‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 38 sur 277 · Du moins, doit se guider · texte numérisé non relu

Du moins, doit se guider

(2) Vel certe cum potestas jurisdictionis dimanet ab ipsis hominibus, potuissent singuli non transferre talem potestatem in magistratum (Voir no 12, note 6).

(3) Celte objection est assurément grave, et la seule réponse à faire est celle de Suarez, à savoir qu'on se trouve en présence d'une nécessité absolue. Cependant celte nécessité n'est point tellement absolue que l'on ne puisse raisonnablement envisager la possibilité d'un autre état de choses, l'établissement de l'arbitrage

obligatoire entre les nations ou la création d'un tribunal international ; les membres d'un tel tribunal, si on les choisissait convenablement, c'est à-dire si l'on avait soin de prendre des juges n'ayant aucun intérêt dans la cause à juger, présenteraient des garanties ou tout au moins des chances d'impartialité supérieures à celles que l'on peut, humainement parlant, rencontrer chez un juge qui est en même temps partie. C'est précisément à cause de cette difficulté pratique dans l'application de la doctrine, que les scolastiques, à l'instar de saint Thomas, faisaient de « l'intention droite » de celui qui déclarait la guerre une dos trois conditions de sa justice (voir n» 48).

Seconde objection : // nejaui déclarer la guerre que si Von est certain de la victoire.

16. — On pourrait tout d'abord répondre qu'en réalité, el sauf quelques cas très rares, ceux qui déclarent la guerre se croient certains du succès, et ne la déclareraient pas s'ils n'étaient persuadés qu'ils triompheront de leurs adversaires.

Mais si la guerre, ainsi que nous venons de le voir, n'est légitime que parce qu'elle est un acte de justice vindicative, il serait tout à fait inadmissible qu'elle se terminât par la défaite du justicier et le triomphe du coupable, c'est-à-dire par une injustice. Aussi divers auteurs ont-ils soutenu qu'en conscience, le prince ne pouvait la déclarer s'il n'était moralement certain du succès. C'est en particulier l'opinion de Cajétan.

11 semble, d'après le passage suivant de Victoria (De Pot. civ. 13), et bien qu'il y traite une question beaucoup plus générale, qu'il n'était pas éloigné de l'opinion de Cajétan.

Aucune guerre ne peut être regardée comme juste, s'il est évident qu'elle doit amener à l'État plus de maux que de biens ou d'utilités, quand bien môme d'autre partit y aurait de justes titres pour l'entreprendre. L'État, en effet, n'a le pouvoir de déclarer la guerre que pour se protéger et se défendre, lui et les biens qu il possède : si donc la guerre doit avoir comme résultat sa diminution et son affaiblissement, et non sa prospérité, la guerre sera injuste, que ce soit l'État ou le roi qui la déclare.

Mais Suarez (n° 342) fait quelques réserves à ce sujet :

« Cajétan soutient que pour que la guerre soit juste, il faut que le prince se sente suffisamment puissant pour être moralement sur do la victoire : d'abord, parce qu'autrement il s'exposerait au danger manifeste d'amener à lÉlat plus de calamités que d'avantages ; il agirait mal, dit-il, comme le juge qui enverrait pour arrêter des coupables un nombre d'hommes insuffisant pour qu'ils soient sûrs de pouvoir remplir leur mission. En second lieu, parce que celui qui entreprend la guerre a le rôle actif, et que celui qui prend le rôle actif doit ôtre certain de dominer celui dont le rôle est passif.

Celle condition ne me paraît pas être absolument indispensable :

a) D'abord, humainement parlant, cela esl presque impossible ;

b) Ensuite, souvent il importe au bien comnum de 1 l"]tal de ne pas attendre une telle certitude, mais de lenter plutôt, fùl-ce sans être tout à fait sûr du succès, de chàlier les ennemis ;

c) Autrement jamais un roi moins puissant n'aurait le droit de déclarer la guerre à un roi ])lus puissant que lui, puisqu'il nnurait jamais cette certitude que demande Cojélan.

H faiit donc dire c|U(^ ]o prince esl tenu d'assurer aut;uil qu'il est

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