guerres, saint Jean-Baptiste n'aurait point eu d'autre conseil à donner aux soldats qui le consultaient sur ce qu'ils avaient à faire pour se sauver, que de renoncer à la profession des armes ; cependant, il ne leur dit autre chose sinon : « l\e faites ni violence, ni fraude à personne, contentez-vous de votre solde. » Or, dès lors qu'il leur ordonne de se contenter de leur solde, il est clair qu'il ne leur défend pas de porter les armes (i).
Saint Augustin dit également (Gont. Faust., xxii, 75) :
Autrement, lorsque des soldats vinrent trouver saint Jean pour qu'il les baptisât et lui dirent : « Et nous, que devons-nous faire ? », il leur aurait répondu : « Jetez vos armes, quittez votre profession, ne frappez, ne blessez, ne terrassez personne. » Mais parce qu'il savait qu'en accomplissant ces actes comme soldats, ils étaient non des homicides, mais des exécuteurs de la loi, non des vengeurs de leurs propres injures, mais des défenseurs de l'ordre public, il leur répondit : <( i\e frappez personne, n'extorquez rien à qui que ce soit ; contentez-vous de votre solde (2). »
Qu'ils écoutent (3) Jésus-Christ ordonnant de payer à César cette paie dont saint Jean dit que tout militaire doit se contenter : car les
« toutefois le mode actuel a été adopté par l'usage, comme plus facile et plus « naturel, » Il ne serait donc aucunement contraire à la loi naturelle que les nations, jugeant « plus facile et plus naturel » à notre époque de remettre ce pouvoir à une « tierce puissance » (ou à une puissance supérieure telle qu^une Haute cour internationale de justice, qu'elles constitueraient à cet effet), l'instituassent « arbitre, avec pouvoir coercitif. »
6. = (1) Nam si christiana disciplina omnia bella culparet, hoc potius militibus, consilium salutis petenlibus, in Evangelio diceretur, ut abjicerent arma seque militiœ omnino subtraherent. Dictum est autem eis : Neminem concusseritis. Nulli calumniam feceritis. Sufp.ciant vohis stipendia vesira. Quibus proprium stipendium sufflcere debere pra^cepit, militare utique non prohibuit.
(2) Luc, m, 14. A cet argument de saint Augustin, ceux qui, comme les Anabaptistes et les Quakers, n'admettent la guerre en aucun cas, pas même la guerre défensive, répondent que saint Jean-Baptiste fait encore partie de l'Ancien Testament et que par suite ses paroles sont antérieures h l'Kvangile.
11 nous paraît impossible d'admettre que celui qui, d'après saint Luc (1, 76,77), devait « marcher devant la face du Seigneur pour lui préparer des voies et donner au peuple ta science du salut », ait pu, sur une question morale aussi grave, donner des instructions qui auraient été en opposition formelle avec la doctrine du Christ: cela n'aurait pas été préparer, mais obstruer les voies.
(3) Les Manichéens, dont saint Augustin combattait les erreurs.
tributs sont payés pour subvenir à la paie des soldats dont on a besoin pour faire la guerre Ci).
N^ 3. — Troisième argument: L'opinion de VÉçjlise el des Saints.
7. — Ne croyez pas, dit saint Augustin (Ep. 2o5, ad Bomfacium), que Dieu ne puisse voir d'un œil favorable quiconque combat avec les armes guerrières. De leur nombre était le saint roi David à qui Dieu rendit un si glorieux témoignage (i), et aussi ce centurion qui dit au Seigneur : Je ne suis pas digne que vous entriez chez moi (2).
Celle conclusion de soint Augustin a été adoptée par tous les docleurs et les théologiens.
Dans les questions qui concernent la morale, dit Victoria (n" 2^4 i/i^i/ie), c'est un très puissant argument que l'autorité et l'exemple des hommes de bien et des saints : or, non seulement ils ont sauvegardé par des guerres défensives leurs patries et leurs biens, mais même par des guerres offensives ils ont poursuivi les ennemis qui leur avaient fait ou avaient tenté de leur faire injure : ainsi Jonathan et Simon Macchabée vengèrent sur les fils de Zambri la mort de leur frère Jean : de même dans l'Église chrétienne, on voit Constantin, ïhéodose, et d'autres empereurs éminents et très chrétiens, entreprendre des guerres tant offensives que défensives, alors qu'ils avaient dans leurs conseils de très saints et très savants évoques.
Suarez (n° 310) fait une constatation analogue: Que la
(4) Nam neque quies Genlium sine armis, neque arma sine stiprndiis, ncque stipendia sine tribulis haberi queiint (Tacile).
7. r=(lj On objecte que Dieu a dit à David: Ce n'est pas toi qui m'élèveras mon temple, parce que lu es un homme de sang. Mais, dit Suarez, ce n'est pas à cause des guerres qu'il avait fait, c'est à cause de l'Iiomicide dUrie (voir n" 312). Cette réponse de Sunrez ne nous paraît pas acceptable : car le texte de l'Écriture est le suivant: « Tu as versé beaucoup de sang et fail de nombreuses « guenes : tu ne pourras bâtir un temple à mon nom après tant de sang répandu « en ma présence. Mais il te naîtra un fils dont la vie sera tout ^'i fait tranquille... <t C'est pour cette raison qu'il sera appelé : Le Pacifique » (l Parai., xxii, 8 à 11). 11 n'y a d'ailleurs aucune contradiction entre la sainteté de David et le fait que Dieu ail voulu que son temple soit bâti par un homme qui n'avait pas les mains souillées par le sang, même justement répandu (voir n" 100, note 1, a).
(2) Noii existimare neminem Deo placere posse, qui in armis bellicis militât. In his erat sanctus David, cui Dominus tam magnum perhibuit testimonium. In liis erat et ille cenlurio qui Domino dixit : \on ftim dignus ut inirea aub lectum meum .
Ce passage de saint Augustin est reproduit dans le Décret, qui comme on peut le voir (n" 194), aprrs le mot: David, ajoute: in hiseliam plurimilUlius temporis fusti.