‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 64 sur 277 · L INTENTION DROITE · texte numérisé non relu

L INTENTION DROITE

guerre pour obtenir la paix. Soyez donc pacifiques mênne en combattant, ayant pour but d'amener par la victoire ceux que vous combattez au bonheur de la paix ; car le Seigneur a dit : Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu (Epist. 2o5, ad Bonifacium) (3).

On ne saurait contester aux objets que désire la cité de la terre d'être des biens ; elle-même, en tant que nature humaine, est un bien plus excellent. En vue de ces biens inférieurs, elle désire une certaine paix toute terrestre ; et elle guerroyé afin d'arriver à cette paix. En effet, qu'elle demeure victorieuse, que toute résistance cesse, elle a la paix que n'avaient point les partis contraires lorsqu'ils luttaient entre eux pour s'approprier des biens qu'ils ne pouvaient, dans leur déplorable indigence, posséder ensemble. A cette paix prétendent les sanglantes guerres ; elle est le prix de la victoire qui passe pour glorieuse. Or, quand la victoire reste aux défenseurs de la plus juste cause, c'est assurément une heureuse victoire, c'est une paix digne de tous nos vœux : œuvres bonnes et sans doute bienfaits de Dieu. Mais si, au mépris des biens supérieurs qui appartiennent à la céleste cité où la victoire possédera l'inaltérable sécurité de la paix éternelle, l'on s'éprend des biens d'ici-bas jusqu'à les croire uniques ou du moins jusqu'à les préférer à ceux mêmes que l'on croit plus excellents, la misère ou un surcroît de misère est inévitable (De cîv. Dei, xix, 4).

En effet, que l'on considère avec moi, sous quelque point de vue que ce soit, les choses humaines et la nature de l'homme, et l'on reconnaît que, s'il n'est personne qui ne veuille ressentir de la joie, il n'est aussi personne qui ne veuille avoir la paix. Et ceux-là mômes qui veulent faire la guerre ne veulent rien autre chose que de vaincre : ils n'ont donc que le désir d'arriver par la guerre à une glorieuse paix. Qu'est-ce en effet que la victoire, sinon la soumission de toute résistance ? soumission qui amène la paix. C'est donc en vue de la paix que se fait la guerre : la paix est le but de ceux mêmes qui cherchent dans les commandements et les combats l'exercice de leur vertu guerrière. La paix est donc la fin désirable de la guerre ; car tout homme, en faisant la guerre, cherche la paix ; nul, en faisant la paix, ne cherche la guerre. Et ceux qui désirent que la paix dont ils jouissent soit troublée, ce n'est point qu'ils haïssent la paix, mais c'est qu'ils veulent la changer à leur gré. Leur volonté n'est point que la paix ne soit point, mais qu'elle soit à leur volonté. Enfin lorsqu'ils se séparent des autres par la révolte, s'ils n'observent pas avec leurs complices une paix quelconque, ils n'arrivent pas à leur but. Aussi les voleurs eux-mêmes, pour livrer à la paix de la société des attaques plus terribles et plus sûres, veulent conserver la paix avec leurs compagnons (De Civ Dei, xix, 12).

Le but de la guerre, dit Victoria (n° 2h!i, 0°), c'est la paix et la sécurité de l'Etat ; or il ne saurait y avoir de sécurité pour l'Etat si ses ennemis n'étaient, par la crainte de la guerre, empêchés de com-

(3) Pacem habere débet voluntas, bellum nécessitas, ut iiberet Deus a necessilate et conservât in pace. Non enim pax qurerilur ut bellum excitetur, sed bellum gerilur ut pax acquiratur. Esto er^o etiam bellando paciflcus, ut eos, quos expugnas, ad pacis utilitatem vincendo perducas, Reati enim pacifici (ait Domious) quia filii Dei wooabuntur.

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