FORMULE DE SAINT TIIOM\S
Saint Antonin (SuMMA theol., Pars m, liL iv, cap. i) adopte les formules de saint Thomas et ajoute : « Toutefois pour se défendre, il n'est pas besoin de l'autorilé du piince ; car il est, de droit naturel, permis d'opposer la force à In force. »
Sylvestre (SuMMA Sylv., v'^ bellum), ai)rès avoir exposé que la guerre privée ou particulière n'est permise que (Jans un seul cas, lorsqu'il s'agit de résister à une attaque dirigée contre les personnes ou les biens, développe les trois conditions indiquées par saint Thomas, et en indique diverses applications.
Cajétan (Summula, v° bellcm) se réfère également à saint Thomas : il en conclut que la guerre peut être injuste par défaut de justice dans la cause, d'autorité chez celui qui l'entreprend, ou de rectitude dans l'intention de ceux qui la font. 26. — Après avoir montré la justice de la guerre par laquelle on cherche à repousser un injuste agresseur, Victoria (n° 244, 4°) démontre, en invoquant l'autorité de saint Augustin, la légitimité de la guerre otîensive, dans laquelle on ne se borne pas à défendre ou à reprendre son bien, mais où l'on cherche à punir une injustice dont on a été victime. Il consacre un chapitre à l'étude de l'autorité nécessaire pour faire ou déclarer la guerre, un autre à celle de la juste cause. Après avoir dit que ni le désir d'agrandir son empire, ni celui d'acquérir d'autres avantages, ni l'amour de la gloire ne peuvent légitimer une guerre, il ajoute ce qu'il appelle la première règle de la guerre :
judicio superioris prosequi. Simililer etiam convocare multiludinem, quod in bellis oportet flcri, non pertinet ad personam privatam.
Secundo requiritur causa justa ; ut scilicet illi qui impugnanlur, propter aliquam culpam, impugnationem mereantur. Unde Augustinus dicil in lib. 6 (Super Josue, Quœst. IG) : Justa enim belia definiri tolenl quœ ulciscuntur injurias, si gens vel civitas plectenda est quif vel vindicare neglexerit quod a suis improbe factura est, vel reddere quod per injurias ablatum est.
Tertio requiiitur ut sit intentio bellantium recta, qua scilictt intenditur, vel ut bonum promovealur, vel ut malum vitetur, Uode Augustinus in libre de Verbis Domini (23, q. 1) : « Apud veros Dei cullorcs eliam iila bella pacala sunt, qu<£ non cupiditale aut crudelilate, sed pacis studio gcruniur, ut mali coerceantur et boni subleventur. » Potesl enim conlingeie, ut si sit légitima auctoritas indicendi bellum, et causa jusia, nihilominus propter pravam intentionem bellum reddalur illicitum, Dicit enim Augustinus in lib. conlra Faustum (1. 22, c. 74) : « Nocendi cupiditas, ulciscendi crudelilas, impacatus et implacabilis animus, feritas rebellandi, libido dominandi, et si qua siniilia, hœc sunt quœ in bellis jure culpantur. >>
En supposant que le prince possède l'autorité suffisante pour faire la guerre, ce dont il doit avant tout se garder, c'est de chercher des occasions et des motifs do guerre ; il doit au contraire s'efforcer de vivre en paix, s'il le peut, avec tous les hommes, suivant le précepte de saint Paul {ad. Rom., xn). 11 doit songer que les autres sont notre prochain que nous devons aimer comme nous-mêmes, que nous avons tous un môme Dieu, un même Seigneur, devant le tribunal duquel nous aurons à rendre compte de tous nos actes. C'est de la dernière cruauté de chercher des motifs, et d'être heureux si l'on en trouve, pour pouvoir tuer et détruire des hommes que Dieu a créés, et pour lesquels le Christ est mort. C'est contraint et forcé qu'il faut être acculé à la nécessité de la guerre (Voir n° 3o3).
Bellarmin {De conirov. Christ, fidei, t. Il, cont. Il, lib. III, De laïcis, cap. X^ ) emploie les mêmes expressions que saint Thomas : aux trois conditions de la guerre juste indiquées « par l'Ange de TÉcole y, il ajoute la manière convenable (( de faire la guerre », qui, dit-il, consiste principalement dans le fait de ne nuire à aucun innocent.
Suarez (no 317) dit que pour que la guerre se fasse honnêtement, trois conditions sont requises : d'abord qu'elle soit déclarée par l'autorité légitime ; ensuite, qu'elle ait une juste cause et un juste motif ; enfin que, avant, pendant el après, on s'attache à être juste et à la faire de la manière convenable. La raison en est que, bien que la guerre ne soit pas un mal en soi, cependant à cause des désastres qu'elle entraîne, elle est au nombre des choses qui souvent se font à tort. Et c'est pourquoi il faut beaucoup do circonstances pour qu'elle soit permise (1).
Comme on le voit, tout en suivant saint Thomas, Victoria n'emploie pas l'expression : a intention droite » du docteur angélique, et Suarez la remplace par celle de manière convenable de faire ta guerre (voir n^ 363 et suivants). Les autres commentateurs de saint Thomas, saint Anlonin, Sylvestre, Gajétan, Bellarmin l'avaient avec raison conservée (voir n" 115, note 3, et n° 17?, 2°).
De même Soto (De .iustit. et jure, lib. v, qu. m, art. 5), après avoir parlé de l'autorité nécessaire et de la juste cause.
26. =: (1) Ut bollum honeste fiât, nonnulla» condltiones sunt observandap, quœ nd tria capita revocantur. Priinum, ul sit a légitima potestate. Secundum ut justa causa et titulus. Terlium est ut servetur debitus modus, et œquahlas in illius inilio, prosecutione et Victoria: quœ oninia patebunt ex sequentibus sectionibus. Ratio vero conclusionis generalis est : quia Mcel bellum per se non sit malum, tamen propter multa incommoda quœ secum alTerl, ex iis negotiis est quœ saepe maie flunt. Et ideo etiam multis indiget circumstantiis ut honestetur.
FORMULE d'hOSTIENSIS 55
indique, comme troisième condition de la guerre juste, Vabligai ion de suivre les formes du droit (2).
Quelques canonistes ont ndoplé la formule de saint Thomas : c'est le cas de J. de Lignano (Tract, de Bello, cap. 79) et de Lupus (De bello et bellator) (3).