LA PAIX BUT DE LA GUERRE
mettre des injustices, et ce serait pour l'Etat une très mauvaise condition d'existence, si. lorsque ses ennemis l'ont injustement envahi, il lui était seulement permis de les repousser, mais non de les poursuivre en dehors de ses limites.
Gomme nous l'avons dit déjà, le but de la guerre, c'est la paix et la sécurité de l'Etat : celui qui fait la guerre a donc le droit de faire tout ce qui est nécessaire pour assurer la paix et la sécurité de l'Etat (Voir n» 269).
C'est avec raison que les hommes mettent la paix et la tranquillité au nombre des biens désirables : car, même vivant dans l'abondance des autres biens, ils ne pourraient être heureux s'ils ne jouissaient de la sécurité. C'est pourquoi si des ennemis les attaquent et troublent leur tranquillité, ils peuvent les punir par les moyens convenables (Voir n° 269).
§ 2. — Les Canonistes.
52. — On trouve également chez les canonistes l'affirmation du même principe.
Pour qu'une guerre soit juste, dit saint Raymond de Penafort (SuMMA Raym., lib. II, tit. V, qu. 5), il faut que Ton soit dans la nécessité de combattre pour avoir la paix.
Martin de Lodi (He confederatione, page et conventio- NiBus, qu. XLVIIl) écrit à propos de la guerre :
Il y a beaucoup de choses qu'il est permis de faire pour obtenir la paix et qui sont défendues autrement.
Bellini (De re militari et bello, pars X) :
Le peuple et le roi qui combattent ne doivent avoir qu'une intention : obtenir la paix.
Dans la guerre, on ne recherche rien d'autre que la paix, et il n'y a pas de paix où il n'y a pas de justice {op. cit., pars II, tit. i).
Jean Lupus (Tract, de bello et bellatoribus) :
Nous faisons la guerre afin de pouvoir vivre en paix à l'abri de l'injustice (i).
52 = (1) Le but de la guerre, c'est la paix (Gentilis, De jure belli, cap. V).
11 faut parfois entreprendre des guerres, afin de pouvoir vivre en paix, à Tabri des injustices, mais il faut les faire dans le seul but de la paix (Ayala, De jure et oft. bell., lib. I, cap. Il, 3).
Bataille ne regarde autre chose que de retourner tort à droit, et faire retourner dissension à paix selon le contenu de l'Escripture (Hon. Bonet, Arbre des batailles, IV« partie, 1).
ga L INTENTION DROITE
§ 3. — On ne doit point entreprendre une guerre n'ayant pas pour résultats la paix et le bien de l'Etat.
53. — Il faut faire la guerre afin de vivre en paix, dit Soto (De JUSTIT. ET JURE, lib. V, qu. I, art. 7) ; et il cite la parole d'Aristote : Si nous faisons des guerres, c'est pour que nous puissions vivre en paix.
Puis il montre que les particuliers doivent faire à la paix et à la tranquillité des Etats le sacrifice de leur vie {op. cit., lib. III, qu. 2, art. 7).
Si la justice n'était pas violée, il n'y aurait jamais lieu de faire ces guerres dans lesquelles le courage des citoyens est si utile à l'Etat. . mais si le courage est au nombre des choses difficiles, la justice, elle, est ce qu'il y a de meilleur. C'est pourquoi il faut savoir sacrifier à la justice, par laquelle sont conservées la paix et la tranquillité du genre humain, la vie des simples particuliers.
Mais si la paix et la sécurité de TEtat sont le but de la guerre, il en résulte qu'il ne sera pas permis de la faire, même en ayant de justes motifs de l'entreprendre, si elle doit avoir pour résultat, en affaiblissant considérablement l'Etat, de diminuer sa sécurité. De même, si elle doit entraîner pour lui de nouvelles guerres et le priver pour de longues années des bienfaits de la paix. De même encore, si elle doit être, pour le reste du monde et pour la chrétienté, une source de guerres et de calamités.
11 se peut que le droit de reprendre une ville ou une province existe, et que cependant la guerre soit tout à fait illicite à cause des calamités qui en résulteraient. Les guerres, nous l'avons vu, doivent être entreprises dans l'intérêt général : si donc une ville ne peut être reprise qu'au prix de maux considérables pour l'Etat, au prix de la dévastation de nombreuses cités, de la mort d'un très grand nombre d'hommes, si elle doit amener des inimitiés entre princes, ou provoquer de nouvelles guerres pour le plus grand mal de l'Eglise, le prince doit sans aucun doute renoncer à son droit et s'abstenir de la guerre ; il en est de môme si elle doit permettre aux païens d'envahir et d'occuper des territoires chrétiens. Il est clair, en effet, que si le roi de France, par exemple, avait des droits sur Milan, mais que la guerre dût être, et pour le royaume de France et pour la province de Milan, la source de maux intolérables et de grandes calamités, il ne lui serait pas permis de les faire valoir par la guerre ; car celle-ci doit se faire pour le bien de la France ou pour le bien de la province de Milan . Lorsque, au contraire, la guerre doit avoir comme résultat de grandes calamités pour tous les deux, elle ne saurait être juste ("Victoria, n" 376).
LA GUERRE N*EST PERMISE QUE SI ELLE EST NÉCESSAIRE qS
Une guerre n'est pas juste s'il est évident qu'il doit en résulter pour l'Etat plus de mal que de bien et d'utilité, même s'il existe, d'autre part, de justes titres et de justes motifs pour la faire. Il est aisé de le démontrer. L'Etat n'a le droit de déclarer la guerre que pour se protéger, se défendre, lui et ce qui est à lui. Si la guerre doit avoir pour résultat, non d'augmenter, mais de diminuer sa puissance, s'il doit en sortir écrasé, elle sera injuste, que ce soit l'Etat ou le roi qui la déclare. Il y a plus ; une province chrétienne fait partie de l'Etat, et l'Etat fait partie du monde ; si donc une guerre est utile à une seule province ou à un seul Etal, mais doit entraîner de grands dommages pour le monde entier ou pour la chrétienté, j'estime qu'une telle guerre est injuste (Victoria, De potestate civili, i3).