‹ La doctrine scolastique du droit de guerreChapitre 66 sur 277 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

La guerre n'est permise que si elle est nécessaire

54, — Saint Augustin insiste en plusieurs endroits sur cette

idée que la nécessité seule excuse la guerre.

Nous devons vouloir la paix et ne faire la guerre que par nécessité afin que Dieu nous délivre de cette nécessité et nous conserve dans la paix (Epist. 3o5, ad Bonif.) (i).

Ainsi guerroyer, dompter les nations, étendre son empire est aux yeux des méchants une félicité, aux yeux des bons une triste nécessité (De. civ. Dei, liv. IV, cap. i5).

Que ce soit donc par nécessité et non par volonté que nous donnons la mort à l'ennemi qui nous combat (Epist. cit.) (2).

Mais le sage, dira-t-on, tirera l'épée pour la justice. Eh quoi ! s'il se souvient qu'il est homme, ne doit-il pas plutôt amèrement déplorer cette nécessité qui lui met les armes à la main ? Car s'il ne s'agissait pas d'une guerre juste, le sage n'aurait pas à la faire, le sage n'aurait pas à combattre. C'est l'injustice de l'ennemi qui arme le sage pour la défense de la justice, et c'est cette injustice de l'homme que l'homme

64 = (t) Pacem habere voluntatis, bellum autem débet esse necessilatis, ut liberet Deus a necessitate et conservet Id pace (Voir Décret, Causa xxiii, qu. l, c. 3 ; no 194).

(2) « Itaque hostem pngnanlem nécessitas périmât, non voluntas. » Mais, ajoute-til, si la résistance et la rébellion autorisent la violence, le vaincu et le captif ont droit à la miséricorde, surtout lorsqu'il n'y a point de crainte de voir la paix troublée de nouveau : « Sicut rebellanli et resistenti violenlia reddilur, lia victo vel capte misericordia jam debetur, maxime in quo pacis perturbatio non timetur. »

94 l'intention droite

doit déplorer, ne s'ensuivît-il aucune nécessité de combattre (De. Civ. Dei, XIX, 7).

S*il n y a pas de nécessité urgente de faire la guerre, répondait aux Bulgares le Pape Nicolas I''" en 863, ce n'est pas seulement pendant le Carême (3), mais à toute époque de Tannée qu'il faut s'en abstenir {Responsa ad consulta Bulgarorum, XLVI).

Pour qu'une guerre soit juste, dit saint Raymond de Penafort (Summa, lib. II, lit. V, qu. 51, il faut que l'on soit dans la nécessité de combattre pour obtenir la paix.

D'après Hostiensis (Summa, lib. I, rubrica 34), la guerre peut élre injuste de cinq manières, et la seconde qu'il indique est : « En raison de la cause, si l'on combat volontairement et non par nécessité. »

Plusieurs canonistes reproduisent textuellement, et en en citant l'auteur, l'opinion d'Hostiensis : parmi eux, Guerrero (De bello justo et injusto, cap. xlv), et Bellini qui ajoute :

Tous les hommes de bien reconnaissent que les guerres ne peuvent être entreprises que pour une cause juste et nécessaire (De re militari),

ainsi que Lupus (Tract, de bello et bellator.), qui écrit ce qui suit :

Si celui à qui on veut déclarer la guerre est disposé à se conformer au droit, tel qu'il sera défini par une décision, soit d'arbitres, soit d'hommes sages, même lorsqu'on a la justice pour soi, on ne doit point entreprendre la guerre ; car la guerre doit être de nécessité.

La guerre, dit Monalde (Summa, De bello justo), doit se faire pour une cause nécessaire et licite.

Saint Antonin (Summa, tom. IV, tit. III, cap. 2) :

Que le prince se garde de déclarer trop facilement la guerre ; même en supposant réalisées les conditions ci-dessus indiquées, il ne doit entreprendre de guerre que dans le cas d'urgente nécessité, en présence d'une lésion notable et manifeste.

Victoria (n« 303) :

11 est de la dernière cruauté de chercher des motifs, et d'être heureux si on en trouve, pour pouvoir tuer et détruire des hommes, que Dieu a créés et pour lesquels le Christ est mort. C'est contraint et forcé qu'il faut être acculé à la nécessité de la guerre (4).

(3) Voir no 131 et n» 240, note 1 .

54 = (4) Estenim ultimœ immanitatis causas quaerere et iraudere quod sint ad

DE LA DEMANDE ET DE l'OFFRE DE SATISFACTION 96

Soto (De juslilia et jure, lib. V, qu. III, art. 5) :

Il ne faut donc entreprendre une guerre qu'après avoir épuisé les moyens de conserver la paix, et ne pas la prolonger au delà de ce que commande l'équité.

Suarez (n° 312) :

Saint Augustin a clairement montré que la guerre doit être évitée autant qu'il est possible, et qu'on ne doit l'entreprendre que dans le cas de nécessité extrême, quand on ne peut recourir à aucun autre moyen (5).

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