Chapitre V Les Représailles
38. — Four qu'une i^uerre soit juste, il faut, nous venons de le voir, qu'elle ait une cause juste et que cette cause soit proportionnée aux désastres que la guerre entraîne ; car ainsi que le fait remarquer Victoria (n^ 255), on n'inflige pas la mort ou l'exil ou toute autre peine grave pour toute espèce de faute. Or, il pourrait arriver qu'une injustice ait été commise par les sujets d'un État vis-à-vis des sujets d'un autre État, et que le prince des premiers, soit parce qu'il néglige, soit parce qu'il refuse de punir les coupables, se soit rendu complice de leur faute : mais que cependant, attendu que ladite injustice ne compromet pas la paix dans l'État auquel appartiennent les victimes, et n'est pas en proportion avec les maux qu'entraînerait une guerre, tant pour l'Etat lésé que pour l'Etat coupable, la guerre ne soit pas permise. C'est alors que pour réparer, sans guerre, l'injustice commise, interviennent les représailles.
Voici l'explication qu'en donne Victoria (n° 283) :
Si les ennemis refusent de restituer ce qu'ils ont enlevé, et si celui qui a été lésé ne peut facilement le récupérer autrement, il peut, en quelque lieu que ce soit, obtenir réparation, soit sur les biens des innocents, soit sur ceux des coupables. Par exemple, si des brigands français ont pillé le territoire espagnol, et si le roi de France ne veut pas les forcer à restituer les choses volées, alors qu'il le peut, les Espagnols, avec l'autorisation de leur prince, peuvent dépouiller des marchands ou des agriculteurs français, même innocents : en effet, si, au début, l'Etat ou le prince des Français n'était pas coupable, il l'est devenu en négligeant de punir, comme dit saint \ugustin. l'action injuste des siens, et le prince lésé peut se payer sur tout ce qui est membre ou partie de l'Etat ; de là les lettres de marque ou de représailles que les princes concèdent dans des cas semblables : elles ne sont pas injustes en elles-mêmes, puisque par suite de l'injustice ou de la négligence de l'autre prince, leur prince donne aux victimes la possibilité de recouvrer ce qui leur appartient, même en le prenant à des innocents. Mais elles présentent bien des dangers et sont l'occasion de pillages.
C'est pourquoi, dit Covarruvias (Rf.g. Pf.cc, t. 3. cap. 9), le