Suarez (n^ 367) combat cette thèse de Gajétaii
Mais, demanderai-je à Gajétan, qu'entend-il par une guerre à moitié faite ou presque finie ? S'il entend par là le dernier combat actuel, qui va mettre fin à toute la guerre, il n'y a pas de doute : si on oflVl l'action est déjà entamée, et que la victoire commence à être remportée par celui qui a juste guerre, il n'est pas tenu d'accepter la satisfaction offerte avant d'avoir la victoire complète : car moralement celle-ci lui est déjà acquise, et il peut moralement, en qualité de vainqueur, traiter de la paix. Mais s'il entend une guerre dans laquelle il y a eu seulement quelques coTiibats, je ne vois pas sur quelle base
DE LA DEM.VNDi: KT IMl L OFFHE DE SATISFACTION [)\)
sérieuse on s'appuierait pour soutenir qu'il est alors davantage « maître de la cause » qu'avant le commencement de la guerre : car il avait auparavant, pour commencer la guerre, le môme droit qu'il a maintenant pour la poursuivre. Seulement il faut remarquer que l'injure a augmenté, et que par suite a augmenté aussi le droit à une plus grande satisfaction. D'autre part, les raisons justes procèdent dans un cas comme dans l'autre des mêmes principes, et la continualioii de la guerre, tout comme son début, doit être de nécessité, iVjoulons que la continuation de la guerre serait très nuisible au bien général. ce qu'on doit éviter autant que le permet la sauvegarde de ses droits ; or ceux-ci sont saufs puisqu'il est oflert satisfaction ; continuer la guerre ne donnerait pas le droit d'être plus exigeant après la victoire : enfin le droit de la guerre est un droit terrible, sa peine est extrêmement grave, et elle doit par suite être réduite autant que possible.
Le contraire de ce que dit Gajétan me paraît donc plus près de la vérité, mais il faut ajouter que la satisfaction complète devra comprendre : d'abord la restitution de tout ce qui était injustement détenu, ensuite la compensation de toutes les dépenses faites à l'occasion de l'injustice de l'adversaire. Si la guerre est à peine commencée, (jn pourra équitablement demander toutes les dépenses faites auparavant ; on pourra également exiger quelque chose, comme punition de la violation du droit, puisque la guerre n'a pas seulement le caractère d'un acte de justice commutative, mais aussi de justice vindicative. Enfin on peut avec justice demander tout ce qui, pour l'avenir, paraîtra nécessaire à la conservation et à la défense de la paix ; car c'est là la fin principale de la guerre, établir la paix pour l'avenir.
De même, Bellarmin (De conirov. christ, fidei^ t. Il, cont. II, de laïcis, cap. XV) :
En admettant, dit-il, que la justice n'oblige pas à cesser la guerre, lorsqu'une satisfaction convenable est offerte, la charité y oblige, attendu que la guerre est un supplice extrêmement grave et qui atteint non seulement les coupables, mais accidentellement un grand nombre d'innocents.
Septième Section
Obligations des princes et des sujets